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	<title>T&#233;tralogiques</title>
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		<title>T&#233;tralogiques</title>
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		<title>Appel &#224; contributions pour le n&#176;32 : &#171; Artificielles intelligences &#187;</title>
		<link>http://tetralogiques.fr/spip.php?article310</link>
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		<dc:date>2026-03-03T10:55:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beaud, Laurence</dc:creator>


		<dc:subject>principal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Argumentaire &lt;br class='autobr' /&gt;
Que sont ces Intelligences Artificielles qui prennent depuis quelques ann&#233;es une place grandissante dans la vie de tout un chacun ? Et que peuvent en dire des sciences humaines ? Le num&#233;ro 32 de T&#233;tralogiques se propose d'examiner ces questions en privil&#233;giant les concepts d'une anthropologie clinique, connue &#233;galement sous le nom de th&#233;orie de la m&#233;diation, et cr&#233;&#233;e par le linguiste et &#233;pist&#233;mologue Jean Gagnepain (1982, 1991, 1994). Le propos est d'aller au-del&#224; des d&#233;j&#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Appel &#224; contributions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot212" rel="tag"&gt;principal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;Argumentaire&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Que sont ces Intelligences Artificielles qui prennent depuis quelques ann&#233;es une place grandissante dans la vie de tout un chacun ? Et que peuvent en dire des sciences humaines ? Le num&#233;ro 32 de &lt;i&gt;T&#233;tralogiques&lt;/i&gt; se propose d'examiner ces questions en privil&#233;giant les concepts d'une anthropologie clinique, connue &#233;galement sous le nom de th&#233;orie de la m&#233;diation, et cr&#233;&#233;e par le linguiste et &#233;pist&#233;mologue Jean Gagnepain (1982, 1991, 1994). Le propos est d'aller au-del&#224; des d&#233;j&#224; nombreuses &#233;tudes portant sur les usages des IA ou sur les questions d'ordre &#233;thique qu'ils suscitent. Il s'agit de se pencher sur ces IA pour tenter d'expliciter les processus logique, technique, sociologique et axiologique qui les expliquent. Alors que pour les sciences, quelles qu'elles soient, la d&#233;finition de l'objet est primordiale, nous observons en particulier que la majeure partie des termes employ&#233;s au sujet des IA restent flous. Les nombreuses impr&#233;cisions que cela g&#233;n&#232;re gr&#232;vent selon nous s&#233;rieusement la compr&#233;hension que l'on peut en avoir analytiquement. Nous proposons donc d'engager la r&#233;flexion autour de trois volets.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;1. La bo&#238;te de Pandore&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les intelligences artificielles g&#233;n&#233;ratives, dans la plupart des discours tenus depuis sa diffusion aupr&#232;s du grand public semblent alimenter principalement deux types de propos axiologiques, inverses l'un de l'autre, qui les feraient relever du &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt; (Derrida, 1968, Stiegler, 2007, Lefort 2023) : d'une part, un &lt;strong&gt;enthousiasme&lt;/strong&gt; suscit&#233; par les possibilit&#233;s vertigineuses offertes par ces technologies qui promettent une augmentation exponentielle de la productivit&#233; et de la croissance humaine ; tel un outil intellectuel total (Amodei, 2026) qui permettrait de d&#233;passer les limites humaines dans la plupart des domaines, alimentant des fantasmes s&#233;culaires de toute-puissance ; d'autre part, une &lt;strong&gt;angoisse&lt;/strong&gt; occasionn&#233;e par les cons&#233;quences notamment sur le plan sociologique (perte de responsabilit&#233; professionnelle dans les champs de l'&#233;ducation, de la m&#233;decine, de l'art, etc.). Le choc produit par l'irruption de cette nouveaut&#233;, aux potentialit&#233;s difficiles &#224; envisager avec pr&#233;cision, fait redouter des risques d'abus de pouvoir, si ce n'est d'asservissement (Sadin, 2025). Faut-il aller jusqu'&#224; craindre la disparition pure et simple, si ce n'est de l'humanit&#233;, du moins du sens de l'existence humaine (Amodei, 2026, Boullier, 2025) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'expliquer ces propos. Constatant la profusion des donn&#233;es, Chris Anderson (2019) estimait qu'elle rendait obsol&#232;te toute m&#233;thode scientifique. La seule issue pour la science serait alors d'en rester &#224; l'empirisme. Peut-on soutenir que des mod&#232;les s'effaceraient au regard de l'efficience pragmatique/performantielle de r&#233;sultats probabilistes obtenus par les IA ? Les sciences humaines ont pourtant toute l&#233;gitimit&#233; pour questionner les principes anthropologiques &#224; l'&#339;uvre dans les formulations mobilis&#233;es pour parler de l'IA, dans l'artificialit&#233; technique qu'elle produit, dans les changements personnels et sociaux qu'elle induit, ainsi que dans les principes &#233;thiques et moraux impliqu&#233;s par son emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'av&#232;nement de la &lt;strong&gt;cybern&#233;tique&lt;/strong&gt; (Wiener, 1948) comme &#171; art de gouverner &#187;, les &#171; machines repr&#233;sentationnelles &#187; seraient des &#171; machines d&#233;cisionnelles &#187;. Il s'agit en effet de d&#233;cisions qui produisent de fa&#231;on statistique les r&#233;sultats escompt&#233;s &#8211; texte, image, son, plus ou moins &#171; assist&#233; &#187; par l'humain. Qu'en est-il de ce point de vue de la dissociation entre fin technique et finalit&#233; axiologique, trop souvent confondus ? (Gagnepain, 1982). Le &lt;strong&gt;processus d&#233;cisionnaire&lt;/strong&gt;, d'ordre axiologique, est &#224; interroger, en lien avec le risque de la perte de responsabilit&#233; sociale que peut entra&#238;ner le d&#233;veloppement de l'IA et de ses usages. Des questions se posent &#233;galement &#224;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;la fronti&#232;re de la sociologie et de l'ergologie (une science de l'outil). La diff&#233;rence entre l'IA et la robotique reposerait-elle par exemple sur l'absence d'&#171; incorporation &#187; ? La r&#233;ponse interroge ici la &lt;strong&gt;dialectique de la personne&lt;/strong&gt; entre incorporation et alt&#233;rit&#233;. Il s'agira alors d'analyser les raisons qui poussent certaines personnes &#224; projeter sur la machine une alt&#233;rit&#233; inexistante, ou &#224; utiliser l'IA en substitution d'un &#171; psy &#187;, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alan Turing (1950) avait pos&#233; comme crit&#232;re permettant de distinguer la performance d'un &#234;tre humain de celle d'une machine le fait que cette derni&#232;re serait incapable de d&#233;passer le stade de &lt;strong&gt;l'imitation&lt;/strong&gt; d'une production humaine.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Les &lt;i&gt;chatbots&lt;/i&gt; n'imitent pas mais r&#233;pondent aux questions en comparant des requ&#234;tes aux informations contenues dans une &#171; base de connaissances &#187;. Ces robots sont-ils pour autant capables de &#171; comprendre &#187; la sp&#233;cificit&#233;, voire la complexit&#233;, de la situation dont vous relevez ? Les algorithmes d&#233;nomm&#233;s &lt;strong&gt;&#171; agents conversationnels &#187;&lt;/strong&gt; disposeraient-ils de comp&#233;tences comparables aux acteurs sociaux ? La confusion entre les fonctions ou r&#244;les artificiels et humains se pose, y compris dans les fonctions gouvernementales (autocratiques ou non) qui recourent massivement &#224; des algorithmes (rapport de l'institut de recherche su&#233;dois V-Dem, 2025). Les institutions publiques, ou des entreprises, ont adopt&#233; une vision &#233;conomique qui s'est parfois servie &#233;galement de l'alibi des technologies num&#233;riques pour faire passer une administration gestionnaire, sous pr&#233;texte de modernisation, d'adaptation au changement ou de n&#233;cessit&#233; de &#171; digitalisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les m&#233;tiers qui comportent une part de traitement informatis&#233; de l'information, de la mise en page &#224; la cr&#233;ation de contenus, sont d&#233;sormais concern&#233;s par l'arriv&#233;e d'outils num&#233;riques aliment&#233;s par des intelligences artificielles. S'il ne faut pas confondre les &#171; jeux de donn&#233;es &#187; (&lt;i&gt;datasets&lt;/i&gt;) et la connaissance scientifique, ni la r&#233;ponse &#224; une commande (&lt;i&gt;prompt&lt;/i&gt;) ex&#233;cut&#233;e par un robot conversationnel avec un savoir, l'intelligence artificielle g&#233;n&#233;rative de contenus (IAGC) bouleverse cependant le &lt;strong&gt;rapport au savoir&lt;/strong&gt; et &#224; la connaissance, dans tous les secteurs et les m&#233;tiers qu'exercent les &#234;tres humains. Cela entraine d'ores et d&#233;j&#224; une mutation profonde de l'auctorialit&#233; du texte, ou de tout autre production d&#232;s lors qu'elle est techniquement produite (qu'elle soit de nature scientifique, artistique, administrative, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;2. Le g&#233;nie dans la lampe&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'intelligence artificielle nous semble &#234;tre le fruit d'un &lt;strong&gt;anthropomorphisme&lt;/strong&gt; qui d&#233;passe la seule question sociologique de la personne puisqu'il se manifeste dans toutes les dimensions de l'humain au sujet des &#171; machines pensantes &#187; (Turing, 1950) &#8211; &#224; l'exception, ironique, de la technique elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle&lt;strong&gt; intelligence &lt;/strong&gt;s'agit-il ? Le concept d'intelligence appara&#238;t confus car il rel&#232;ve probablement de plusieurs d&#233;terminismes. Pour un francophone, la traduction du terme &#171; intelligence &#187; depuis l'anglais est ambigu&#235; :&lt;i&gt; information&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;smartness &lt;/i&gt; ? L'IA pr&#233;sente-t-elle cette &lt;i&gt;smartness&lt;/i&gt; &#224; laquelle l'humain aspirerait ou bien n'est-ce qu'un &#171; perroquet stochastique &#187; (Bender et al., 2021) ? Lors de la conf&#233;rence fondatrice de l'intelligence artificielle, organis&#233;e &#224; Darmouth en 1956 (McCarthy et al., 1955), c'est le processus logique humain de production de l'information qu'il &#233;tait initialement question de mod&#233;liser. En quel sens peut-on dire que les IA &#171; comprennent &#187; (ou pas) ce qu'&#171; elles &#187; font ? La r&#233;ponse d&#233;pend de la d&#233;finition que l'on donne aux termes d'&#171; intelligence &#187;, de &#171; comprendre &#187; ou de &#171; faire &#187;. Il s'agira donc d'interroger dans quelle mesure il est possible d'&#233;tablir, ou non, une parent&#233; avec les processus humains de compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre des concepts clefs mis en avant pour expliquer les performances des mod&#232;les d'intelligence artificielle est celui d'&lt;strong&gt;apprentissage&lt;/strong&gt;. De quoi s'agit-il ? Les IA sont r&#233;put&#233;es &#234;tre capables &#171; d'acquisition &#187; de nouvelles &#171; connaissances &#187; par entra&#238;nement, ce qui les conduiraient m&#234;me &#224; &#171; apprendre par eux-m&#234;mes &#187; (Cf. le jeu de go, les &#233;checs ou la physique de l'atmosph&#232;re). Mais dans quelle mesure est-il possible de tisser un lien avec ce que la notion recouvre pour les &#234;tres vivants, humains et autres animaux ? Dans quelle mesure, par ailleurs, les mod&#232;les d'IA pr&#233;dictifs, en particulier ceux de type AlphaGo, &#233;tendus &#224; de nombreux domaines, ont-ils un fonctionnement diff&#233;rent des LLM (&lt;i&gt;Large Language Models&lt;/i&gt;)&lt;i&gt; &lt;/i&gt; ? Ils tireraient eux-m&#234;mes des &#171; lois &#187; structurelles &#224; partir des donn&#233;es, et non &#224; partir d'algorithmes tr&#232;s &#233;labor&#233;s, leur donnant la possibilit&#233;, &#224; l'occasion, de d&#233;velopper des strat&#233;gies cr&#233;atives mais peu intuitives pour les humains (Mallat, 2025).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est de savoir s'il faut s'attacher aux &lt;strong&gt;r&#233;sultats&lt;/strong&gt;, ou aux performances, ou &#224; l'analyse des &lt;strong&gt;processus&lt;/strong&gt; qui les produisent. La diff&#233;rence entre les deux n'est pas forc&#233;ment &#233;vidente alors qu'elle appara&#238;t fondamentale. Concernant les IA, ce sont les &#171; r&#233;sultats &#187; obtenus, observables &#171; ext&#233;rieurement &#187;, qui comptent, sans que l'on dispose forc&#233;ment d'un crit&#232;re valide pour statuer sur leur identit&#233;/unicit&#233; logique ou non. La question devient alors essentielle lorsque sont &#233;voqu&#233;es les performances humaines d&#233;pass&#233;es par l'assistance d'un &#233;quipement faisant appel &#224; des algorithmes fond&#233;s sur l'IA : dans quelle mesure les r&#233;sultats compar&#233;s n'aveuglent-t-il pas sur la nature des processus en jeu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le champ de l'exp&#233;rimentation scientifique, la distinction entre&lt;strong&gt; simulation &lt;/strong&gt;et&lt;strong&gt; reproduction&lt;/strong&gt; pose aussi une question &#233;pist&#233;mologique cruciale car la reproduction d'un protocole exp&#233;rimental est la condition de non-invalidation des r&#233;sultats produits dans les sciences de la nature alors que la simulation est pos&#233;e comme le crit&#232;re discriminant du test de Turing. C'est l'antagonisme de ces deux approches dont il faut d&#233;sormais interroger la pertinence pour esp&#233;rer pouvoir comprendre et expliquer les ph&#233;nom&#232;nes respectivement naturels et humains.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;3. L'&#233;l&#233;phant dans la pi&#232;ce&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les ing&#233;nieurs qui &#233;laborent les programmes d'intelligence artificielle et les machines qui les exploitent &#171; ont l'ambition de mettre les humains au repos : ils fabriquent du loisir, d&#233;veloppent des outils de travail efficaces, rapides, fiables et constants, nous dispensent d'op&#233;rations qui prennent beaucoup de temps, qui sont fastidieuses, co&#251;teuses ou faciles &#224; rater par inadvertance et fatigue (&#8230;). Leur objectif est de reproduire nos performances, aussi bien que possible, en les optimisant : il faut que &#8220;&#231;a marche&#8221;. Et &#231;a marche, remarquablement bien &#187; (Schotte, 1997). Cela rappelle que les IA sont avant tout des produits techniques &#8211; des &#171; &lt;strong&gt;artifices&lt;/strong&gt; &#187; &#8211;, et de ce fait ressortissent &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; et fondamentalement au m&#234;me processus rationnel qui rend possible l'existence de toute production humaine (au sens d'artificielle). La physique elle-m&#234;me est fond&#233;e sur la technique qui donne du grain &#224; moudre &#224; une conceptualisation elle-m&#234;me largement math&#233;matis&#233;e, c'est-&#224;-dire technicis&#233;e, comme le rappelle la ph&#233;nom&#233;notechnique (Bachelard, 1931, 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mod&#232;les informatiques reposant sur une IA obligent &#224; rendre compte de la dimension sp&#233;cifiquement technique qui la compose. Sans se limiter &#224; la robotique, l'&#233;troite solidarit&#233; entre les &#233;quipements, les programmes et les r&#233;seaux informatiques rappelle que les ph&#233;nom&#232;nes &#171; num&#233;riques &#187; impliquent n&#233;cessairement une technique qui inclue une analyse de la &#171; mat&#233;rialit&#233; &#187; et de la &#171; finalit&#233; &#187; (Couty 2018, Le Guennec et Lefort, 2022). Si l'artificialit&#233; des productions peut ais&#233;ment &#234;tre &#233;tablie, il n'est pas acquis pour autant que les d&#233;terminations techniques induites dans les r&#233;sultats obtenus aient &#233;t&#233; v&#233;ritablement explicit&#233;es. Cette &#171; intelligence &#187; que l'on pr&#234;te aux algorithmes, sur la base d'une performance finale ressemblante empiriquement, n&#233;glige par exemple le fait que la machine et le programme &#233;taient d&#233;j&#224; le r&#233;sultat d'une production humaine technique. &#171; La machine &#187; n'est en d&#233;finitive rien d'autre qu'une production humaine. Qu'est-ce qui peut alors laisser penser &#224; une dichotomie entre l'humain et sa cr&#233;ature ? Pourquoi refuser les analogies entre l'IA et les autres domaines techniques ? L'hypoth&#232;se m&#233;diationniste d'un rapport au &lt;strong&gt;loisir de l'outil&lt;/strong&gt; peut &#234;tre &#233;clairante pour y r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amodei, Dario, 2026, &#171; L'adolescence de la technologie &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.darioamodei.com/essay/the-adolescence-of-technology%20&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.darioamodei.com/essay/the-adolescence-of-technology%20&lt;/a&gt;, traduit et comment&#233; par Victor Storchan, &lt;i&gt;Le Grand Continent&lt;/i&gt;, 28 janvier 2026.&lt;br class='autobr' /&gt;
Anderson, Chris, 2019, &#171; La fin de la th&#233;orie. Le d&#233;luge de data rend la m&#233;thode scientifique obsol&#232;te. &#187;, &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, 207(5), 119-122. &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/deba.207.0119&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/deba.207.0119&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Bachelard, Gaston, 1931, &#171; Noum&#232;ne et Microphysique &#187;, in &lt;i&gt;Recherches philosophiques&lt;/i&gt;, A. Koyr&#233;, H-CH. Puech, A. Spaier, Boivin &amp;C&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;ie&lt;/sup&gt;, 35-65, Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bachelard, Gaston, 1938, &lt;i&gt;La Formation de l'esprit scientifique, &lt;/i&gt;Paris, Vrin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bender, Emily M., Gebru, Timnit, &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. 2021, &#171; On the Dangers of Stochastic Parrots : Can Language Models Be Too Big ? &#187;, &lt;a href=&#034;https://dl.acm.org/doi/proceedings/10.1145/3442188&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;FAccT '21 : Proceedings of the 2021 ACM Conference on Fairness, Accountability, and Transparency&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1145/3442188.3445922&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.1145/3442188.3445922&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boullier, Dominique, 2025, &lt;i&gt;D&#233;shumanit&#233;s num&#233;riques&lt;/i&gt;, Paris, Armand Colin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Couty, Bernard, 2018, Analyse de dispositifs digitaux&#12296;hal-01731093&#12297;&lt;br class='autobr' /&gt;
Couty, Bernard, 2018, &#171; &#201;l&#233;ments pour une analyse ergologique des techniques num&#233;riques &#187;, &lt;i&gt;T&#233;tralogiques&lt;/i&gt;, N&#176;23, Le mod&#232;le m&#233;diationniste de la technique. &lt;a href=&#034;https://tetralogiques.fr/spip.php?article92&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://tetralogiques.fr/spip.php?article92&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Derrida, Jacques,1968, &#171; La pharmacie de Platon &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Platon (2004) &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gagnepain, Jean, 1982, &lt;i&gt;Du Vouloir Dire&lt;/i&gt;, I. Du signe, De l'outil, Paris, Pergamon Press. &lt;a href=&#034;https://www.institut-jean-gagnepain.fr/&#339;uvres-de-jean-gagnepain/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.institut-jean-gagnepain.fr/&#339;uvres-de-jean-gagnepain/&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Gagnepain, Jean, 1991, &lt;i&gt;Du Vouloir Dire&lt;/i&gt;, II. De la personne, De la norme, Paris, Livre et Communication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gagnepain, Jean, 1994, &lt;i&gt;Le&#231;ons d'introduction &#224; la th&#233;orie de la m&#233;diation&lt;/i&gt;, Louvain-la-Neuve, Peeters.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lefort, Thierry, 2023, &#171; Les technologies num&#233;riques dans l'&#233;ducation : ni rem&#232;de, ni poison. &#201;duquer &#224; la technique au-del&#224; du pharmakon &#187;, &lt;i&gt;T&#233;tralogiques&lt;/i&gt;, N&#176;28, Expliquer les crises et mutations de l'&#233;ducation et de la formation. URL :&#8239;&lt;a href=&#034;https://tetralogiques.fr/spip.php?article222&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://tetralogiques.fr/spip.php?article222&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Guennec, Gilles, Lefort, Thierry., 2022, &#171; La technique en action. De la fabrication &#224; la production &#187;, &lt;i&gt;T&#233;tralogiques&lt;/i&gt;, 27, Varia, pp. 85-135. &lt;a href=&#034;https://tetralogiques.fr/spip.php?article202&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://tetralogiques.fr/spip.php?article202&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mallat, St&#233;phane, 2025, &#171; G&#233;n&#233;ration de donn&#233;es en IA par transport et d&#233;bruitage &#187;, cours au Coll&#232;ge de France.&lt;br class='autobr' /&gt;
McCarthy, John, &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, 1955, A Proposal for the Dartmouth Summer Research Project on Artificial Intelligence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmentier, St&#233;phanie, 2025, Quand l'IA tue la litt&#233;rature, Paris, Presses Universitaires de France. &lt;br class='autobr' /&gt;
Roucher, Aymeric, 2025, &lt;i&gt;Ultra-intelligence, jusqu'o&#249; iront les IA ?&lt;/i&gt;, Paris, Odile Jacob.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sadin, &#201;ric, 2025, &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;D&#233;sert de nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;, Paris, L'&#201;chapp&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Schotte, Jean-Claude, 1997, &lt;i&gt;La raison &#233;clat&#233;e. Pour une dissection de la connaissance&lt;/i&gt;, Bruxelles, De Boeck Universit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Stiegler, Bernard, 2007, &#171; Questions de pharmacologie g&#233;n&#233;rale. Il n'y a pas de simple &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Psychotropes&lt;/i&gt;, n&#176;3, volume 13, Bruxelles, De Boeck Sup&#233;rieur, pp. 27-54.&lt;br class='autobr' /&gt;
Turing, Alan M., 1950, &#171; Computing Machinery and Intelligence &#187; &lt;i&gt;Mind&lt;/i&gt; 49 : 433-460.&lt;br class='autobr' /&gt;
V-DEM Institute, 2025, Democracy report 2025, University of Gothenburg, &lt;a href=&#034;https://www.v-dem.net/documents/60/V-dem-dr__2025_lowres.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.v-dem.net/documents/60/V-dem-dr__2025_lowres.pdf&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Wiener, Norbert, 1948, &lt;i&gt;Cybernetics : or Control and Communication in the Animal and the Machine&lt;/i&gt;, Paris, (Hermann &amp; C&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;ie&lt;/sup&gt;) &amp; Camb. Mass. (MIT Press) ; trad. fr. : La cybern&#233;tique : information et r&#233;gulation dans le vivant et la machine, Paris, Seuil, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;Modalit&#233;s de soumission&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; &lt;strong&gt;Contributions attendues&lt;/h3&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les textes mobiliseront les concepts issus du cadre th&#233;orique de l'anthropologie clinique ou, &#224; d&#233;faut, d'autres concepts qui d&#233;montrent leurs valeurs heuristiques pour r&#233;pondre aux questionnements pos&#233;s par le th&#232;me du num&#233;ro. Les articles pourront s'inscrire dans diff&#233;rents champs scientifiques, disciplinaires ou professionnels : sciences du langage, glossologie, arts, ergologie, sociologie, axiologie, droit, philosophie, psychologie, psychiatrie, psychanalyse, &#233;conomie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; &lt;strong&gt;Calendrier&lt;/h3&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re version du texte (&lt;strong&gt;50 000 caract&#232;res, espaces compris&lt;/strong&gt;) devra &#234;tre envoy&#233;e &#224; la r&#233;daction &lt;strong&gt;pour le vendredi 10 juillet 2026 au plus tard,&lt;/strong&gt; en vue d'une publication au printemps 2027 : &lt;a href=&#034;#redaction#mc#tetralogiques.fr#&#034; title=&#034;redaction..&#229;t..tetralogiques.fr&#034; onclick=&#034;location.href=mc_lancerlien('redaction','tetralogiques.fr'); return false;&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;redaction&lt;span class='mcrypt'&gt; chez &lt;/span&gt;tetralogiques.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; &lt;strong&gt;R&#233;daction&lt;/h3&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Nous vous invitons &#224; soumettre des textes selon les &lt;a href=&#034;http://www.tetralogiques.fr/spip.php?article18&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#232;gles de r&#233;daction de la revue&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courrier indiquera pr&#233;cis&#233;ment le nom de l'auteur/autrice ou des auteurs, ainsi que leurs affectations professionnelles et titres. Les articles &lt;i&gt;in extenso&lt;/i&gt; seront imp&#233;rativement accompagn&#233;s d'un r&#233;sum&#233; de 250 mots (longueur maximale), r&#233;dig&#233; en fran&#231;ais et en anglais et de 5 mots-cl&#233;s, en fran&#231;ais et en anglais.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; &lt;strong&gt;&#201;valuation&lt;/h3&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Les textes soumis feront l'objet d'une double &#233;valuation anonyme par des pairs, membres du comit&#233; de r&#233;daction, du comit&#233; scientifique ou, en fonction de la th&#233;matique, par des sp&#233;cialistes ext&#233;rieurs et en accord avec le responsable du num&#233;ro. Ces lecteurs rendent un avis motiv&#233; sur sa publication, ou son refus, et d&#233;cident des modifications &#233;ventuelles &#224; demander &#224; l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crit&#232;res de s&#233;lection sont :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Pertinence et rigueur de la m&#233;thode, de la d&#233;marche et des r&#233;f&#233;rences ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Recours &#224; un terrain, &#224; des &#233;tudes empiriques, &#224; des corpus originaux (archives, etc.) coupl&#233; &#224; une approche th&#233;orique solide ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Originalit&#233; des id&#233;es et des conclusions ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Soin dans la pr&#233;sentation, la structure du texte, l'argumentation ; clart&#233; de l'expression.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; &lt;strong&gt;Coordination&lt;/h3&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Patrice Gaborieau, Ma&#238;tre de conf&#233;rences en Sciences du langage, UFR Sciences humaines, Universit&#233; Rennes 2, &lt;a href=&#034;#patrice.gaborieau#mc#univ-rennes2.fr#&#034; title=&#034;patrice.gaborieau..&#229;t..univ-rennes2.fr&#034; onclick=&#034;location.href=mc_lancerlien('patrice.gaborieau','univ-rennes2.fr'); return false;&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;patrice.gaborieau&lt;span class='mcrypt'&gt; chez &lt;/span&gt;univ-rennes2.fr&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Thierry Lefort, PRAG, D&#233;partement de Sciences de l'&#233;ducation et de la formation, UFR Sciences humaines, Universit&#233; Rennes 2, &lt;a href=&#034;#thierry.lefort#mc#univ-rennes2.fr#&#034; title=&#034;thierry.lefort..&#229;t..univ-rennes2.fr&#034; onclick=&#034;location.href=mc_lancerlien('thierry.lefort','univ-rennes2.fr'); return false;&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;thierry.lefort&lt;span class='mcrypt'&gt; chez &lt;/span&gt;univ-rennes2.fr&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>

<item xml:lang="fr">
		<title>Du transcendant : dans la perspective du T&#233;tralogiques n&#176;33</title>
		<link>http://tetralogiques.fr/spip.php?article306</link>
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		<dc:date>2025-12-03T10:10:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>La r&#233;daction</dc:creator>


		<dc:subject>second</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le n&#176;33 de T&#233;tralogiques se penchera sur une anthropologie du fait religieux. Dans cette perspective, et dans l'objectif qu'il suscite des r&#233;flexions et &#8211; nous l'esp&#233;rons &#8211; des vocations auctoriales, nous publions d'ores et d&#233;j&#224; un texte important de Pierre-Yves Balut (histoire de l'art et arch&#233;ologie, Universit&#233; Paris-Sorbonne), qui examine de fa&#231;on d&#233;taill&#233;e la port&#233;e d'un concept de transcendant tel qu'on peut l'envisager dans le cadre de la th&#233;orie de la m&#233;diation. Pierre-Yves Balut (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;N&#176;33, Anthropologie du fait religieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot213" rel="tag"&gt;second&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le n&#176;33 de T&#233;tralogiques se penchera sur une anthropologie du fait religieux. Dans cette perspective, et dans l'objectif qu'il suscite des r&#233;flexions et &#8211; nous l'esp&#233;rons &#8211; des vocations auctoriales, nous publions d'ores et d&#233;j&#224; un texte important de Pierre-Yves Balut (histoire de l'art et arch&#233;ologie, Universit&#233; Paris-Sorbonne), qui examine de fa&#231;on d&#233;taill&#233;e la port&#233;e d'un concept de transcendant tel qu'on peut l'envisager dans le cadre de la th&#233;orie de la m&#233;diation. Pierre-Yves Balut propose d'en faire le passage &#224; la limite de l'instance de chacune de nos facult&#233;s sp&#233;cifiques, soit &#171; une autolyse non maladive &#187; &#8211; transcendant qui, en d'autres termes, est une expression de nous-m&#234;mes comme humains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit de comprendre un principe, tel que par ailleurs il s'incarne dans des configurations socio-historiques, prenant &#224; l'occasion le nom de religion. La d&#233;marche de Pierre-Yves Balut consiste ainsi &#224; montrer le caract&#232;re intrins&#232;quement rationnel de ph&#233;nom&#232;nes qui, au sens courant, peuvent ne le para&#238;tre gu&#232;re, cela sous le double aspect de l'exp&#233;rience du myste et des caract&#232;res du myst&#232;re &#8211; ce qu'un utile tableau synoptique en annexe r&#233;sume.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'expos&#233; commence par dissocier du transcendant deux autres r&#233;alit&#233;s avec quoi on tend &#224; le confondre : le culte rendu &#224; des divinit&#233;s avec lesquelles on est en relations bien comprises ; l'&#233;glise comme champ social parmi d'autres avec lesquels elle est en concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le trouverez dans le panneau lat&#233;ral du site sous la rubrique &#171; N&#176;33, Anthropologie du fait religieux &#187; ou en cliquant &lt;a href=&#034;https://www.tetralogiques.fr/spip.php?article305&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>

<item xml:lang="fr">
		<title>Du transcendant</title>
		<link>http://tetralogiques.fr/spip.php?article305</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tetralogiques.fr/spip.php?article305</guid>
		<dc:date>2025-12-03T10:08:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Balut, Pierre-Yves</dc:creator>


		<dc:subject>th&#233;orie de la m&#233;diation</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;pist&#233;mologie</dc:subject>
		<dc:subject>anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>fait religieux</dc:subject>
		<dc:subject>anthropoth&#233;ologie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ma&#238;tre de conf&#233;rences habilit&#233; &#233;m&#233;rite &#224; l'universit&#233; de Paris, Sorbonne. &lt;a href=&#034;#pierre-yves.balut#mc#orange.fr#&#034; title=&#034;pierre-yves.balut..&#229;t..orange.fr&#034; onclick=&#034;location.href=mc_lancerlien('pierre-yves.balut','orange.fr'); return false;&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;pierre-yves.balut&lt;span class='mcrypt'&gt; chez &lt;/span&gt;orange.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;N&#176;33, Anthropologie du fait religieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;th&#233;orie de la m&#233;diation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;&#233;pist&#233;mologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot77" rel="tag"&gt;anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot378" rel="tag"&gt;fait religieux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot379" rel="tag"&gt;anthropoth&#233;ologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le n&#176;33 de T&#233;tralogiques se penchera sur une anthropologie du fait religieux. Dans cette perspective, et dans l'objectif qu'il suscite des r&#233;flexions et &#8211; nous l'esp&#233;rons &#8211; des vocations auctoriales, nous publions d'ores et d&#233;j&#224; ce texte important de Pierre-Yves Balut (histoire de l'art et arch&#233;ologie, Universit&#233; Paris-Sorbonne), qui examine de fa&#231;on d&#233;taill&#233;e la port&#233;e d'un concept de transcendant tel qu'on peut l'envisager dans le cadre de la th&#233;orie de la m&#233;diation. Pierre-Yves Balut propose d'en faire le passage &#224; la limite de l'instance de chacune de nos facult&#233;s sp&#233;cifiques, soit &#171; une autolyse non maladive &#187; &#8211; transcendant qui, en d'autres termes, est une expression de nous-m&#234;mes comme humains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit de comprendre un principe, tel que par ailleurs il s'incarne dans des configurations socio-historiques, prenant &#224; l'occasion le nom de religion. La d&#233;marche de Pierre-Yves Balut consiste ainsi &#224; montrer le caract&#232;re intrins&#232;quement rationnel de ph&#233;nom&#232;nes qui, au sens courant, peuvent ne le para&#238;tre gu&#232;re, cela sous le double aspect de l'exp&#233;rience du myste et des caract&#232;res du myst&#232;re &#8211; ce qu'un utile tableau synoptique en annexe r&#233;sume.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'expos&#233; commence par dissocier du transcendant deux autres r&#233;alit&#233;s avec quoi on tend &#224; le confondre : le culte rendu &#224; des divinit&#233;s avec lesquelles on est en relations bien comprises ; l'&#233;glise comme champ social parmi d'autres avec lesquels elle est en concurrence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est issu d'un s&#233;minaire lors des Rencontres d'arch&#233;ologie g&#233;n&#233;rale 2019 (Rage 18). La transcription effectu&#233;e par Marie Gorbanevski a &#233;t&#233; enti&#232;rement r&#233;vis&#233;e et refondue par l'auteur en 2025.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que rien ne se passe qu'en nous,&lt;br class='autobr' /&gt;
que l'univers n'est que l'envers du monde,&lt;br class='autobr' /&gt;
dont pour chacun l'endroit est au-dedans de lui-seul&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel Jouhandeau, &lt;i&gt;Le Bien du mal, Journalier V&lt;/i&gt;, mars 1960, (NRF, p.130)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis le XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, depuis E. Durkheim entre autres, la question s'est r&#233;guli&#232;rement pos&#233;e : ce qui est par d&#233;finition l'Au-del&#224; de l'humain peut-il se trouver rationnalis&#233; dans une science humaine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois de plus, cet essai la pose ici dans les termes de la th&#233;orie de la m&#233;diation qui permettent d&#233;j&#224; de distinguer des ph&#233;nom&#232;nes pr&#233;cis&#233;ment sociaux, comme tenant au rassemblement d'une &#171; &#233;glise &#187; ; d'autres, aussi sociaux, mais limites, tenant de l'absence qu'instaure la Personne, par lesquels s'organisent les rapports int&#233;ress&#233;s des d&#233;vots et des divinit&#233;s, suivant les divers moyens de l'entretien qu'on cultive en soci&#233;t&#233;, dans le cadre de ce qui s'appelle justement le &#171; culte &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, l' &#171; Au-del&#224; &#187; qu'est le Transcendant lui-m&#234;me ne peut-il pas s'analyser comme une tentative non pathologique, intenable cependant, d'arr&#234;t sur la pure abstraction de la nature en nous, par la structuration qu'op&#232;re l'instance ? Ainsi, suivant chaque mode, chaque m&#233;canisme de la raison, se caract&#233;risent les fa&#231;ons d'&#234;tre du &#171; Myste &#187;, comme les aspects du &#171; Myst&#232;re &#187; qui transparaissent dans bien des religions, mais aussi sont v&#233;cues dans bien d'autres exp&#233;riences des hommes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e il faut avertir ici qu'il ne s'agit pas de d&#233;voiler la nature profonde de ce m&#233;canisme si extraordinaire qui pourrait s'appeler Dieu, ou plus vaguement le transcendant. &#201;videmment, il ne va pas &#234;tre question de Dieu ou de th&#233;ologie, de d&#233;couverte d'une V&#233;rit&#233;, d'une d&#233;monstration, de quelque fa&#231;on que ce soit, d'une croyance ou d'une incroyance, dans quelque religion que ce soit. Nous ne sommes pas en th&#233;ologie mais en anthropologie, pr&#233;cis&#233;ment ici m&#233;diationniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons nous essayer &#224; une sorte de tentative d'&#233;laboration raisonn&#233;e d'un outil d'analyse. Il ne s'agira donc pas de contenus dont on aurait ponctuellement &#224; rendre compte &#8211; th&#233;ologies, vocations, exercices, c&#233;r&#233;monies, etc. &#8211; mais de l'outillage pour saisir quelque contenu que ce soit &#8211; m&#233;canismes rationnels, cat&#233;gories. Nous allons tenter de d&#233;monter les m&#233;canismes qui font que, suivant notre nature qui est d'&#234;tre rationnelle, nous nous posons de telles questions et que nous tentons d'y r&#233;pondre d'une fa&#231;on ou d'une autre. Le travail est sur &#171; l'outillage &#187;, sur les modalit&#233;s de raffiner divers types d'outils intellectuels comme mod&#232;les d'analyse du ph&#233;nom&#232;ne, tel qu'il se construit suivant les m&#233;canismes de la raison humaine, en recouvrant la totalit&#233; de ce que nous sommes. En fin de compte, l'outil lui-m&#234;me, ce mod&#232;le, est une pure heuristique, comme moyen de trouver, &#224; travers tant d'expressions dans l'histoire, les caract&#232;res cependant rationnels de ph&#233;nom&#232;nes qui paraissent si souvent d&#233;raisonnables. En l'occurrence, une pure heuristique quasi alg&#233;brique dans sa syst&#233;matique &#8211; ce qui est paradoxal dans le domaine litt&#233;raire. On va d&#233;velopper les formules que permet la th&#233;orie de la M&#233;diation en sorte de d&#233;construire et de r&#233;articuler les ph&#233;nom&#232;nes qui se passent en nous, suivant les m&#233;canismes de notre propre rationalit&#233; : quelle est l'exp&#233;rience m&#234;me du myste et comment s'expliquent les caract&#232;res m&#234;mes du myst&#232;re. Car il ne s'agit pas d'essayer de comprendre un ph&#233;nom&#232;ne qui pourrait avoir une nature &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; transcendantale, c'est &#224; dire qui d&#233;passerait en stricte r&#233;alit&#233; ce que nous sommes et serait par le fait inconnaissable ; il n'est pas question un seul instant de disputer d'une r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure &#224; nous-m&#234;me, mais au contraire, d'une r&#233;alit&#233; totalement d&#233;pendante de ce que nous sommes. Il ne s'agit pas de parler d'autre ph&#233;nom&#232;ne que de nous. C'est une autre affaire que de projeter cette r&#233;alit&#233; effectivement hors de notre condition, de &#171; croire &#187; donc, puisqu'il faut justement la comprendre comme conditionn&#233;e par ce que nous sommes. Cette fa&#231;on de poser le probl&#232;me rencontre des traditions religieuses bien plus r&#233;pandues qu'on le croirait &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; : le tantrisme, par exemple, pose et r&#233;p&#232;te cette formule &#171; Cet Un, Shiva l'Unique, je le suis &#187;. Des th&#233;ologies postulent d'embl&#233;e que le dieu, c'est nous-m&#234;mes, que les modes de notre d&#233;passement &#8211; le transcendant : ce qu'il est comme myst&#232;re et comment nous pouvons le vivre comme myste &#8211; sont dans les m&#233;canismes m&#234;mes de notre humanit&#233;, que nous-m&#234;mes d&#233;passons, non que quel qu'Autre, en soi, d&#233;passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, dans cette abstraction d'un d&#233;veloppement &#171; alg&#233;brique &#187; de formule, ne nous accrochons pas trop aux mots. Il faut bien en mettre : moine, ermite, c&#233;libat et chastet&#233;&#8230; Mais ne faisons pas querelle parce qu'on entend autre chose sous tel mot, par habitude commune ou commentaire philosophique. Le mot ici n'est qu'un outil opportun pour d&#233;signer un m&#233;canisme analys&#233; de notre raison. Ainsi le moine, comme solitaire suivant l'origine du mot pris en r&#233;f&#233;rence, n'est justement pas &#171; notre &#187; moine, membre d'une collectivit&#233;, une abbaye. De plus, le mot ne d&#233;signe analytiquement que ce qui &#171; institue &#187; un ermite, ce qui le fait tel, non le r&#244;le qu'il assume, qui se trouve institu&#233; ; pour lequel le terme de &#171; clochard &#187; a &#233;t&#233; retenu sans allusion p&#233;jorative aux d&#233;s&#339;uvr&#233;s de la rue. Il en est ainsi de tous les mots choisis dans cet expos&#233; : ils ne d&#233;signent pas les r&#233;alit&#233;s pour lesquelles on les emploie habituellement ; ils d&#233;nomment opportun&#233;ment (on l'esp&#232;re &#8211; mais reconnaissons que ce n'est pas toujours le cas !) des dissociations construites de l'analyse du rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, avant de commencer, il faut rappeler les deux autres ph&#233;nom&#232;nes, participant de ce qui constitue le religieux, entrem&#234;l&#233;s avec myste et myst&#232;re transcendants mais parfaitement distincts : le &lt;i&gt;culte&lt;/i&gt;, comme rapports int&#233;ress&#233;s avec des divinit&#233;s int&#233;ressantes, et l'&lt;i&gt;&#233;glise&lt;/i&gt;, entendue, quelles que soient les religions (donc pas seulement suivant l'usage, l'&#201;glise catholique), comme ordre social de liens et de services parmi les autres corps sociaux plus ou moins concurrents. Cependant, par le fait qu'il s'agit d'abord et avant tout des m&#233;canismes rationnels, les diverses formes du transcendant n'ont pas &#224; &#234;tre sp&#233;cifiquement li&#233;es et d&#233;termin&#233;es par ce religieux, encore moins par un surnaturel. Fugaces et subreptices, elles peuvent &#234;tre l'exp&#233;rience exceptionnelle de n'importe qui du commun, dans n'importe quelle circonstance commune de sa vie. Ces sortes de &#171; sorties de la condition humaine &#187; sont donn&#233;es &#224; quiconque se laisse prendre, ne serait-ce qu'un instant, par quelque m&#233;canisme limite de sa propre raison.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; LE CULTE&lt;/h3&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Sous ce terme, il faut entendre les rapports, pr&#233;cis&#233;ment sociaux, du d&#233;vot et de son dieu, comme reconnaissance et &#233;tablissement d'un &#171; lien avec &#187; &#171; pour service &#187;. Socialement, l'instituant est le lien qu'on se fait avec un autre et l'institu&#233; la responsabilit&#233; qu'on en assume, le service qu'on en a et qu'on rend. Toute soci&#233;t&#233; n'est que &#231;a, une modalit&#233; de la distribution par les liens des services qu'on attend. Le culte, ce n'est aussi que &#231;a : de la &#171; liaison pour &#187;. Une liaison qui peut para&#238;tre bizarre quand ce qui est en cause correspond soit &#224; des dieux, soit &#224; des morts : des absents. Mais du point de vue social, on se trouve li&#233; constamment &#224; des gens qu'on ne conna&#238;tra jamais &#171; en vrai &#187; et qu'on n'a pratiquement aucun moyen de conna&#238;tre. Tous les services sociaux se fondent largement sur de l'absence de fait. M&#234;me si, en tout &#233;tat de cause, c'est de l'absence qui elle-m&#234;me se conteste puisqu'on fr&#233;quente bien du monde r&#233;ellement. Mais l'ensemble du syst&#232;me social de liens et de services se fait litt&#233;ralement dans l'absence et cependant la responsabilit&#233; mutuelle des protagonistes. Le rapport aux dieux ou aux morts n'est en d&#233;finitive qu'un passage &#224; la limite d'un syst&#232;me qui de toutes les fa&#231;ons est normalement aussi fond&#233; sur l'absence, sur la possibilit&#233; de s'abstraire d'une positive pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport qu'on a avec ce qui s'appelle traditionnellement les dieux est celui d'un service qu'on escompte. En fin de compte, il n'y a de dieux qu'utiles : les dieux sont toujours des modes de l'utilit&#233; de ce qui, par principe, par constitution, nous manque. C'est en cela, quelles qu'en soient toutes les apparences, qu'ils ne sont pas tout &#224; fait pareils &#224; nous : ils sont le plein de nos manques. Le caract&#232;re m&#234;me des dieux est de combler ce qui irr&#233;pressiblement, de toutes les fa&#231;ons, nous manque. Les dieux sont l&#224; pour r&#233;pondre socialement aux besoins qu'on en a et qu'ils comblent d'une fa&#231;on ou d'une autre : ils expliquent le monde, le d&#233;but, la fin, ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas, ce qui est cach&#233;&#8230; Ils servent &#224; expliquer ce qu'on ne saura jamais ; la science a beau d&#233;voiler les myst&#232;res du monde, elle n'en cr&#233;e pas moins aussit&#244;t de nouveaux qui laisseront toujours place &#224; de l'inexplicable, aux dieux, sauf foi scientiste qui n'est qu'invention d'une autre d&#233;it&#233;. Les tentatives, ici, d'explications par une science de l'homme, des m&#233;canismes complexes qui nous font &#171; cr&#233;er &#187; les dieux et ceux qui nous font nous d&#233;passer, toutes ces explications ne suppriment en rien le pari sur l'existence ou non de cet extra monde : &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, l'incompr&#233;hension finale du monde et de la vie m&#233;nage la place imprenable des dieux. Techniquement, ils cr&#233;ent les mondes, ils inventent, l'agriculture ou la navigation, ils soignent, gu&#233;rissent ou d&#233;truisent, ce qui est encore de l'action. Ils originent, sociologiquement parlant : l'histoire, le monde, la famille, la tribu, le pouvoir ; ils prot&#232;gent, favorisent, dirigent leur clan. &#201;thiquement enfin, ils donnent direction au monde, &#224; la vie, &#224; soi-m&#234;me, un sens comme orientation &#224; ce qui tant semble n'en pas avoir : un destin. Ils jugent, au point de sembler justifier le principe m&#234;me du jugement suivant l'id&#233;e de l'&#201;glise chr&#233;tienne qui s'imagine que la morale n'existe que par les religions, quand elle est constitutive de la raison humaine. Les dieux sont un service social normal qui comble ce qui pr&#233;cis&#233;ment tient de nos manques ; si on les ressent comme tels bien s&#251;r : manques et dieux ne sont ni des universaux partag&#233;s par tous les humains, ni des n&#233;cessit&#233;s in&#233;vitables pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le culte alors &#8211; comme on cultive la terre en s'en occupant, comme on cultive ses amis en les entretenant de toutes les fa&#231;ons &#8211; le culte correspond effectivement &#224; toutes les modalit&#233;s possibles de &lt;i&gt;l'entretien&lt;/i&gt; des dieux. D'abord, dans la continuit&#233; de ce rapport social de lien, par leur &lt;i&gt;fr&#233;quentation&lt;/i&gt; : ces personnes qui rendent les services de pallier nos manques, il est n&#233;cessaire pour cela de les visiter, de les rencontrer, occasion ainsi d'entretenir leur attention, comme en toute relation sociale aimable, avec le cadeau de sa pr&#233;sence d&#233;j&#224;, puis de tout ce qui parait faire plaisir suivant l'usage, pr&#233;sents simples ou &#171; sacrifice &#187;. Ainsi, quel que soit l'artificialisation de la chose et le nombre des concern&#233;s, le culte comme rencontre est lieu d'un rassemblement ; le vide des esplanades des sanctuaires est souvent plus propice que l'art des constructions cultuelles. On les accompagne encore en les suivant dans les cort&#232;ges, en les pr&#233;c&#233;dant dans les processions, les d&#233;ambulations diverses sur des parcours pr&#233;par&#233;s, d&#233;cor&#233;s pour le passage de leur repr&#233;sentation, de leur &#171; pr&#233;sence &#187; dans une statue, une hypostase particuli&#232;re comme l'hostie dans son ostensoir, etc. V&#234;tements d'assembl&#233;e, reposoirs d'&#233;tape, d&#233;roulement du parcours, l'accompagnement s'organise et s'&#233;quipe qui installe ainsi le dieu dans une histoire, un pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, dans le sens o&#249; logiquement parlant, on cause avec eux, comme on entretient la conversation : on parle aux dieux, dans les pri&#232;res, les c&#233;r&#233;monies, et on les fait r&#233;pondre ; les tables tournantes, les cartes, les tarots, la pythie, les auspices et haruspices et oracles : ce ne sont peut-&#234;tre pas toujours des moyens conformes &#224; quelque institution d'&#233;glise, mais ce n'en sont pas moins, dans une &lt;i&gt;interlocution&lt;/i&gt;, des &#171; boites de dialogues &#187;. Techniquement encore, l'entretien se fait &lt;i&gt;dot&lt;/i&gt; en ce sens qu'on &#233;quipe le dieu lui-m&#234;me de son n&#233;cessaire qui lui donne les formes de son &#234;tre : son logement, son v&#234;tement, son aliment et m&#234;me son traitement du &#171; corps &#187; en repr&#233;sentation qu'on oint, baigne, parfume, et par lesquels &#233;quipements il est l&#224; : le kyriakon est la r&#233;sidence, la maison, l'&#233;quipement de l'&#234;tre du dieu, ainsi dans l'&#233;glise catholique ou orthodoxe, les temples hindous ou bouddhiques, la Tente de la Rencontre ou le Temple de J&#233;rusalem des Juifs, le tabernacle &#233;gyptien et sa statue ; &#233;tablissement du divin qui n'oblige pas, dans le temple grec par exemple, &#224; recevoir les fid&#232;les, &#224; faire pr&#233;cis&#233;ment &#171; &#233;glise &#187;. (Quoiqu'on &#233;quipe aussi ces modes de r&#233;ception, &#171; salles &#187; diverses comme le temple protestant, la synagogue ou la mosqu&#233;e : ces sanctuaires alors, sont, au sens strict, &#171; eccl&#233;sia &#187;, &#233;glise, ce qui veut dire &#171; assembl&#233;e &#187; des fid&#232;les). Enfin le dieu est aussi &#233;thiquement entretenu par le &lt;i&gt;tribut&lt;/i&gt;, c'est &#224; dire dans le fait qu'on le d&#233;dommage : on paie de sa personne, en se d&#233;pensant, se mortifiant dans les je&#251;nes, les mac&#233;rations : c'est le principe de l'oblation ; on paie de ses biens en les d&#233;pensant pour le dieu : c'est le principe des privations, des &#171; sacrifices &#187;. Par ces quatre m&#233;canismes &#8211; interlocution, dot, fr&#233;quentation, tribut &#8211;, issus des quatre modes de la raison, les dieux adviennent avec une place effective dans le monde des hommes : en quoi ils ne sont pas simple repr&#233;sentation, histoire qu'on raconte, mythe ou th&#233;ologie, philosophie, croyance ou superstition, mais plus fortement, plus essentiellement, quelqu'un de &lt;i&gt;reli&#233;&lt;/i&gt; &#224; l'homme et d'&lt;i&gt;enr&#244;l&#233;&lt;/i&gt; par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant ses besoins, une soci&#233;t&#233;, un groupe quelconque, un individu, n'ont pas n&#233;cessit&#233; de tous les services : certains m&#233;tiers divins importent plus que d'autres &#224; certains humains. Suivant les manques propres, tous les genres d'hommes ne s'inqui&#232;tent pas de toutes les comp&#233;tences divines : les dieux correspondent &#224; leur soci&#233;t&#233;, quelle qu'en soit l'&#233;tendue : tous sont, par d&#233;finition, &lt;i&gt;poliades&lt;/i&gt;, constitutivement &#171; de la cit&#233; &#187;, correspondant intimement &#224; ceux-l&#224; qui en ont le besoin. La vision est limitativement logique d'un dieu universel : ethniquement, socialement, il est toujours &#171; de l&#224; &#187;, en d&#233;pit des revendications proclam&#233;es, son r&#244;le est utile pour ce groupe-l&#224; ou m&#234;me cet individu. M&#234;me dans l'&#201;glise &#171; catholique &#187;, la Vierge &#8211; surtout en France &#8211; est surtout fran&#231;aise par ses apparitions &#8211; Lourdes, Pontmain, La Salette &#8211;, figur&#233;es souvent sur les vitraux suivant son identit&#233; locale, comme Ath&#233;na &#233;tait d'Ath&#232;nes. Autrement habill&#233;e, elle est non seulement de divers pays du monde dans la crypte de Fourvi&#232;re, mais elle peut changer de r&#244;le, se diversifier suivant l'attente d'une communaut&#233; particuli&#232;re, comme le sugg&#232;rent ses &#233;picl&#232;ses (ou &#171; surnom &#187;, Reine de l'Arvor ou de France, Notre-Dame de la Garde, etc.) et ses litanies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;canisme fondamentalement sociologique de la r&#233;alit&#233; de la nature des dieux a d'autres cons&#233;quences : le &lt;i&gt;polyth&#233;isme&lt;/i&gt; est constitutif du culte, de la religion, de la m&#234;me fa&#231;on qu'il n'y a pas de soci&#233;t&#233; avec un seul m&#233;tier, dans cette d&#233;l&#233;gation r&#233;ciproque de comp&#233;tence. Une soci&#233;t&#233; se constitue sur la n&#233;gociation, la r&#233;partition des responsabilit&#233;s, sur les liens qui r&#233;partissent pr&#233;cis&#233;ment les r&#244;les &#224; tenir par chacun. Similairement, les dieux se mettent &#224; plusieurs pour satisfaire les besoins des hommes. Il est attendu que les dieux qui sont li&#233;s, cr&#233;&#233;s m&#234;me, par ce m&#233;canisme social, sont constitutivement multiples, ou au minimum multit&#226;ches, polyvalents comme un &#171; dieu-orchestre &#187;, comme en attestent donc les qualificatifs de leurs &#233;picl&#232;ses. Le polyth&#233;isme est directement issu de la constitution sociale des dieux et n'est absolument pas un &#233;tat primitif de leur d&#233;finition, ou r&#233;manent de leur apparition. Ces distributions divines des responsabilit&#233;s, caract&#232;re de toute soci&#233;t&#233;, se complexifient encore lors des rencontres entre les soci&#233;t&#233;s o&#249; les pouvoirs, les &#233;changes, les t&#226;ches se redistribuent dans la nouvelle combinaison : les dieux alors se recombinent eux-m&#234;mes dans un &lt;i&gt;syncr&#233;tisme&lt;/i&gt; du panth&#233;on : la soci&#233;t&#233; les caract&#233;rise, l'histoire les r&#233;assortit. Au plus simple, il peut s'agir quasiment d'une sorte de traduction par laquelle chaque dieu trouve son correspondant verbal, son &#233;quivalent plus ou moins exact. &#192; moins que les tribus s'opposant, par &lt;i&gt;sectarisme&lt;/i&gt;, les dieux se s&#233;parent des autres et s'excluent, comme mutuellement leurs soci&#233;t&#233;s natives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, le polyth&#233;isme n'est pas non plus un antagonisme, une opposition irr&#233;ductible &#224; cette autre id&#233;e d'une unit&#233; fondamentale de dieu dans le &lt;i&gt;monoth&#233;isme&lt;/i&gt;. Linguistiquement, les mots semblent s'exclure, non leur m&#233;canisme : le polyth&#233;isme est issu de notre raison sociale qui fonde la distribution des responsabilit&#233;s divines ; le monoth&#233;isme tient de notre raison logique qui, par d&#233;finition, construit ind&#233;finiment la cause, dont le caract&#232;re ultime, total, la cause de la cause de tout, inatteignable, est focalement LE dieu. Le jour o&#249; l'homme acc&#232;de &#224; la logique &#8211; et il ne peut qu'y acc&#233;der puisque c'est &#231;a qui le d&#233;finit comme rationnel avec les trois autres modes que sont la technique, l'ethnique et l'&#233;thique &#8211;, il a par d&#233;finition acc&#232;s &#224; la cause puisque la logique, c'est ce qui permet de causer le monde dans tous les sens du mot. Le polyth&#233;isme n'est pas une &#233;tape ; le monoth&#233;isme n'est pas un progr&#232;s, une fin ou un accomplissement : ce sont deux principes rationnels et combinables pour d&#233;finir le divin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, bien des religions, comme l'hindouisme, le ja&#239;nisme, le tantrisme, en ayant des dieux pour tout, con&#231;oivent n&#233;anmoins l'&#233;vidence monoth&#233;iste d'un dieu &#171; axial &#187;, ou plut&#244;t causal de tout, l'Unique. M&#234;me si souvent, il est travesti historiquement en p&#232;re des dieux, ce qui permet opportun&#233;ment la combinaison avec le polyth&#233;isme. Parce que rationnellement, tout homme est logicien, il est &#224; m&#234;me de poser cette cause ultime que nomme le concept de &#171; Dieu &#187; : tous les &#171; paganismes &#187; se le figuraient bien au moins comme un p&#232;re, un engendreur premier des dieux, des hommes et des mondes. Quand d'autres monoth&#233;ismes, comme le catholicisme, ont tant d'&#233;picl&#232;ses du divin qualifiant tant de r&#244;les divers, tant de hi&#233;rarchies des mondes c&#233;lestes ou infernaux, tant d'apparences ethniques des d&#233;votions, des saints, qu'on est objectivement dans la diversification polyth&#233;iste des comp&#233;tences des dieux, quelles que soient les repr&#233;sentations qu'on s'en fait et les constructions intellectuelles contraires des th&#233;ologies et des dogmes. Celles-ci, en effet, ob&#233;issent plus aux constructions id&#233;ologiques des institutions d'&#233;glises, aux coh&#233;rences des doctrines, &#224; leurs responsables professionnels que sont tous les m&#233;tiers des clercs, qu'aux fr&#233;quentations famili&#232;res des d&#233;vots suivant leurs besoins et les services qu'ils attendent des dieux. Chacun son manque, chaque soci&#233;t&#233;, chaque individu, chaque moment de l'histoire : et donc, chacun ses dieux, assur&#233;ment. L'unit&#233; de la cause &#224; travers le dieu unique n'est pas une n&#233;cessit&#233; en soi, seulement une logique qui n'a pas n&#233;cessit&#233; de s'imposer &#224; tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; L'&#201;GLISE&lt;/h3&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Le culte rel&#232;ve d'une sociologie des dieux et des d&#233;vots : la notion rend compte de la constitution m&#234;me des dieux par les rapports qu'on entretient avec eux et qui les font &#234;tre. Ses m&#233;canismes sont sociologiques parce que c'est litt&#233;ralement de la &#171; raison d'&#234;tre &#187; qu'ils proc&#232;dent. Mais le culte s'institutionnalise encore en ce qu'il s'organise socialement en divers m&#233;tiers, se n&#233;gocie en services sociaux, en charge pour une part des truchements de la rencontre. La notion traditionnelle d'&#233;glise, qui d&#233;signe une &#171; assembl&#233;e &#187;, recouvre bien cette socialisation, ces n&#233;gociations institutionnelles qui d&#233;terminent les corps en charge d'une distribution des t&#226;ches. Cependant tout le culte n'est pas du ressort d'une &#233;glise ; et toute responsabilit&#233; d'&#233;glise ne concerne pas le culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme rapport aux dieux, le culte comporte tr&#232;s souvent des relations qui restent du ressort direct du fid&#232;le, sans plus d'interm&#233;diaire, sans n&#233;cessiter une quelconque organisation : les invocations et pri&#232;res, les demandes et les v&#339;ux peuvent ne concerner qu'un individu ou un groupe restreint, comme la famille ou la tribu, sans requ&#233;rir aucun responsable ext&#233;rieur du truchement avec les dieux, ni m&#233;tier, ni organisation sp&#233;cifique, ni logement ou &#233;quipement particuliers. Les religions dites &#171; populaires &#187;, lesdites &#171; superstitions &#187;, les religions personnelles produisent du culte &#224; part enti&#232;re en dehors, sinon contre, les strictes organisations sociales d'&#233;glise, hi&#233;rarchie et cl&#233;ricature. Aussi une religion effective est-elle par d&#233;finition populaire : pratiqu&#233;e, elle l'est par &#171; du peuple &#187;, quelle qu'en soit l'extension. Sinon, c'est de l'accaparement par une classe quelconque, un corps de m&#233;tier &#8211; comme &#231;a peut &#234;tre le cas de la m&#233;decine, du savoir, de l'art, de la litt&#233;rature, etc., capt&#233;es par les m&#233;decins, les universitaires, les techniciens, les acad&#233;mies et les &#233;coles ! Une religion n'est pas plus affaire de ses hi&#233;rarques, ma&#238;tres en savoir ou comp&#233;tences, que de ses assistants passifs. Une &#233;glise rel&#232;ve de la sociologie plus ou moins complexe d'un peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le culte, fr&#233;quentation des dieux, n'est donc pas apanage des clercs. Sa r&#233;alit&#233; n'est paradoxalement pas cependant qu'affaires des dieux : une bonne part de son ordonnance, dans le culte catholique par exemple, tient moins aux exigences des &#233;changes avec la divinit&#233; qu'&#224; la conservation de la discipline des clercs, au maintien de leur attention, de leur &#233;veil m&#234;me, de leur tenue, des pouvoirs d'&#233;glise. La grande cuisine rel&#232;ve d'un art du go&#251;t ; elle r&#233;pond aussi aux savoir-faire d'un m&#233;tier, aux r&#232;gles d'un milieu. Il y a aussi loin de la foi intime &#224; l'observance eccl&#233;siale que de l'art du plaisir qu'on se donne aux &#171; &#201;toiles Michelin &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;glises sont des soci&#233;t&#233;s humaines et totalement humaines, et totalement la&#239;ques, si on veut jouer sur les mots, c'est-&#224;-dire d&#233;finies dans et par la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral, dans et par le peuple. Elles n'ont de statut qu'&#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; dans laquelle elles sont. Elles ne peuvent, sans grande difficult&#233;s, racisme, pers&#233;cution, &#234;tre corps &#233;tranger. Le cl&#233;ricalisme n'est pas ainsi une question &#171; priv&#233;e &#187;, une question &#224; part, autarcique, une question d'une autre nature que les autres questions sociales. Le sport qui ne concerne que le corps d'un individu est une responsabilit&#233; d'ordre public, de sant&#233;, de d&#233;fense et de d&#233;pense, et malgr&#233; tout ceux que &#231;a indiff&#232;re, on construit actuellement plus de stades dispendieux que de cath&#233;drales ! Les clercs n'existent et n'ont de r&#244;les que par opposition aux autres r&#244;les dans leur soci&#233;t&#233;, par distribution des r&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'instituant en soci&#233;t&#233;, une &#233;glise est amen&#233;e &#224; se charger de bien d'autres responsabilit&#233;s que le culte. Dans l'organisation des trois ordres de l'Ancien R&#233;gime, l'ordre des clercs, qui &#233;tait le premier, avait en charge sociale toutes les fonctions que n'assumaient pas les deux autres, la noblesse et le tiers &#233;tat, tout ce qui manquait dans la soci&#233;t&#233; : l'enseignement, la sant&#233;, les arts, l'universit&#233;, l'h&#244;pital, les prisons, la science m&#234;me &#8211; car il ne faut pas s'imaginer, dans une vision r&#233;trospective d&#233;formante, que l'&#233;glise romaine n'&#233;tait que r&#233;trograde quand elle n'&#233;tait que de son temps. (Dans le monde scientifique contemporain, les id&#233;ologies, ambitions, anath&#232;mes, ostracismes, interdits, sont assur&#233;ment aussi r&#233;pandus, s'il n'est plus cependant de b&#251;cher !). S'il y eut un temps des pr&#234;tres ouvriers, les moines m&#233;di&#233;vaux furent d'incontournables d&#233;fricheurs et exploitants de la terre. M&#234;me &#171; la f&#234;te &#187;, le divertissement a pu &#234;tre une responsabilit&#233; eccl&#233;siale : l'Occident contemporain, par ses moyens techniques, financiers, a beaucoup chang&#233; ses modes de f&#234;tes, mais dans des communaut&#233;s traditionnelles, les c&#233;r&#233;monies religieuses furent souvent les seules occasions de distraction, dans leur r&#233;gularit&#233; ou leur caract&#232;re exceptionnel. Les dieux peuvent demander une certaine pompe lors de leur fr&#233;quentation, mais les &#233;glises ajoutent souvent des r&#244;les de divertissements dans leurs c&#233;r&#233;monies m&#234;mes : ornements, &#233;volutions r&#233;gl&#233;es, chants, orgues, musiques, encens, fleurs, ou p&#233;tard et feux d'artifice, il y a tout un attirail du spectacle dans les formes des cultes de toutes les &#233;glises comme dans les autres activit&#233;s, f&#234;tes locales, familiales, regroupements divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point &#233;tonnant que les institutions religieuses puissent se trouver au centre de bien des conflits sociaux : comme la banque peut &#234;tre mondiale, les politiques cumuler les mandats, les nobles partager des int&#233;r&#234;ts de classe avec leurs correspondants &#233;trangers, le pouvoir politique de la papaut&#233; put, par concurrence, s'opposer &#224; celui de l'empire ; par all&#233;geance incompatible, les j&#233;suites romains durent &#234;tre chass&#233;s r&#233;guli&#232;rement des royaumes catholiques r&#233;tifs aux influences ultramontaines. Les &#233;glises naissent du m&#234;me syst&#232;me qui fait na&#238;tre toutes les autres fractions et r&#233;partitions du corps social. Elles peuvent para&#238;tre &#233;trang&#232;res parce qu'elles sont import&#233;es d'ailleurs ou qu'elles persistent dans une forme ou une fonction ancienne quand elles auraient d&#251; changer, comme n'importe quel autre membre du corps. Ainsi l'&#201;glise catholique n'a pas compris, au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; comme au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, que la r&#233;partition sociale des t&#226;ches dans la soci&#233;t&#233; int&#233;grait petit &#224; petit des &#233;l&#233;ments du feu Tiers-&#201;tat dans l'enseignement, l'h&#244;pital, les prisons m&#234;mes, les &#339;uvres sociales, &#171; l'humanitaire &#187;, rendant sa contribution caduque puis inopportune. Qu'on sorte les religieux de bien des institutions n'&#233;tait pas le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne que le d&#233;crochement des crucifix des salles de classe ou des tribunaux : celui-ci est une s&#233;paration id&#233;ologique du religieux et de l'&#201;tat ; celui-l&#224;, une r&#233;partition nouvelle et attendue des r&#244;les, dans une soci&#233;t&#233; qui &#233;volue, ind&#233;pendamment de toutes id&#233;ologies. L'&#201;glise est dans le monde social : elle a les distorsions, les abandons, les retards que n'importe quel autre corps social peut avoir aussi. Mais elle porte aussi bien les ruptures et les r&#233;volutions : la r&#233;actionnaire &#201;glise orthodoxe grecque fut l'&#226;me de la r&#233;sistance de la Gr&#232;ce &#224; l'empire ottoman, comme l'&#201;glise polonaise au communisme finissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le fait m&#234;me qu'elle est un corps social, il faut s'attendre &#224; ce que toute &#233;glise ait &#233;ventuellement un style particulier. Ce n'est pas oblig&#233; : l'architecture chinoise est quasiment identique pour un temple, un palais ou un temple fun&#233;raire. Les bonnes s&#339;urs &#233;taient (presque) habill&#233;es au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle comme les femmes du peuple &#224; l'&#233;poque de la naissance de leur ordre ; mais en 1950 elles &#233;taient encore habill&#233;es de m&#234;me, la r&#233;manence &#233;tait flagrante et pour une part incongrue. Ce n'&#233;tait pas constitutif du fait religieux, mais seulement des raideurs de la coutume d'un corps social : l'universit&#233; a gard&#233; le latin dans la seconde th&#232;se jusqu'apr&#232;s-Guerre, comme le culte catholique dans ses c&#233;r&#233;monies jusqu'au dernier concile ; elle a gard&#233; ses m&#233;di&#233;vales d&#233;froques au Royaume Uni. Le gothique n'est pas particuli&#232;rement un art religieux quand la grande salle du palais royal de Montargis, une des plus grande de l'&#233;poque, &#233;tait effectivement gothique comme le palais royal de la Cit&#233; ou la salle des malades de l'h&#244;pital d'Angers. Tout groupe social est susceptible d'avoir sa langue, sa doxa, son style, ses usages et ses lois, plus ou moins originaux : ce n'est pas sp&#233;cifique du fait religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute soci&#233;t&#233; a les religieux qu'elle m&#233;rite. Il fallait rapidement faire ce d&#233;tour pour isoler ce qu'on peut appeler le culte et l'&#233;glise parce que le transcendant n'est pas constitutivement li&#233; &#224; ces ph&#233;nom&#232;nes, m&#234;me si &#233;videmment ils se rencontrent et se m&#233;langent souvent. Mais les &#201;glises ne sont pas incontournablement transcendantales. Elles ont bien d'autres responsabilit&#233;s sociales qui les occupent autant. L'&#201;glise grecque antique n'avait rien de transcendant. Toute la repr&#233;sentation des dieux antiques n'a rien &#224; voir avec ce qu'on va appeler la transcendance. Par contre, les religions anciennes dites &#224; myst&#232;res, qu'on ne connait gu&#232;re et pour cause, devaient tenir sans doute de quelque chose qu'on appellerait une relation transcendantale. Les individus comme leurs regroupements ont bien des occasions d'&#234;tre mystiques hors des institutions eccl&#233;siales et m&#234;me souvent contre elles. Les manifestations du myst&#232;re ne sont pas toujours bienvenues dans la bonne gestion des institution eccl&#233;siales : le clerg&#233; catholique, l'&#233;piscopat surtout, est tr&#232;s r&#233;ticent aux miracles ; les oracles y sont impensables !&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; DES M&#201;CANISMES DU TRANSCENDANT&lt;/h3&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous allons d&#233;velopper comme d&#233;finition n'est pas la d&#233;finition de Jean Gagnepain : &#171; rendre &#224; l'Autre l'hommage de ce que nous sommes &#187;. Je pense qu'il aurait pu &#234;tre d'accord avec ce que je dis, mais c'est vrai qu'il ne l'a pas non plus expliqu&#233; et d&#233;velopp&#233; ainsi. Consid&#233;rons ici le m&#233;canisme du transcendant comme la fixation non pathologique, par le fait intenable, sur la contradiction structurante des capacit&#233;s naturelles, c'est-&#224;-dire sur le moment dialectique de l'instance : une &lt;i&gt;autolyse non maladive&lt;/i&gt;, &#224; laquelle on ne peut se tenir sans danger de folie et qui est donc obligatoirement et &#233;tymologiquement une asc&#232;se, strictement un exercice de tous les instants, luttant &#224; se maintenir, sans cesse performanciellement contredite en r&#233;alit&#233;, sans cesse renaissante, tout particuli&#232;rement chez ceux qui sont &#171; saints &#187;, quand ils ne sont pas, justement &#224; la limite d&#233;pass&#233;e, des fous. Dans ce principe, rationnel chez l'humain, que nous avons de contredire et de nous abstraire de toute r&#233;alit&#233; positive en en construisant une ordonnance, une structure, par l'opposition de caract&#232;res et la composition de segments, tant du &#171; fait &#187; que de l'&#171; effet &#187;, (le -ant et le -&#233;, du signe, de l'outil, etc&#8230;), on peut s'essayer &#224; d&#233;finir, dans cette tendance &#224; cet arr&#234;t non pathologique, ce que peut &#234;tre le m&#233;canisme de la transcendance : une tentative de fixation limite sur l'instance, en quoi l'homme d&#233;passe son propre fonctionnement rationnel, strictement se d&#233;passe ainsi : se transcende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce qui complique la situation, c'est que dans le m&#234;me mouvement o&#249; le transcendant se d&#233;finit par cette fixation non pathologique sur l'instance, en m&#234;me temps puisque ce n'est pas pathologique, il n'&#233;vite pas le r&#233;investissement en performance, c'est-&#224;-dire cette re-contradiction et ce r&#233;investissement dans le r&#233;el qui donc le conditionne. Se combinent la tentative d'arr&#234;t sur la contradiction du r&#233;el qu'est le m&#233;canisme instanciel et l'emportement par la contradiction performancielle. Sont disjoints les deux modes dissoci&#233;s, dissociables, ce qui fait la diff&#233;rence par rapport &#224; la fa&#231;on normale de fonctionner directement, la premi&#232;re contradiction r&#233;solue dans le m&#234;me mouvement par la deuxi&#232;me qui permet la performance. On a donc &#224; la fois un mouvement qui r&#233;ifie l'instance et un autre qui tient de la performance. C'est l&#224; la sp&#233;cificit&#233; particuli&#232;re, insaisissable et invivable du transcendant, qui r&#233;alise, strictement, les deux moments de la dialectique, ce qui en fait une exp&#233;rience extraordinaire qui nous sort de nous-m&#234;me, nous fait &#171; monter en passant au-del&#224; &#187;, nous transcende. Point de surnaturel, cependant, dans ces ph&#233;nom&#232;nes vraiment humains : le transcendant est une exp&#233;rience de l'homme-m&#234;me. Mais en stricte r&#233;alit&#233;, on n'atteint gu&#232;re cet &#233;tat parce qu'il est hors du fonctionnement normal. C'est bien pour &#231;a qu'il y a des moments o&#249; ce sont les hyst&#233;riques qui sont les plus &#171; transcendantaux &#187;, au moins en apparence, &#171; m&#233;caniquement &#187;. Ce sont les plus pathologiques qui peuvent rester l&#224;. Pour le commun des mortels, l'exp&#233;rience est toujours fuyante, comme une dialectique non r&#233;solue. Il n'y a pas franche r&#233;solution, seulement tentative, travail, exercice de fixation sur l'instance avec r&#233;solution boiteuse, pas vraiment contradictoire comme performance r&#233;elle. Aussi, dans cet exercice &#171; alg&#233;brique &#187;, va-t-on chercher &#224; qualifier les deux p&#244;les extr&#234;mes : la phase instancielle, comme tentative de se fixer sur la contradiction radicale, par l'&#233;videment rationnel, structurant, en n&#233;gation de la positivit&#233; de la nature ; et la phase performancielle, comme contradiction, dans une conjoncture r&#233;elle in&#233;vacuable pour le normal, de cette n&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme est d'autant plus complexe qu'il peut s'exercer sur chacun des modes de la raison de fa&#231;on totalement ind&#233;pendante : il y a des formes transcendantales de la repr&#233;sentation logique, de l'activit&#233; technique, de l'&#234;tre social ou du jugement moral. Donc, en mati&#232;re de mod&#233;lisation syst&#233;matique des m&#233;canismes, il faudra observer les formes pseudo-autolytiques et celles de leur pseudo r&#233;solution suivant chacun des quatre modes du rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme est le m&#234;me qui d&#233;finit les divers comportements de l'homme recherchant cette exp&#233;rience limite d'une sortie de soi-m&#234;me, tentant de vivre une forme ou l'autre de ce d&#233;passement : c'est l'exp&#233;rience du &lt;i&gt;myste&lt;/i&gt; ; et qui d&#233;finit, dans le m&#234;me mouvement, les caract&#232;res hypostasiables de cet &#171; hors-de-soi &#187;, de ce d&#233;passement lui-m&#234;me &#171; substantiv&#233; &#187;, &#224; la fois nomm&#233; et prenant &#171; substance &#187; (et le vague de la formule va bien au vague du ph&#233;nom&#232;ne), qui serait le &lt;i&gt;&#171; myst&#232;re &#187;&lt;/i&gt; ; jusqu'&#224; une personnification possible comme tenant du divin. Commun&#233;ment, tout ce myst&#232;re s'appelle &#171; dieu &#187; ; le mot est cependant bien trop li&#233; &#224; de la croyance ou &#224; de &#171; l'&#234;tre &#187; &#8211; quand il s'agira de beaucoup plus et de moins que cela &#8211; ou aux religions qui sont agr&#233;gats de ph&#233;nom&#232;nes historiques complexes. Or aucune raison que le transcendant ne puisse pas se vivre et se voir bien ailleurs que dans les religions institu&#233;es ; lesquelles sont historiquement loin d'&#234;tre les incontournables promoteurs du transcendant. Comme les proph&#232;tes n'&#233;taient pas l&#233;vites, le myste n'a pas &#224; &#234;tre un clerc ou un hi&#233;rarque et le myst&#232;re ne se r&#233;duit pas aux mythologies ou aux th&#233;ologies des religions, encore moins aux formes des cultes. Tout dieu n'est pas, de soi, oraculaire ou faiseur de miracle ; toute religion n'est pas r&#233;v&#233;lation, salut ou gr&#226;ce. L'exp&#233;rience transcendantale n'a pas &#224; &#234;tre incontournablement une action religieuse ou le myst&#232;re, un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien ainsi cependant, parce que l'homme est intrins&#232;quement capable de son propre d&#233;passement sur le mod&#232;le m&#234;me de sa propre raison, qu'il est alors et aussi capable de rapporter &#224; un &#171; Grand Autre &#187; les m&#234;mes m&#233;canismes des d&#233;passements rationnels et de le d&#233;finir ainsi, par &lt;i&gt;conversion&lt;/i&gt; suivant laquelle ces mouvements transcendantaux de la raison humaine lui sont justement d&#233;volus, rapport&#233;s, vou&#233;s, le faisant &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; ainsi par cette d&#233;volution qu'est la foi. C'est sans doute le sens de la formule de Jean Gagnepain, &#171; rendre &#224; l'Autre l'hommage de ce que nous sommes &#187; : le Dieu transcendant, quoique hors de nous-m&#234;me, n'a d'autre nature que d'&#234;tre &#233;labor&#233; par les divers m&#233;canismes de notre propre raison qui l'impliquent ; il ne saurait &#234;tre sans nous, m&#234;me si par sa d&#233;finition logique, par le mot, on le con&#231;oit et le fait &#234;tre hors de nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme il s'agit de &#171; d&#233;velopper les formules de cet alg&#232;bre m&#233;diationniste &#187;, en sorte de cerner les caract&#233;risations de ces ph&#233;nom&#232;nes erratiques et apparemment aberrants, on abordera syst&#233;matiquement raison par raison, en dissociant les deux &#171; &#233;tats &#187; de l'instance et de la performance, d&#233;finissant le myste et le myst&#232;re, int&#233;ressant tant le fait &#171; -ant &#187; que l'effet &#171; -&#233; &#187;, suivant analytiquement, autant que possible, les m&#233;canismes structurants s&#233;riels et associatifs.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; 1 Le m&#233;canisme transcendantal en raison logique&lt;/h3&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le myste est instanciellement oraison et performanciellement pri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le myst&#232;re est instanciellement oracle et performanciellement r&#233;v&#233;lation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h4 class=&#034;h4&#034;&gt; A Le Myste &lt;/h4&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de la fixation &#8211; ou plut&#244;t la tentative formelle de fixation &#8211; sur la contradiction absolue qu'est l'instance. Dans le domaine de ce premier mode de la raison, en logique, dans le langage, cela tient de &lt;i&gt;l'impropri&#233;t&#233; du signe&lt;/i&gt; qui fait du myste un &lt;strong&gt;orant&lt;/strong&gt;. Qu'est-ce qui, comme exp&#233;rience mystique, peut relever de ce m&#233;canisme de l'impropri&#233;t&#233; du signe, caract&#233;risant cette repr&#233;sentation limite, cette raison qui sort de son m&#233;canisme normal comme une fa&#231;on de sortir de soi-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le terme d'&lt;strong&gt;oraison&lt;/strong&gt;, une impropri&#233;t&#233; limite du signe serait un impossible, un impronon&#231;able signifiant et un incompr&#233;hensible signifi&#233;. Concernant le signifiant, on pourrait parler ici d'&lt;strong&gt;incantation&lt;/strong&gt;, suivant l'id&#233;e que &#231;a tient associativement d'un air, d'un chant, d'un mouvement &lt;strong&gt;psalmodique&lt;/strong&gt; ; et s&#233;riellement d'&lt;strong&gt;accentuation&lt;/strong&gt;. Ce qu'il y a dans la plaisanterie de la table de multiplication &#171; tatata-ta &#8230; &#187;, &#171; on retient l'air mais pas les paroles &#187;, se retrouve parfois dans bien des chants qu'on imite et caricature ainsi. Dans l'usage catholique, l'exercice du rosaire fait r&#233;citer trois fois (et m&#234;me quatre) un chapelet de cinq dizaines de ladite &#171; salutation ang&#233;lique &#187; compl&#233;t&#233;e, le &#171; Je vous salue Marie... &#187;, ainsi 150 fois r&#233;p&#233;t&#233; : souvent le d&#233;but d'un r&#233;pons enjambe d&#233;j&#224; la fin du pr&#233;c&#233;dent, dans une m&#234;me scansion accentu&#233;e, rythm&#233;e, qui pratiquement l'emporte sur le sens, limit&#233;, des paroles ; comme dans les r&#233;citations des psaumes, importe surtout la chanson lancinante et alternante des versets. Pour une part et pour beaucoup de participants, le sens y &#233;tait d'autant moins que ce pouvait &#234;tre du latin, largement inconnu des fid&#232;les : l'incompr&#233;hension de la langue n'alt&#233;rait en rien et au contraire &#233;tablissait au mieux le caract&#232;re incantatoire de l'oraison qui n'a pas &#224; &#234;tre explication, information ou d&#233;monstration. Le latin peut &#234;tre envisag&#233; comme une exp&#233;rience du transcendant &#224; la mesure du peuple &#8211; et ce n'est pas ici une esth&#233;tique musicale. C'est &#224; la fois la langue de communication d'un milieu, d'une &#233;glise, comme l'argot des apaches ou le louchbem des artisans bouchers ; et un langage transcendantal d'oraison des d&#233;vots. Dans les religions orientales, les brahman comme chant, les vedas comme po&#233;sie, les Aarti, sont aussi des incantations ; comme la modulation du mantra sur les 108 grains du collier yogique ; celle sur les onze grains du chapelet musulman, des 99 noms d'Allah ; ou celle des mille noms de Vishnu, des mille noms du Grand Seigneur, des mille noms de la d&#233;esse Isis ; ou de l'ind&#233;finie r&#233;p&#233;tition, respiration plut&#244;t, de la Pri&#232;re du C&#339;ur orthodoxe ; ou des r&#233;citations des litanies. Le Bouddhisme assume cet &#233;videment et du son, et du sens par l'&#233;quipement du moulin &#224; pri&#232;res, o&#249; tout se passe, hors m&#234;me le langage &#224; la limite, dans la manipulation du tourniquet. Artistiquement, le Bouddhisme encore couvre &#171; d'une kyrielle &#187; de petites sculptures du Bouddha ind&#233;finiment align&#233;es, les parois de nombreux sanctuaires ou les socles d'autres repr&#233;sentations, comme une litanie en relief. Ces rab&#226;chages, formellement d'une grammaticalit&#233; insaisissable et inarr&#234;table, apparemment stupides, sont plut&#244;t hyper rationnels ! Insupportablement rationnels en quelque sorte. Si bien que le d&#233;raisonnable de bien des pratiques religieuses, lucidement critiquables sinon moquables, n'en est pas moins, parce que cependant rationnel, le moyen du d&#233;passement, par elles, pour l'homme, de sa propre nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de signifiant donc, c'est de la psalmodie rythm&#233;e, de l'accent. En termes de signifi&#233;, la plupart du temps, &#231;a peut ne pas dire grand-chose, exemplairement comme la syllabe &#171; Om &#187;. Ces incantations n'en ont pas moins pour effet signifi&#233; l'&lt;strong&gt;illumination&lt;/strong&gt;. L'&#233;videment transcendantal du sens, le signifi&#233;, est illumination : repr&#233;sentation &lt;strong&gt;indistincte&lt;/strong&gt;, totale et non segmentable ; au caract&#232;re &lt;strong&gt;ineffable&lt;/strong&gt; exactement, indicible, en ce qu'elle ne s'analyse pas. Saint Gr&#233;goire Palamas parle de la r&#233;v&#233;lation de la lumi&#232;re incr&#233;&#233;e du Thabor ; Jean de la Croix parle de l'illumination, du non-sens de sa pri&#232;re (exactement ici de son oraison). Ainsi font les mantras d&#233;nu&#233;s de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les brahman, qui sont des types de chants hindous, peuvent &#234;tre &#224; ce point fr&#233;n&#233;tiques qu'ils font tomber en transe. Ainsi, advient pr&#233;cis&#233;ment l'illumination de l'&lt;i&gt;extase&lt;/i&gt;. L'extase est cette conjonction possible de l'abstraction de l'instance suivant chacun des modes rationnels. L'extase c'est l'oraison absolue, l'inertie absolue, l'absence absolue, le noloir absolu. Gu&#232;re moins qu'une folie ; on ne s'&#233;tonne plus que les hyst&#233;riques soient aussi capables d'extase. Les stigmates apparaissent aussi chez des folles, pas seulement chez les saintes. Mais les saints restent sains dans le reste de leur vie : l'extatique Th&#233;r&#232;se d'Avila est une ma&#238;tresse femme remarquable de force, d'intelligence des gens, des situations, rien moins qu'une faible d'esprit !&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Mais on ne peut en rester l&#224;. Sans pathologie particuli&#232;re du r&#233;investissement, si on n'est pas &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; autolytique, &#233;videmment, on r&#233;investit, on contredit cette contradiction de l'indice et du sens, constitutive du m&#233;canisme grammatical, et on revient pr&#233;cis&#233;ment &#224; la positivit&#233; du son et &#224; la positivit&#233; du sens, cependant ainsi dialectiquement structur&#233;s. Face &#224; l'oraison qui est la modalit&#233; de l'abstraction absolue et intenable, est la &lt;strong&gt;pri&#232;re&lt;/strong&gt; comme r&#233;investissement de l'oraison. Laquelle, avant tout, doit &#234;tre distingu&#233;e absolument de &lt;i&gt;l'obs&#233;cration&lt;/i&gt;, de cette pri&#232;re de demande qui elle, est celle du culte, comme fr&#233;quentation d'un dieu dont on attend le service. L'obs&#233;cration est ce nom latin de la pri&#232;re, au sens commun, de demande. La pri&#232;re, dans le sens transcendantal, ne demande rien : elle est simplement l'in&#233;vitable r&#233;investissement performanciel de l'oraison, o&#249; l'incantation devient plus positivement &lt;strong&gt;r&#233;citation&lt;/strong&gt; signifiante et l'illumination, &lt;strong&gt;louange&lt;/strong&gt; signifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;strong&gt;r&#233;citation&lt;/strong&gt; comme une mani&#232;re d'&#233;num&#233;ration, de remplissage, &#224; l'extr&#234;me, de logorrh&#233;e, non seulement dans l'instant mais encore dans les d&#233;veloppements du temps, dans les cycles annuels ou autres des c&#233;l&#233;brations. Syntagmatiquement, se reprennent les m&#234;mes &lt;strong&gt;formulaires&lt;/strong&gt; que sont toutes ces formes toutes faites des rh&#233;toriques religieuses, des grandes pri&#232;res, des adresses aux dieux, dont le caract&#232;re est essentiellement la &lt;strong&gt;r&#233;p&#233;tition&lt;/strong&gt;, la reprise, l'insistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de sens, &#231;a dit l'adoration du myst&#232;re en lui-m&#234;me, o&#249; on ne lui demande pas quelque chose de particulier comme dans le culte : la pri&#232;re est &lt;strong&gt;louange&lt;/strong&gt; (psaume serait la traduction grecque du terme h&#233;breux pour louange), en ce qu'elle liste ind&#233;finiment les vertus du myst&#232;re dans les enchainements d'une &lt;strong&gt;ar&#233;talogie&lt;/strong&gt; constante, en en exploitant les &lt;strong&gt;&#233;picl&#232;ses&lt;/strong&gt;, comme ses qualificatifs fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h4 class=&#034;h4&#034;&gt; B Le Myst&#232;re&lt;/h4&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Si le myste, comme orant, est oraison et pri&#232;re, le myst&#232;re, comme &lt;i&gt;objet de foi&lt;/i&gt;, est &lt;strong&gt;oracle&lt;/strong&gt; r&#233;solu en &lt;strong&gt;r&#233;v&#233;lation&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le myst&#232;re est instanciellement &lt;strong&gt;oracle&lt;/strong&gt; : il participe de la m&#234;me &lt;i&gt;impropri&#233;t&#233; constitutive du signe, de l'indice comme du sens&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;L'expression signifiante de l'oracle du myst&#232;re tient de &#171; la &lt;strong&gt;terribilit&#224;&lt;/strong&gt; &#187;, dirait-on en italien, o&#249; l'indice est qualitativement &lt;strong&gt;indistinct&lt;/strong&gt; et quantitativement &lt;strong&gt;informe&lt;/strong&gt; : comme l'&#233;pouvante terrible du Buisson ardent qui ne se consume pas et d'o&#249; sort la parole de Dieu. Le m&#234;me myst&#233;rieux Yahv&#233; para&#238;t aussi comme dieu de l'orage, comme Zeus. Le tonnerre, voix de Dieu, la temp&#234;te, col&#232;re des dieux, le coup de vent, passage de l'Esprit de Dieu, la colonne de feu, terreur de Dieu, tous les &#233;l&#233;ments naturels extr&#234;mes peuvent &#234;tre expression du divin. De m&#234;me les &#233;tats seconds des hommes, les r&#234;ves, les transes, les ivresses par toute substance, o&#249; inconsciemment &lt;i&gt;&#171; &#199;a &#187; signifie sans dire&lt;/i&gt;. Alors, le monde lui-m&#234;me est &#171; &#233;criture &#187; oraculaire : le vol des oiseaux, les entrailles, les foies, tous ces signes du monde font parler le myst&#232;re. Quoique, de soi, ils ne disent rien, ne prononcent rien, ne signifient en rien. Ils ne sont superstition et m&#234;me supercherie que pour ceux qui ne sont pas dans l'exercice, dans l'asc&#232;se, non ceux &#171; qui n'y croient pas &#187;, mais ceux qui ne vivent pas dans l'exp&#233;rience. Comme propos, on ne sait jamais ce que &#231;a veut dire, il faut toujours un traducteur. C'est le r&#244;le des chamanes, des proph&#232;tes, des augures, des sorciers, des simples et des inspir&#233;s en tout genre, qu'ils soient ou non dans les &#201;glises constitu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se trouve ainsi signifi&#233; du myst&#232;re par le &#171; terrible &#187; est alors &lt;strong&gt;&#233;blouissement&lt;/strong&gt; de l'entendement dont t&#233;moigne Jean de la Croix dans sa propre exp&#233;rience de l'oracle de Dieu, &#224; moins que ce soit cette &#171; obscurit&#233; &#187; dont il parle aussi dans &lt;i&gt;La nuit obscure&lt;/i&gt; : &#171; compr&#233;hension &#187; &#224; la fois &lt;strong&gt;ind&#233;composable&lt;/strong&gt;, inanalysable et &lt;strong&gt;impr&#233;cise&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout ce vague, il faut redonner au transcendant sa force et sa vraie valeur. Ce n'est pas une tricherie d'exploiteurs d'esprits faibles. Au bout du compte, c'est paradoxalement parce que c'est informe et que &#231;a ne veut rien dire que c'est rationnellement transcendantal. Le transcendant est tel, car nous ne sommes pas capables d'autre chose : nous ne pouvons pas &#234;tre ailleurs qu'en nous-m&#234;mes et nous sortir de nous-m&#234;me qu'en d&#233;passant nos propres m&#233;canismes rationnels. L'Ext&#233;rieur qu'on croit ainsi atteindre, c'est encore et in&#233;vitablement nous-m&#234;me, notre nature et notre fonctionnement &#8211; qu'il nous est toujours loisible de projeter sur quelque &#171; grand Autre &#187; d'une autre nature que nous, &#171; de lui rendre l'hommage de ce que nous sommes &#187;. Dans le m&#234;me temps aussi, tout cela parait bien maladif et d&#233;biles parce qu'effectivement, les processus sont limites. Mais ce serait illusion et hybris que de mettre les d&#233;faillances du ph&#233;nom&#232;ne sur les machiav&#233;lismes des pouvoirs des &#233;glises ou la faiblesse d'esprit de leurs ouailles et que depuis que le monde est monde, ces pr&#233;occupations des humains n'auraient &#233;t&#233; qu'inintelligence et manipulations que la toute-puissance de la science allait d&#233;sormais r&#233;duire. Ce transcendant est bien rationnel ; cela n'assure pas pour autant de sa v&#233;rit&#233;, bien entendu, laquelle ne tient qu'au jugement qu'on en fait, &#224; l'exp&#233;rience qu'on vit ou non, &#224; la foi exactement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impropri&#233;t&#233; du myst&#232;re ne se rencontre pas seulement dans les caract&#232;res de sa manifestation qu'est l'oracle, tenant ainsi de l'impropri&#233;t&#233; m&#234;me du langage, mais encore dans sa propre nature o&#249; il s'abstrait lui-m&#234;me dans l'impropri&#233;t&#233; de tout mode de sa propre repr&#233;sentation : il est l'Ineffable, l'Inconcevable sans doute, jusqu'&#224; &#234;tre l'Innom&#233;, l'Indicible, l'Impronon&#231;able Yhwh. Il est de m&#234;me l'Irrepr&#233;sentable techniquement, l'Inimaginable, celui dont il est impossible, impensable de faire des images, o&#249; l'interdit d&#233;passe amplement un simple interdit conventionnel, social, entendu entre les hommes, quand il tient plus essentiellement de cette impossibilit&#233; de le faire rentrer &lt;i&gt;par nature&lt;/i&gt; dans quelque mode que ce soit de la repr&#233;sentation par les hommes. Le myst&#232;re est l'absolu de ce qui ne peut se repr&#233;senter, tant par les mots que par les images qui participent de la d&#233;nomination.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'iconoclasme alors, plut&#244;t que de l'envisager bien simplement comme un conflit politique d'&#233;glises, de groupes sociaux &#8211; ce qu'il est &#233;videmment tr&#232;s souvent aussi &#8211;, s'enracine ainsi dans cette essentielle d&#233;marche transcendantale d&#233;termin&#233;e instanciellement par l'impropri&#233;t&#233; du signe : le myst&#232;re ne peut pas plus s'imager que se dire, polaris&#233; comme oracle sur l'instance, sans acc&#232;s dialectique au concept, dans la performance, produit dans l'image.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Correspondant &#224; l'oracle instanciel, performanciellement, le myst&#232;re est &lt;strong&gt;r&#233;v&#233;lation&lt;/strong&gt;. L'oracle signifie sans dire ; dans la r&#233;v&#233;lation, &#231;a &#171; reparle &#187;, non pour dire quelque chose d'adapt&#233; &#224; la circonstance, comme dans les demandes du culte o&#249; une question attend sa r&#233;ponse, mais pour tout s'entendre dire : elle &lt;strong&gt;&#233;nonce&lt;/strong&gt; de toutes les fa&#231;ons, pour tout &lt;strong&gt;annoncer&lt;/strong&gt;. L'oracle, se r&#233;investissant, dit quelque chose et reprend sens et plus exactement alors reprend tous les sens possibles : tenant encore de l'impropri&#233;t&#233; du signe qui continue de d&#233;finir le transcendant, et malgr&#233; la cote mal taill&#233;e d'une performance in&#233;vitable, il en garde toutes les ambigu&#239;t&#233;s propres, virtuellement, &#224; tout signifier. En quelque sorte, tout s'y dit, tout s'y trouve en principe, comme entre les lignes ; ainsi l'ex&#233;g&#232;se, l'explication dans le sens recherch&#233;, attendu, le commentaire ind&#233;fini pour adapter le texte &#224; cette recherche, sont constitutifs de ce r&#233;investissement de l'oracle. Ce qui trivialement prend consistance avec ces habitudes de reprises infinies et r&#233;currentes des textes sacr&#233;s dans les religions et dans leurs c&#233;r&#233;monies o&#249; ils se trouvent toujours bons en toute occasion. L&#224; est le principe des r&#233;v&#233;lations : ce disant, tout s'y trouve. Ainsi n'y a-t-il, mythiquement, qu'un livre, la Bible, parce que tout y est &#8211; ou le Coran, ou les Veda : tous les textes sacr&#233;s de toutes les religions disent tout. Mais la r&#233;v&#233;lation n'est pas, comme mode transcendantal rationnel, constitutivement li&#233;e aux religions. La r&#233;v&#233;lation d'un sens au-del&#224;, qui s'ajuste &#224; ses pr&#233;occupations et s'impose &#224; lui, est une exp&#233;rience possible &#224; tout homme, par asc&#232;se de sa propre rationalit&#233;, hors des &#233;glises, hors des dieux m&#234;mes. Les r&#233;v&#233;lations canoniques, historiques, religieuses, sont m&#234;me loin d'&#234;tre tout uniment transcendantes : elles v&#233;hiculent des fonctions qui sont bien trivialement celles d'une soci&#233;t&#233; quelconque, li&#233;es &#224; son histoire, &#224; ses luttes, &#224; ses int&#233;r&#234;ts, &#224; ses protagonistes, &#224; ses mythes fondateurs : toutes utilit&#233;s qui &#233;loignent largement d'un d&#233;passement. Un texte, eccl&#233;sialement consid&#233;r&#233; comme r&#233;v&#233;l&#233;, peut n'avoir aucun caract&#232;re transcendant et ne tenir que d'une histoire qui se raconte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de signifiant, il s'agit donc &#224; la fois de &lt;strong&gt;redire&lt;/strong&gt;, et en termes de signifi&#233; de &lt;strong&gt;pr&#233;dire&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;strong&gt;&#233;nonciation&lt;/strong&gt; tient dans les textes saints, d'une ind&#233;finie reprise, d'une redite de ce qu'on dit d&#233;j&#224; tout le temps, ce qui est d&#233;j&#224; dit parce que tout est dit. Ainsi dans la manipulation magique, suffit-il d'ouvrir la Bible et la r&#233;ponse s'y trouve : tout ce qu'on pose comme question est dans le livre sacr&#233; ; il est susceptible de donner toutes les significations du monde, tous les devenirs, toutes les directions, tous les fonctionnements du monde. Les livres sacr&#233;s sont toujours, virtuellement, un mode de la totalit&#233; du sens. Tout est donc d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233; en ce que son propos est &#233;tendu, &lt;strong&gt;extensif&lt;/strong&gt; &#224; tout sujet et d&#233;finitif, &lt;strong&gt;inalt&#233;rable&lt;/strong&gt;, il n'y a rien &#224; rajouter : c'est qualitativement fix&#233; comme hors histoire &#8211; en d&#233;pit qu'il soit extr&#234;mement conditionn&#233; dans une histoire particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout est dit dans les r&#233;v&#233;lations, dans le sens ou c'est bien &#233;nonc&#233;, tout est dit encore dans le sens o&#249; tout est d&#233;j&#224; signifi&#233;, tout est &lt;strong&gt;annonciation&lt;/strong&gt;, tout s'explique : le propos est &lt;strong&gt;complet&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;exact&lt;/strong&gt;. Le culte semble la m&#234;me chose, les dieux ont r&#233;ponse &#224; tout, mais &#224; la demande d'un individu, dans le cadre d'une pri&#232;re de demande, dans le cas d'un service. Dans l'exercice transcendantal, l'annonciation n'est pas r&#233;ponse &#224; une demande particuli&#232;re du d&#233;vot, c'est un don constant et g&#233;n&#233;ral du transcendant, du myst&#232;re en lui-m&#234;me qui parle d&#233;finitivement pour tout. L&#224; est le principe de toutes les r&#233;v&#233;lations : par d&#233;finition, elles ont d&#233;j&#224; parl&#233;. Elles auront toujours d&#233;j&#224; parl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; 2.	Le transcendant suivant la rationalit&#233; technique&lt;/h3&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le myste est instanciellement prodige / Performanciellement liturgie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et le myst&#232;re est instanciellement miracle / performanciellement omnipotence.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h4 class=&#034;h4&#034;&gt; A.	Le Myste&lt;/h4&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Le myste, comme &lt;strong&gt;agent&lt;/strong&gt;, est en technique instanciellement &lt;strong&gt;prodige&lt;/strong&gt;, comme passage &#224; la limite de la &lt;i&gt;dispense de faire&lt;/i&gt;. En termes de contradiction de la positivit&#233; du moyen et de la fin, l'outil consiste &#224; &#171; ne pas faire &#187; le geste naturel attendu et ne pas produire la fin r&#233;elle poursuivie ; en ce sens, comme n&#233;gation du naturel, abstraction de la situation, l'outil est d'abord dispense de faire ainsi, d'agir comme cela pour &#231;a. Le myste tente donc de r&#233;aliser, de rendre r&#233;el, effectif, ce &lt;i&gt;loisir&lt;/i&gt; de l'outil dans une &lt;strong&gt;inertie&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;fabricante&lt;/i&gt;, &lt;strong&gt;op&#233;rante&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;utile&lt;/strong&gt; cependant : &#231;a agit quand m&#234;me, on ne sait &#171; par quel prodige ! &#187;. L'inertie non de la volont&#233; mais de l'activit&#233; de celui &#171; qui s'en remet &#224; ce qui va marcher &#187; ; le &#171; fatalisme &#187; non du pessimiste, mais au contraire de celui qui est assur&#233; que &#171; &#231;a &#187; se fera ; l'inactivisme du sadhu, l'inaction du &#171; inch Allah &#187;, celle du stylite : ces &#233;videments de l'activit&#233; produisent malgr&#233; tout leur effet puisqu'il suffit d'y croire, de voir la convergence des co&#239;ncidences, ils donnent cette &lt;strong&gt;puissance&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;fabriqu&#233;e&lt;/i&gt;, &#224; la fois &lt;strong&gt;plurivalente&lt;/strong&gt;, combinant les efficacit&#233;s, et &lt;strong&gt;omnivalente&lt;/strong&gt; pour n'importe quel type d'efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le r&#233;investissement qu'est l'ouvrage, il faut quand m&#234;me bien faire quelque chose ; cependant pass&#233; par le filtre de cette dispense de faire qu'est l'instance technique, de cette fa&#231;on de faire autrement, ce quelque chose n'est plus la m&#234;me chose que le geste naturel et la fin attendue. Le r&#233;investissement de cette sorte d'inertie du prodige est ce travail particulier que produit la &lt;strong&gt;liturgie&lt;/strong&gt;, dont le moyen est cet ouvrage sp&#233;cial, &#224; part, qu'est pr&#233;cis&#233;ment un &lt;strong&gt;sacrement&lt;/strong&gt; et dont la fin produite est &#224; proprement parler de conf&#233;rer le &lt;strong&gt;sacr&#233;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous &lt;strong&gt;sacrement&lt;/strong&gt;, comme modalit&#233; du r&#233;investissement du &lt;i&gt;fabriquant&lt;/i&gt;, il faut &#233;videmment entendre quelque chose de bien plus large que les 7 sacrements catholiques, m&#234;me s'il sera plus ais&#233; de se r&#233;f&#233;rer plut&#244;t &#224; ceux-l&#224; : toutes ces modalit&#233;s qui associativement sont enchainements de &lt;strong&gt;rites&lt;/strong&gt;, qualitativement &lt;strong&gt;r&#233;serv&#233;s&lt;/strong&gt;, comme pr&#233;cis&#233;ment mis &#224; part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Associativement &lt;i&gt;rite&lt;/i&gt; : parce que le rite, &#233;tymologiquement parlant, veut dire &#171; articulation &#187; : c'est le nom de l'articulation de l'&#233;paule. Un rite est tout une articulation de gestes qui en font une machine efficiente. Ainsi sont les sacrements, comme &lt;i&gt;encha&#238;nement&lt;/i&gt; de manipulations, de gestes du corps, des membres, de la t&#234;te, pour que &#231;a marche : agenouillement, prosternation, inclinaison, &#233;l&#233;vation, imposition des mains, souffle, crachat, d&#233;ambulation, danse comme les danses rituelles chamaniques, indiennes, japonaises, derviches, etc. Les paroles elles-m&#234;mes sont plus gestes efficaces que propos effectifs : &#171; l&#232;ve-toi &#187;, &#171; ouvre-toi &#187;, &#171; je te b&#233;nis &#187; ou &#171; ceci est mon corps &#187; et aussi bien &#171; abracadabra &#187; qui n'en agit pas moins. Le rite, qui est assemblage de ces gestes les caract&#233;rise comme &#224; part ainsi group&#233;s, sans que chacun soit n&#233;cessairement d'une nature particuli&#232;re : c'est leur agencement dans le rite qui les fait agissant. Chacun en effet est liturgiquement insuffisant, ais&#233;ment imitable, quand, hors du rite, de l'ensemble qui les relie en une &#171; machine &#187; efficace, ils sembleraient vite singerie et d&#233;rision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;riellement, le caract&#232;re de ces gestes est d'&#234;tre v&#233;ritablement &#171; &lt;i&gt;r&#233;serv&#233;&lt;/i&gt; &#187;, ce que veut dire &#171; sacr&#233; &#187;. C'est-&#224;-dire que ce ne sont pas des gestes, des manipulations et des &#233;quipements accomplis banalement ; quoiqu'ils puissent &#234;tre extr&#234;mement simples, banals en eux-m&#234;mes, qualitativement comme sacrement ce ne sont pas les gestes faisables n'importe comment par n'importe qui, n'importe o&#249;, pour faire n'importe quoi. Refaits, imit&#233;s, mais mal dispos&#233;s, &#171; &#231;a ne marche pas ! &#187;. C'est effectivement du r&#233;serv&#233;. Le geste ne compte qu'&#224; l'int&#233;rieur de ce rituel et c'est &#231;a l'au-del&#224; du miroir par rapport &#224; la banalit&#233;, la trivialit&#233; des gestes communs. Rite et r&#233;serve du sacrement ne sont donc pas &#224; confondre avec le commun de l'usage, du r&#233;p&#233;titif, de l'habitude : l'heure de l'ap&#233;ritif ou le repas familial du dimanche ne sont pas fa&#231;on de sortir de soi, m&#234;me s'il y a esth&#233;tique des gestes et ch&#339;ur des &#233;volutions. Le rite d'un sacrement peut n'&#234;tre pratiqu&#233; qu'une fois. Une liturgie est de plus essentiellement une pratique, non une esth&#233;tique et en particulier, une esth&#233;tique technique. On aurait tendance &#224; s'imaginer qu'il faut que les rites soient sym&#233;triques, ordonn&#233;s, rythm&#233;s, amples, balanc&#233;s, &#233;l&#233;gants. Mais ce n'est pas l'esth&#233;tique du geste ou des &#233;quipements (v&#234;tements, accessoires) qui compte, ni celle ethnique du groupe, comme dans les ordonnances de la procession, o&#249; le plus digne est derri&#232;re, ou du cort&#232;ge o&#249; il est devant, comme dans les danses ou certaines &#233;volutions c&#233;r&#233;monielles : l'enjeu alors n'est pas uniquement l'accomplissement du rite efficace mais le prestige et la mise en relief, sinon la mise en sc&#232;ne de l'institution. Dans les plus grands d&#233;nuements du d&#233;corum, cons&#233;cration clandestine, confession dans un champ ou bapt&#234;me d'un mourant, les gestes r&#233;duits &#224; l'essentiel du sacrement restent pleins et valides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;canismes liturgiques du sacrement, rites et r&#233;serve, produisent le &lt;strong&gt;sacr&#233;&lt;/strong&gt;, qui est associativement une &lt;strong&gt;mise &#224; part&lt;/strong&gt;, une distinction, et s&#233;riellement une &lt;strong&gt;transmutation&lt;/strong&gt; de la nature des choses, par le seul effet de la liturgie quand rien ne change en fait, car ce n'est pas de la magie mais bien un d&#233;passement du rationnel, non du r&#233;el : ainsi b&#233;nit-on la maison, un chapelet ou un enfant qui ne sont plus les m&#234;mes ensuite, quoique rien ne se soit apparemment modifi&#233; ; de m&#234;me le confess&#233; ou le baptis&#233; se trouve r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, le pr&#234;tre ordonn&#233;, l'&#233;v&#234;que sacr&#233;, l'hostie consacr&#233;e : la transsubstantiation catholique suit le m&#234;me principe : il faut les paroles, les agenouillements, les &#233;l&#233;vations pour que le pain et le vin soient &#171; chang&#233;s &#187; ; ainsi deviennent-ils pr&#233;sence du dieu.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h4 class=&#034;h4&#034;&gt; B.	Le Myst&#232;re&lt;/h4&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Le myst&#232;re, comme action, &lt;i&gt;trajet d'esp&#233;rance&lt;/i&gt;, est instantiellement &lt;strong&gt;miracle&lt;/strong&gt;, et performantiellement &lt;strong&gt;omnipotence&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;strong&gt;miracle&lt;/strong&gt; est le loisir absolu, acte d'esp&#233;rance : &lt;i&gt;&#231;a agit sans faire&lt;/i&gt;. Sans instrument contondant, la blessure des stigmates apparait ; la manne tombe, la colonne de feu prot&#232;ge de pharaon, cinq pains et deux poissons nourrissent cinq milles personnes ; le soleil s'arr&#234;te ou tourbillonne. Une &lt;strong&gt;anergie&lt;/strong&gt; &#8211; il n'y a rien &#224; faire &#8211; : sans enchainement d'op&#233;rations, sans qualit&#233; utile particuli&#232;re aux mat&#233;riaux, &#231;a marche ! L'&lt;strong&gt;efficience&lt;/strong&gt; est assur&#233;e, l'assurance est &#171; tout risque &#187; puisque l'effet du miracle peut &#234;tre n'importe quoi : les &#233;l&#233;ments s'apaisent, les morts ressuscitent par l'action inanalysable du myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;strong&gt;omnipotence&lt;/strong&gt;, performantiellement, est retour du faire et de la manipulation, m&#234;me pour un dieu. Il faut faire quelque chose pour que &#231;a marche : &#231;a tient de ce qu'on pourrait appeler &#171; la &lt;strong&gt;passe&lt;/strong&gt; &#187;, comme dans les tours de magie dont les enchainements et les utilit&#233;s restent inconnus, tout en ayant &lt;strong&gt;l'efficace&lt;/strong&gt; d'une r&#233;elle et empirique manipulation technique. Le Christ est &#233;videmment capable du miracle au sens strict, sans rien faire ; cependant, lors de la gu&#233;rison de l'aveugle, il &#233;prouve la n&#233;cessit&#233; de fabriquer un curieux produit, il crache par terre, fait une p&#226;te avec la boue, la met sur les yeux de l'aveugle et lui dit d'aller se laver &#224; la fontaine de Silo&#233;. Alors seulement, il recouvrera la vue. Le Christ est l&#224;, oblig&#233; de travailler, d'&#339;uvrer comme parfois Yahv&#233; lui-m&#234;me qu'il faut seconder en construisant un serpent d'airain, qu'il faudra &#233;lever au-dessus du peuple, qui devra le regarder s'il veut &#234;tre gu&#233;ri des morsures. Pour avoir de l'eau dans le d&#233;sert, au rocher Massa et M&#233;riba, Yahv&#233; dit &#224; Mo&#239;se de prendre son b&#226;ton et de frapper le rocher : c'est une sorte de puissance o&#249; il faut tout de m&#234;me faire quelque chose. L'ouverture de la mer Rouge se fait encore avec le b&#226;ton de Mo&#239;se. Ce n'est pas un &#171; pur &#187; miracle du dieu, mais une manifestation de sa puissance d'action, de son omnipotence. M&#234;me les dieux, en quelque sorte, s'aident parfois de nos proc&#233;dures techniques, exceptionnelles toutefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#234;tre-m&#234;me du myst&#232;re est conditionn&#233;. Il existe parfois par miracle : ainsi, il peut ne n&#233;cessiter aucun &#233;quipement particulier pour &#234;tre, pour exister : il est &#171; au ciel &#187;, sur les montagnes dites sacr&#233;es dans les religions chinoises, sur le Sina&#239; ou sur le Garizim, dans l'eau, le tonnerre, sans aucun &#233;quipement, miraculeusement. Mais il est aussi produit de son ouvrage, de son omnipotence : il s'installe dans et par nos &#339;uvres qu'il investit, qu'il habite. Le myst&#232;re est souvent ainsi express&#233;ment log&#233; par un &lt;i&gt;kyriakon&lt;/i&gt;, diff&#233;rent de l'&lt;i&gt;eccl&#233;sia&lt;/i&gt; du rassemblement de la fr&#233;quentation cultuelle, il n'existe alors que par une production de son &#234;tre, par une forme technique : sous la tente de la rencontre, dans le Saint des Saints, par les &#171; installations &#187;, l'ostensoir, le tabernacle de la statue ou de la &#171; pr&#233;sence r&#233;elle &#187; de l'hostie, par les temples de plus en plus grands ou riches : miraculeusement, il n'a besoin de rien puisqu'il peut tout, sa puissance n'en est pas moins second&#233;e, son omnipotence n'en est pas moins soutenue par le travail, par les moyens techniques des hommes, jusqu'aux surdimensionnements des temples, &#224; leur richesse sans mesure. Ces dispositions et disproportions de la dot divine sont des modalit&#233;s de la r&#233;apparition du transcendant dans les formes communes du culte, pour lesquelles les dieux ne sont que des op&#233;rateurs en service. Le mouvement qui fait qu'on sur&#233;quipe les dieux tient ainsi &#224; la surpuissance du myst&#232;re lui-m&#234;me, non aux int&#233;r&#234;ts bien humains des d&#233;vots ou &#224; ceux politiques de leurs ma&#238;tres d'&#233;glise ou d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; 3.	Le transcendant suivant la rationalit&#233; ethnique&lt;/h3&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le myste est instantiellement ermite et performantiellement c&#233;nobite.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ermite lui-m&#234;me sera, en termes de lien, &lt;strong&gt;moine&lt;/strong&gt;, associativement &lt;strong&gt;c&#233;libataire&lt;/strong&gt; et qualitativement, &lt;strong&gt;pauvre&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de r&#244;le, l'ermite est &lt;strong&gt;clochard&lt;/strong&gt;, associativement &lt;strong&gt;d&#233;tach&#233;&lt;/strong&gt; et s&#233;riellement &lt;strong&gt;irresponsable&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#233;nobite, en tant que lien est &lt;strong&gt;conventuel&lt;/strong&gt;, associativement &lt;strong&gt;chaste&lt;/strong&gt;, qualitativement &lt;strong&gt;d&#233;poss&#233;d&#233;&lt;/strong&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que r&#244;le, il est &lt;strong&gt;ordonn&#233;&lt;/strong&gt;, associativement &lt;strong&gt;ordinal&lt;/strong&gt; et qualitativement &lt;strong&gt;oblig&#233;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le myst&#232;re est instantiellement le Divin et performantiellement Dieu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h4 class=&#034;h4&#034;&gt; A.	Le Myste&lt;/h4&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Le myste, &lt;i&gt;ordinand&lt;/i&gt;, est instantiellement &lt;strong&gt;ermite&lt;/strong&gt;. Il s'agit donc ici de la contradiction formelle du sujet, de l'abstraction limite qu'est la personne : un effacement du sujet de l'esp&#232;ce, le &#171; retir&#233; au d&#233;sert &#187; qui n'accorde plus gu&#232;re d'attention &#224; sa propre survie. Le terme de moine, qui veut dire &#171; solitaire &#187;, est donc bienvenu du point de vue de l'instituant : le &lt;strong&gt;moine&lt;/strong&gt; est &#171; celui qui n'a aucune attache &#187;, aucun lien, associativement &lt;strong&gt;c&#233;libataire&lt;/strong&gt;. Depuis saint Basile, les ermites sont seuls en effet, comme &#224; la limite, les skites orthodoxes ou les chartreux, les stylites retir&#233;s dans les hauteurs en sorte que personne, quasiment, ne puisse avoir de rapports avec eux ; plus limit&#233;s dans le temps, les lamas tantriques, se retirent pendant 49 jours dans le noir d'une grotte. Ce monachisme-l&#224; ne concerne pas seulement les clercs ordonn&#233;s dans une institution d'&#233;glise ; les reclus ne sont d'aucun ordre et n'ont aucune v&#233;ritable place dans l'organisation religieuse, m&#234;me si l'autorit&#233; tente de s'en m&#234;ler jusqu'au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : ils n'en sont pas moins solitaires et c&#233;libataires, moines donc effectivement, retir&#233;s dans quelque hutte, la celle, dont ils ne sortent normalement pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moine est associativement &lt;strong&gt;seul&lt;/strong&gt; et s&#233;riellement &lt;strong&gt;pauvre&lt;/strong&gt;. La pauvret&#233; est l'un des v&#339;ux constitutifs du monachisme occidental depuis son d&#233;but. Socialement, on est autant par ce qu'on a : avec l'&#234;tre, l'avoir, l'appropriation est un mode de la constitution. Ainsi la pauvret&#233; est une fa&#231;on limite de contestation de l'&#234;tre m&#234;me ; ce n'est pas ici un accident de parcours de vie, une situation subie, moins encore une indiff&#233;rence, une originalit&#233; : c'est une part du m&#233;canisme rationnel et structurant de n&#233;gation de la positivit&#233; de la vie par lequel celle-ci s'ordonne instanciellement et performanciellement se socialise. Les moines ja&#239;ns sont nus, munis seulement d'une situle et d'un &#233;ventail de plume de paon ; d'autres ne peuvent avoir que trois pi&#232;ces de v&#234;tement, ou des pi&#232;ces abandonn&#233;es ou r&#233;cup&#233;r&#233;es ; les &#171; renon&#231;ants &#187; hindous abandonnent le monde. Les franciscains capucins, quoiqu'en couvent, n'en sont pas propri&#233;taires ; ils laissent cela &#224; des soci&#233;t&#233;s immobili&#232;res g&#233;r&#233;es par des amis de l'ordre ; la construction doit en &#234;tre des plus simple et modeste comme l'ameublement, l'&#233;quipement des plus frustre. Jusqu'au point pour ces &#171; observants &#187; (de la r&#232;gle originelle) d'aller pieds nus ou en sandales, les &#171; d&#233;chauss&#233;s &#187;, &#224; l'oppos&#233; radical d'autres conventuels, propri&#233;taires v&#234;tus de laine et munis de chaussures. La pauvret&#233; est bien un point de rupture entre ceux-l&#224; qui contestent radicalement sinon la vie du moins les modes acceptables, confortables d'une vie satisfaite, et ceux-ci qui am&#233;nagent de toutes les fa&#231;ons leurs conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ermite est moine en tant que lien instituant par lequel il est donc seul et pauvre ; le r&#244;le qui se trouve ainsi institu&#233; est celui de &lt;strong&gt;clochard&lt;/strong&gt;. Il ne fait rien, son caract&#232;re est d'&#234;tre &lt;strong&gt;irresponsable&lt;/strong&gt;, comme associativement d'&#234;tre &lt;strong&gt;d&#233;tach&#233;&lt;/strong&gt;. Le d&#233;tachement irresponsable de l'ermite, le d&#233;tachement des hommes et des biens du monde, c'est le d&#233;tachement de tout &#171; ce qu'il y a &#224; faire &#187;, le d&#233;tachement de toute implication dans le monde. C'est &#233;videmment hors de toute coop&#233;ration, hors de toute distribution des r&#244;les. Cette expression sociale du transcendant est ainsi manifestement &#233;loign&#233;e sinon contraire &#224; une &#233;glise, qui, comme soci&#233;t&#233; de pleine d&#233;finition, est distribution des r&#244;les avec le reste de la soci&#233;t&#233;. A moins d'inventer justement ces r&#244;les proprement mystiques de rachat des fautes des autres, d'expiation au profit des autres. Mais c'est comme un paravent, une excuse pour cette absence radicale du social ; l'essentiel est dans le fait que l'ermite ne fait rien par d&#233;finition et qu'il est effectivement autre, radicalement autre que ceux qui sont dans le monde. C'est le cas du stylite qui ne peut pas &#234;tre utile &#224; grand-chose l&#224;-haut sur sa colonne ; le cas de tous les errants, ou &#224; l'inverse des reclus. Mais ce n'est pourtant pas le cas des ordres dits mendiants comme les franciscains, lesquels sont communautaires et de plus responsables, comme pr&#234;cheurs ou en charge de la charit&#233;. Avec une culture de la mise &#224; part absolue comme est l'ermite, une culture de l'inutilit&#233;, du fait qu'on n'a rien &#224; faire, le strict monachisme se retrouve &#234;tre exactement hors de l'histoire comme somme, justement, des contrats pass&#233;s entre les uns et les autres. Il n'est pas &#233;tonnant que les r&#233;volutions sociales, la R&#233;forme anglicane, le protestantisme de Luther, la R&#233;volution fran&#231;aise et m&#234;me le Vatican (au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle encore, le droit canon ne connait pas l'&#233;r&#233;mitisme et oblige &#224; une certaine vie communautaire), interdisent et suppriment de telles institutions &#171; &#224; l'envers &#187; de toute raison sociale. Jusqu'&#224; &#234;tre contraire &#224; la vie m&#234;me : il y a des asc&#232;ses monastiques, plut&#244;t orientales, o&#249; l'on se prive de lait, puis d'eau, puis de tout, jusqu'&#224; en mourir, dans une &#233;tymologique mortification. Jusqu'&#224;, dans une secte japonaise, pr&#233;parer son corps, vivant, &#224; une sorte de momification anticip&#233;e en ing&#233;rant de la laque. Par culture, tous les monachismes sont faits pour &#234;tre un scandale &#224; l'int&#233;rieur de toute soci&#233;t&#233; normalement constitu&#233;e. Mais l&#224; pr&#233;cis&#233;ment est la transcendance : ce n'est pas tenable, c'est une asc&#232;se, un &#171; exercice &#187; de tous les instants, un travail, au sens strict extra-ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;La contradiction performancielle de l'ermite, c'est le &lt;strong&gt;c&#233;nobite&lt;/strong&gt;. Il n'est plus le moine solitaire, hors de toute institution, mais dans le retour du lien il s'institue, il reprend place et r&#244;le au moins en un clan ferm&#233;, une caste : il est le &lt;strong&gt;conventuel&lt;/strong&gt; qui vit en communaut&#233; singuli&#232;re, dont le caract&#232;re associativement n'est plus le c&#233;libat mais la &lt;strong&gt;chastet&#233;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chastet&#233; vient du latin comme &#171; ce qui est conforme aux usages du groupe &#187; social : il est contractuel de fr&#233;quenter celui-ci mais pas celui-l&#224;. Le social est toujours un mode d'exclusion et d'inclusion. La chastet&#233; c'est la s&#233;lectivit&#233; syst&#233;mique et syst&#233;matique du lien, elle n'a rien &#224; voir avec la question du c&#233;libat ou de la retenue du d&#233;sir. Il ne s'agit plus d'&#234;tre seul et de n'avoir pas de liens, au contraire, mais les liens sont d&#233;termin&#233;s, la caste, arbitrairement, a ses fronti&#232;res. L'inceste est alors dans la transgression de ces liens d&#233;limit&#233;s, d&#233;termin&#233;s, du point de vue de la constitution sociale, de son ordonnance, non de celui des interdits. Ainsi, une femme mari&#233;e est chaste, dans le principe de l'&#201;glise, puisqu'elle ne fr&#233;quente que son mari et qu'&#171; elle ne va pas avec les hommes &#187;, m&#234;me si, bien s&#251;r, elle en rencontre. &#199;a n'a donc rien &#224; voir avec l'abstinence ou avec la continence ; il s'agit d'une restriction de relation. En l'occurrence, si l'inceste est devenu &#224; ce point une histoire avec ses collat&#233;raux proches qui n'est qu'un cas particulier, c'est parce que le terme latin de &lt;i&gt;castus&lt;/i&gt;, qui est effectivement li&#233; &#224; cette question de classe, se confond aussi avec un autre &lt;i&gt;castus&lt;/i&gt; qui a une autre origine, mais qui veut dire &#171; manquer de &#187;, au sens de n'&#234;tre pas pur. L'incestueux est alors celui qui est pr&#233;cis&#233;ment impur avec les siens qui ne sauraient &#234;tre ceux qu'on n'a pas &#224; fr&#233;quenter puisqu'ils sont justement de sa caste par d&#233;finition, mais ceux qu'on ne peut fr&#233;quenter &#171; de cette fa&#231;on-l&#224; &#187;. Le mot qui &#233;tait de nature sociologique, o&#249; il s'agissait d'une s&#233;lection des liens et des fr&#233;quentations, est devenu un mot de nature morale o&#249; il n'est pas permis de trouver satisfaction dans ce groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les fronti&#232;res de la chastet&#233; monastique sont-elles plus &#233;tendues et diversifi&#233;es que l'interdit sexuel. Depuis le d&#233;but, il semble exclu effectivement que les hommes puissent &#234;tre avec les femmes, mais pas toujours : le grand ordre de Fontevraud, au contraire, m&#233;langeait les sexes. Son fondateur, Robert d'Arbrissel, pr&#244;nait le m&#233;lange des hommes, des femmes &#171; et des jeunes gar&#231;ons &#187; dans sa premi&#232;re fondation, en sorte d'affermir la r&#233;sistance &#224; toute tentation. La r&#232;gle de chastet&#233; initiale du monachisme de Fontevraud est celle du m&#233;lange des sexes et des &#226;ges, sans &#234;tre naturellement sexuellement permissif ! &#199;a n'a pas tenu longtemps et imm&#233;diatement apr&#232;s sa mort on a refait la s&#233;paration. Mais c'est quand m&#234;me le seul ordre dans lequel, &#224; l'int&#233;rieur de la m&#234;me enceinte, il y a un monast&#232;re de nonnes et un monast&#232;re de moines, tous deux dirig&#233;s par une seule femme abbesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, la s&#233;paration des sexes est l'usage de chastet&#233; le plus &#233;vident. Mais dans le m&#234;me ordre de fr&#233;quentation impossible, l'exclusion des la&#239;cs de la caste est bien aussi d&#233;terminante dans le c&#233;nobitisme, produite express&#233;ment par la cl&#244;ture, enfermement int&#233;gral de la communaut&#233;, m&#234;me visuel et maintenant num&#233;rique. La cl&#244;ture de la vision est parfois tr&#232;s subtile ; dans le Carmel, la cl&#244;ture &#233;tait absolue et se faisait par le rideau au parloir et par le grand voile rabattu sur le visage devant tout &#233;tranger &#224; la communaut&#233;. Dans les anciens v&#339;ux, personne ne devait plus revoir la carm&#233;lite avant sa mort et son exposition dans le ch&#339;ur de l'&#233;glise : la cl&#244;ture, c'est le voile, non simplement les pierres. Les visitandines disposent ainsi de deux nefs perpendiculaires, en sorte que la nef des assistants communs, ne voie pas la nef des moniales. L'autel peut rester dans l'axe de la nef commune ; mais un dispositif tournant permet parfois de le faire pivoter dans l'axe de la nef des s&#339;urs. La cl&#244;ture est absolue puisque m&#234;me les pr&#234;tres n'y entrent pas : la communion se fait &#224; travers une fen&#234;tre dans la grille de la cl&#244;ture. M&#234;me l'ostensoir est plac&#233; sur une tablette du guichet. La confession se fait &#224; travers le mur de la cl&#244;ture, non dans un confessionnal dont le meuble devrait &#234;tre d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre : le pr&#234;tre est d'un c&#244;t&#233; du mur, la nonne de l'autre, un guichet grill&#233; les s&#233;parant. Les s&#339;urs font le service de sacristie, le service des ornements : les armoires sont &#224; double fond. Si les sacristines ouvrent du c&#244;t&#233; de la cl&#244;ture, les portes du placard restent m&#233;caniquement ferm&#233;es du c&#244;t&#233; de la sacristie du pr&#234;tre. Si le pr&#234;tre ouvre de son c&#244;t&#233;, les portes seront ferm&#233;es du c&#244;t&#233; du couvent. Les objets se passent par un tour dans le mur. Il n'y a aucun contact direct. Tous ces dispositifs sont des &#233;quipements de la chastet&#233;, de la stricte s&#233;lection et de la limitation drastique des fr&#233;quentations possibles hors de la caste conventuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exclusion de l'autre sexe, exclusion des la&#239;cs, mais aussi exclusion des religieux entre eux : le silence est un mode de la chastet&#233;. Ces gens qui sont ensemble, puisqu'ils vivent en communaut&#233;, le sont aussi de fa&#231;on restreinte, mesur&#233;e, ils ne peuvent se parler totalement librement. Le silence est une limitation de fr&#233;quentation aussi contraignante que le mur de cl&#244;ture. M&#234;me dans le travail, on ne parle pas. Les informations se communiquent dans le silence, le plus discr&#232;tement possible. C'est le principe de toute la discipline qui pr&#244;ne la modestie, la retenue dans la position des mains, dans le regard : le moins de communication possible, sauf au moment convenu. L'exclusion des religieux entre eux s'&#233;tend aussi aux autres monast&#232;res. Les trois v&#339;ux monastiques traditionnels sont en d&#233;finitive des v&#339;ux de chastet&#233; : le c&#233;libat, la chastet&#233; (sans doute entendue ici comme continence, mais qui peut s'entendre dans son sens premier), et le v&#339;u de stabilit&#233;, par lequel le moine s'engage &#224; rester dans le m&#234;me monast&#232;re, dans la m&#234;me communaut&#233; sans en pr&#233;f&#233;rer une autre : comme l'union chaste de deux &#233;poux, le moine s'interdit de rechercher une autre communaut&#233; qui lui conviendrait mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le moine est c&#233;libataire, similairement le conventuel est ainsi chaste ; comme le moine est pauvre, le conventuel est &lt;strong&gt;d&#233;poss&#233;d&#233;&lt;/strong&gt;. Les communaut&#233;s c&#233;nobitiques peuvent &#234;tre des communaut&#233;s riches. C'est le cas de la plupart des abbayes. Ainsi, sans &#234;tre exactement pauvre comme l'ermite, le c&#233;nobite lui-m&#234;me ne poss&#232;de rien malgr&#233; tout : il est d&#233;poss&#233;d&#233; de tout bien propre en jouissant cependant des possessions de la communaut&#233;. Cette subtilit&#233; a fait &#233;clater l'ordre franciscain apr&#232;s la mort du fondateur : certains, les &lt;i&gt;spirituels&lt;/i&gt; de la r&#233;guli&#232;re Observance ne voulurent pas m&#234;me que l'on s'install&#226;t dans des couvents ; d'autres, les &lt;i&gt;conventuels&lt;/i&gt;, justement, trouv&#232;rent la chose plus commode et invent&#232;rent le stratag&#232;me de faire reposer la propri&#233;t&#233; du couvent sur un la&#239;c. De m&#234;me la r&#233;forme de C&#238;teaux fut antinomique de la richesse de Cluny, en possessions comme en d&#233;cor des lieux, y compris l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;L'instituant c&#233;nobitique, comme modes du lien, institue donc le &lt;strong&gt;conventuel&lt;/strong&gt; comme associativement &lt;strong&gt;chaste&lt;/strong&gt; et qualitativement &lt;strong&gt;d&#233;poss&#233;d&#233;&lt;/strong&gt;. Ce qui se trouve cons&#233;quemment institu&#233;, comme r&#244;le, pour le c&#233;nobite le fait &lt;strong&gt;ordonn&#233;&lt;/strong&gt;. Faire partie d'un &#171; ordre &#187; en effet, sous-entend habituellement qu'on rentre dans une soci&#233;t&#233; r&#233;gul&#233;e dans tous les moments de la vie, aux occupations convenues, pr&#233;organis&#233;es, r&#233;parties. Si bien que, si &#171; l'ordre &#187; est bien un sacrement qui consacre le clerc liturgiquement, ce n'est g&#233;n&#233;ralement pas une entr&#233;e dans un ordre c&#233;nobitique, mais tout au plus une appartenance &#224; une certaine communaut&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Associativement, on parlera d'&lt;strong&gt;ordinal&lt;/strong&gt; (toute activit&#233; est &#224; sa place, &#224; son rang). La plupart de ces organisations ont ceci de remarquable : l'ordonnancement strict de toutes les occupations des membres de ces communaut&#233;s, des t&#226;ches de la journ&#233;e. Les occupations monastiques, conventuelles plut&#244;t ici, sont en effet des activit&#233;s totalement r&#233;gul&#233;es, ordonnanc&#233;es. Il n'y a aucune autonomie, aucune initiative &#224; avoir. Ce n'est pas un retour normal &#224; la soci&#233;t&#233;, c'est un retour, dans la contradiction performancielle de l'&#233;r&#233;mitisme, &#224; une soci&#233;t&#233; bien particuli&#232;re qu'est le c&#233;nobitisme. Exactement comme pour les autres modes de la raison : la technique de la liturgie, comme sacrement du sacr&#233;, n'est pas commune, non plus que la r&#233;citation des louanges dans le langage de la pri&#232;re. Les ordonn&#233;s de la communaut&#233; ont tout le temps des occupations particuli&#232;res et r&#233;gl&#233;es, contractuelles, o&#249; rentre &#224; peine une prise en compte des dons de l'individu et des services qu'il pourrait effectivement rendre dans une soci&#233;t&#233; normale : ce n'est pas une socialit&#233; n&#233;goci&#233;e, contractuelle simple, comme celle des pr&#234;tres s&#233;culiers qui font m&#233;tier des diverses t&#226;ches de paroisse, c'est une socialit&#233; qui int&#232;gre tout, tout instant, toute action, dans une ordonnance, &#224; tout moment de la journ&#233;e, tous les jours de la semaine ou de l'ann&#233;e. Il y a une r&#233;partition constante des t&#226;ches : c'est litt&#233;ralement ce qui peut s'appeler &#171; les heures &#187; &#8211; dont les Heures chant&#233;es du point de vue liturgique en constituent seulement une partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qualitativement, ces r&#244;les ordonn&#233;s sont au sens strict des &lt;strong&gt;obligations&lt;/strong&gt;. Les membres de ces communaut&#233;s peuvent se plaindre parfois d'&#234;tre ainsi constamment tenus, justement sans caprice possible et sans abandon. Ce n'est en rien la vexation des corv&#233;es de l'arm&#233;e, ni la diversit&#233; des responsabilit&#233;s paroissiales, mais c'est une r&#233;gulation permanente et oblig&#233;e de toute activit&#233;. La discipline monastique est comme un autre mode de dressage de la personne, non plus celui de la mortification de l'ermite, mais celui des mac&#233;rations, cette fa&#231;on de constamment fatiguer le corps comme l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h4 class=&#034;h4&#034;&gt; B.	Le Myst&#232;re&lt;/h4&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Instanciellement, le myst&#232;re d&#233;finit le Divin dont le r&#233;investissement est Dieu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Dans les autres m&#233;canismes limites des diff&#233;rents modes du rationnel, le transcendant ne saurait &#234;tre &#171; quelqu'un &#187;, &#224; la diff&#233;rence des rapports cultuels o&#249; l'&#233;change de service contre cadeau cr&#233;e, d'embl&#233;e et par d&#233;finition puisqu'il s'agit de relation, une soci&#233;t&#233; des dieux et des d&#233;vots. En revanche, dans le pr&#233;sent mode ethnique, dans la dialectique sociale de l'absence et de l'histoire, lorsque l'homme projette en quelque sorte hors de lui, de son &#234;tre propre, ce m&#234;me m&#233;canisme comme qualifiant l'Autre, il cr&#233;e l&#224; quelque chose de la personnalisation du Myst&#232;re : &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu. Sans doute est-ce l&#224; l'explicitation de la formule de Jean Gagnepain, &#171; rendre &#224; l'Autre l'hommage de ce que nous sommes &#187;, cet autre qu'instaure la conversion transcendantale de la Personne. Mais cette divinisation du myst&#232;re n'est nullement un imp&#233;ratif qui s'impose, domine, inf&#233;ode tous les autres modes du transcendant, lesquels, ind&#233;pendants, n'ont nul besoin d'&#234;tre conjoints ni personnalis&#233;s : oracle, miracle ou gr&#226;ce sont et font le myst&#232;re en soi, sans &#171; &#234;tre &#187;. M&#234;me si, logiquement seulement, dans la repr&#233;sentation qu'on s'en fait presque in&#233;vitablement, on en cr&#233;e la cause comme devant s'agir de quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;strong&gt;Divin&lt;/strong&gt;, instanciellement &lt;i&gt;instituant&lt;/i&gt;, est &lt;strong&gt;Absence&lt;/strong&gt; dans ce d&#233;collement, cette n&#233;gation de la positive pr&#233;sence du sujet ; associativement, absence sans &#233;tendue, sans extension, &lt;strong&gt;sans mesure&lt;/strong&gt;, de cet &#234;tre divin ; qualitativement, absence sans caract&#232;re, &lt;strong&gt;sans nature&lt;/strong&gt; particuli&#232;re puisqu'elle transcende tout. Si ce n'est pas une tradition occidentale des dieux, sensiblement plus &#171; positifs &#187; et incarn&#233;s, parce que plus fr&#233;quentables, &#171; cultuel &#187;, le nirvana, le vide des traditions orientales manifestent au contraire cette vision &#171; en creux &#187; du divin, cet &#233;videment limite, cette n&#233;gativit&#233;, effectivement structurale, oppos&#233;e &#224; une positive pr&#233;sence qui, de fait, implique moins le divin dans une fr&#233;quentation commune. Ne collant pas ainsi &#224; la r&#233;alit&#233; d'un sujet, le myst&#232;re contient en soi toutes ses diff&#233;rences, cr&#233;e ses propres divergences : trinit&#233;s, avatars, par&#232;dre, m&#226;le et femelle, ne sont pas, en d&#233;pit des discours qui commentent les choses en ce sens, du polyth&#233;isme issu des diff&#233;rences de comp&#233;tences de services comme dans le culte, mais le mouvement limite et ainsi transcendant d'une alt&#233;rit&#233; radicale de la Personne que cr&#233;e l'instance qui abstrait absolument le divin de l'unit&#233; du sujet. Aussi, de m&#234;me que le myst&#232;re est logiquement inconcevable, techniquement irrepr&#233;sentable, il est bien sociologiquement &lt;i&gt;sans nom&lt;/i&gt;, v&#233;ritablement &#171; &lt;i&gt;personne&lt;/i&gt; &#187;, insaisissable m&#233;tamorphose : l'exemple absolu du &lt;i&gt;masque&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans positive pr&#233;sence, hors de l'histoire m&#234;me, est ainsi &lt;i&gt;institu&#233;&lt;/i&gt; &#171; celui qui est &#187;, &#171; Je suis &#187; du Buisson ardent, &#171; &lt;strong&gt;l'&#201;tant&lt;/strong&gt; &#187; qui d&#233;passe tous les r&#244;les qui nous arrangent, hors d'atteinte de toutes nos questions, nos explications, nos compr&#233;hensions &#8211; comment peut-on &#234;tre en &#233;tant absence ! &#8211;, hors du temps, de la mort, de la vie, du cosmos. Il n'op&#232;re pas, n'&#339;uvre pas, ne fait pas : il est seulement dans l'absence absolue de l'&#234;tre-sujet : inexplicable, sinon dans ce mouvement limite de la contradiction rationnelle de la vie, sans nature, sans dur&#233;e, sans &#233;tendue : &lt;strong&gt;hors histoire&lt;/strong&gt;. Mais ce n'est pas &#171; &#224; comprendre &#187; ; ce n'est &#171; que &#187; le m&#233;canisme in&#233;vitable de notre raison qui nous sort de notre positive nature. La nature du divin, c'est de n'en pas avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'intenable exp&#233;rience du divin doit se r&#233;soudre performanciellement puisqu'elle n'est pas pathologique, quoique extr&#234;me, en ce qui proprement (et enfin !) pourrait s'appeler &lt;strong&gt;&lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu&lt;/strong&gt;. En r&#233;affirmant encore une fois la formelle distinction, et d'avec les dieux qui servent dans leurs relations cultuelles avec des hommes int&#233;ress&#233;s, et d'avec les religions, les &#233;glises, qui sont institutions et m&#233;tiers &#171; d'utilit&#233; publique &#187; dans les soci&#233;t&#233;s qui les suscitent et &#224; l'int&#233;rieur desquelles elles se d&#233;finissent ; institutions ici en charge de cr&#233;er et d'entretenir les th&#233;omythies &#8211; plut&#244;t que th&#233;ologies, car il est bien peu de logique, au sens commun, dans ces constructions, sinon que le langage les fait &#234;tre d'apparence en les commentant. Alors ce r&#233;investissement, contestant l'absence, repositive en &#171; &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu &#187; cette insistance &#224; l'&lt;strong&gt;existence&lt;/strong&gt; cependant &lt;strong&gt;d&#233;li&#233;e&lt;/strong&gt; des n&#233;gociations instituantes des hommes. Un &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu par essence plut&#244;t qu'essentiel, mais &lt;strong&gt;pr&#233;sent&lt;/strong&gt; par ce retour absolu de l'&#202;tre. Non un parmi les dieux du culte, lesquels sont utiles et communiquent avec leurs d&#233;vots ; lui ne &#171; sert &#187; &#224; rien ; il n'a pas plus un r&#244;le qu'un autre, comme s'il devait &#171; prendre un m&#233;tier &#187;. Ni cr&#233;ateur, ni sauveur,ni bon, ni m&#233;chant, il n'est pas non plus propiciable, ni priable &#8211; seulement sans doute adorable ; la louange est la seule adresse qui convienne &#224; &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu. Sans &#234;tre l'absence ind&#233;cise du divin, c'est un &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu pourtant innomm&#233;, strictement ineffable &#8211; malgr&#233; tous les commentaires des th&#233;omythies. Inverse cependant d'un hors-histoire, son existence institue au contraire un &lt;strong&gt;tout-histoire&lt;/strong&gt;, sans &#234;tre grand architecte, explication de l'inexplicable, d&#233;passant les quasi na&#239;ves mythologies eccl&#233;siales des incarnations. &#171; Et verbum caro factum est &#187; : ce n'est s&#251;rement point tant &#171; chair &#187; qui importe, sinon comme mani&#232;re de dire, non plus seulement qu'il est, mais qu'il est toujours l&#224;, maintenant, &lt;i&gt;insistant&lt;/i&gt; par essence. Presque tous les dieux historiques des &#233;glises et des cultes ne sont pas seulement du fait de leur apparition &#224; un moment de l'histoire, dans une soci&#233;t&#233; pr&#233;cise ; mais parce qu'avec eux, comme &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu, l'histoire elle-m&#234;me se d&#233;passe, se transcende. Christ ou Shiva, &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu donne corps &#224; l'histoire : la dialectique de l'instance comme absence et de l'insistance &#224; &#234;tre les &#233;ternise et les fait cosmiques dans l'histoire, par quoi ils ne sont pas plus d'une histoire quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le dieu biblique peut-il apparaitre comme le &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu de l'histoire, le &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu universel, de tous les temps, de tous les lieux, et de tous les milieux, cosmique, il d&#233;borde la terre-m&#234;me. Dans l'Apocalypse il est &#171; celui qui est, qui &#233;tait et qui vient. &#187;. Mais les dieux hindous d&#233;bordent l'&#234;tre-m&#234;me de l'homme quand leur religion int&#232;gre les animaux &#8211; ou quoi que ce soit de la cr&#233;ation &#8211; comme &#233;tant eux-m&#234;mes partie du &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu : transcendentalement alors, le monde entier participe de &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu, est en &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu. D'une certaine fa&#231;on, bien des id&#233;ologies contemporaines de la cause animale tiennent, inconsciemment et innocemment, de ce mode du transcendant o&#249; tous les &#234;tres participent de &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu : seulement, il est plus dans l'air du temps que ces engagements paraissent comme des luttes politiques, &#224; la rigueur morales, contre la cruaut&#233;, pour la di&#233;t&#233;tique, le climat, l'environnement, les esp&#232;ces, la science, plut&#244;t que comme des convictions transcendantes, pire, religieuses, dont elles ont cependant parfois les caract&#232;res de la V&#233;rit&#233;, de l'indiscutable, de l'imp&#233;ratif, de bien des guerres de religions. La raison profonde qui justifie la cause des animaux (ou d'autre chose), la seule qui vaille dans le fond, ce n'est pas qu'ils ont des sentiments, moins encore qu'il est plus sain de ne pas les manger ou que nous sommes brutaux envers eux : c'est celle de saint Fran&#231;ois ou du Ja&#239;n Gandhi qui croient que nous participons tous de la m&#234;me nature en &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu. Car, &lt;strong&gt;panth&#233;os&lt;/strong&gt;, &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu est en tout, participe de tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, plus encore, ce &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu n'est pas plus homme que femme : tenant du divin comme contestation de l'&#234;tre sujet animal et r&#233;el, il transcende tous les caract&#232;res de l'esp&#232;ce, et donc avec &#233;vidence, les genres &#8211; ou les races : il n'est pas plus blanc que bronz&#233; ou jaune, ou bleu ! En d&#233;pit de la langue fran&#231;aise, le masculin n'est pas de l'homme et le f&#233;minin de la femme, aussi &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu n'est pas un homme &#8211; ni une femme d'ailleurs ! &#8211; sous peine de retomber dans la contingence. Rien du divin, dans aucune religion, ne peut justifier l'un ou l'autre genre : ce sont les soci&#233;t&#233;s d'&#233;glises, par d&#233;finition humaines, qui n&#233;gocient ou imposent tel contrat favorable ou non &#224; tel sexe.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; 4.	Les m&#233;canismes du transcendant dans le domaine de l'&#233;thique&lt;/h3&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le myste est instantiellement abn&#233;gation et performantiellement abandon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le myst&#232;re est instantiellement gr&#226;ce et performantiellement salut.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h4 class=&#034;h4&#034;&gt; A.	Le Myste, comme &lt;i&gt;renon&#231;ant&lt;/i&gt;, est donc instantiellement &lt;strong&gt;abn&#233;gation&lt;/strong&gt;, renoncement par &lt;strong&gt;r&#233;signation&lt;/strong&gt;, pour la &lt;strong&gt;lib&#233;ration&lt;/strong&gt;.&lt;/h4&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans cette autolyse, le mystique colle &#224; l'instance qu'est le &lt;i&gt;noloir&lt;/i&gt; de la norme, le non vouloir constitutif, pr&#233;cis&#233;ment, de la norme, qui nous abstrait en le structurant du vouloir naturel de nos d&#233;sirs, de nos satisfactions. Ce n'est donc pas questions sociales de r&#233;gulation g&#233;n&#233;rale par les lois, de contrats n&#233;goci&#233;s et de discussion avec les autres ; c'est le m&#233;canisme &#233;thique constitutif par lequel il s'agit de ne pas se laisser aller &#224; la satisfaction imm&#233;diate des d&#233;sirs par l'ordonnance de leurs qualit&#233;s et de leurs agencements. L'acc&#232;s &#224; l'humain est dans la frustration comme ordonnancement des d&#233;sirs naturels, structure, en ce que leur satisfaction se conditionne &#8211; pas aussi ceci, pas assez de cela, trop, pas mieux que, pas avec &#231;a, pas apr&#232;s ceci, etc. &#8211; par quoi il s'agira &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, moralement, encore de se faire plaisir mais d'une autre fa&#231;on, r&#233;gul&#233;e. Le plaisir humain n'est jamais la satisfaction animale, c'est toujours l'ordonnance qu'on est capable d'y mettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le myste, de ce point de vue-l&#224;, dans cette abstraction contradictoire de son d&#233;sir imm&#233;diat, renonce &#224; vouloir. L'exemple le plus embl&#233;matique de cette renonciation, c'est l'&#171; Islam &#187; : son nom m&#234;me signifie &#171; le soumis &#187;, &#171; le r&#233;sign&#233; &#187;, &#171; le confi&#233; &#187;, sous-entendu &#224; la volont&#233; de dieu. L'Islam est soumission, dans le sens de confiance sans faille, et le musulman est celui qui se soumet, qui est totalement soumis &#224; son dieu. Le terme de &#171; catholique &#187; insiste, lui, sur l'universalit&#233; de ladite religion, sur son caract&#232;re historique, quand l'Islam marque d'embl&#233;e sa nature &#233;thique, dans l'abn&#233;gation envers la volont&#233; divine : inch'Allah. Dans le catholicisme, cette orientation se retrouve dans une disposition tr&#232;s cl&#233;ricale, apparemment particuli&#232;re : la Sainte ob&#233;issance. Celle-ci est entendue comme la soumission totale &#224; l'autorit&#233; sup&#233;rieure de la hi&#233;rarchie, particuli&#232;rement la volont&#233; de l'abb&#233; pour les moines, et celle de l'&#233;v&#234;que pour tous les autres. On ne peut s'emp&#234;cher de voir cela en termes de soci&#233;t&#233;, comme un rapport de pouvoir avec l'autorit&#233; : l'hagiographie populaire fait croire que la prieure devait harceler Th&#233;r&#232;se de l'Enfant J&#233;sus en lui donnant les besognes de m&#233;nage. Mais ce qui est en cause ici, ce n'est pas le pouvoir social de l'autre, mais l'abandon consenti de son propre vouloir moral, de sa propre satisfaction. La Sainte ob&#233;issance n'est pas r&#233;gulation de l'ordre communautaire, quoiqu'il paraisse, (m&#234;me si &#231;a y contribue), mais soumission au myst&#232;re qui d&#233;passe, non comme une intervention ext&#233;rieure, mais comme un d&#233;passement intrins&#232;que dans un non-vouloir. Dans l'in&#233;vitable personnalisation chr&#233;tienne, la situation s'illustre de fa&#231;on exemplaire dans la fondamentale disponibilit&#233; du Christ &#224; l'Agonie : &#171; ta volont&#233;, non la mienne &#187;. C'est la soumission qui est le d&#233;passement. La Sainte ob&#233;issance existe depuis saint Basile et saint Beno&#238;t, c'est &#224; dire d&#232;s le IV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et le VI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, qui avaient d&#233;j&#224; pos&#233; qu'on ne pouvait &#233;thiquement acc&#233;der &#224; ce qui nous d&#233;passe que dans l'abn&#233;gation de tous les d&#233;sirs, de toute d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abn&#233;gation, dans le renoncement, tient de la perte, elle est &lt;strong&gt;r&#233;signations&lt;/strong&gt;. Il s'agit l&#224; en l'occurrence d'un absolu de l'interdit, d'une perte en soi, puisque c'est instanciel. Cela n'a pas de finalit&#233; positive, pour gagner autre chose : comme lorsqu'il s'agit de faire du sport, pour gagner, maigrir, survivre, faire cela pour quelqu'un, pour la gloire, le triomphe de sa nation, etc. ; mais aussi bien comme quelque rachat de faute, p&#233;ch&#233;, manquement, o&#249; l'enjeu, en situation, est celui d'une satisfaction morale plus int&#233;ressante que la perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;signations sont constitu&#233;es associativement en &lt;strong&gt;cha&#238;ne d'aust&#233;rit&#233;s&lt;/strong&gt;, d'&#226;pret&#233;s : le r&#233;gime d'un Digambar tient en un repas par jour, avant midi, debout et dans les mains. D'une part, c'est l'ensemble qui compte ; d'autre part, &#231;a ne se pratique pas par hygi&#232;ne, pour maigrir, pour avoir l'esprit clair, dans un certain but moral : &#231;a s'impose dans la contrainte pour elle-m&#234;me d'un non-vouloir, limite mais structur&#233;e par l'enchainement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces liaisons oblig&#233;es d'aust&#233;rit&#233;s s'adjoignent les qualit&#233;s requises des &lt;strong&gt;restrictions&lt;/strong&gt; : la qu&#234;te alimentaire de certains mendiants doit se faire &#224; la premi&#232;re porte rencontr&#233;e, sans choisir, sans refus possible ; les aliments ne doivent pas avoir de go&#251;t ; le froc d'un franciscain doit &#234;tre usag&#233;, r&#233;cup&#233;r&#233; ; un lit ne doit pas avoir d'autre couverture que le v&#234;tement, etc. Les r&#233;signations vont ainsi jusqu'&#224; se construire en un syst&#232;me d'obstacles particularis&#233;s, sym&#233;triquement inverse, en tant qu'il radicalise la frustration, aux stratag&#232;mes de contournement de l'interdit qui au contraire en &#233;vitant celui-ci, la relativise, lors d'un r&#233;investissement finalis&#233; en morale. Les m&#234;mes Digambar se donnent des conditions d'acceptation de la nourriture qu'ils mendient : ils s'arr&#234;tent o&#249; se voient cinq sucreries et deux noix de coco port&#233;es par un couple (!)&#8230; sinon, le repas est report&#233; au lendemain. Tout cela n'a &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; &#171; aucun sens &#187;, sinon de donner une direction, d'orienter ; aucune fin effective pour un avantage quelconque, de gain, de record, d'hygi&#232;ne, sinon d'&#234;tre pratiqu&#233; &#171; en soi &#187;, en toute libert&#233; vis-&#224;-vis de soi-m&#234;me et de ses satisfactions imm&#233;diates. L'abn&#233;gation est pr&#233;cis&#233;ment ce qui d&#233;passe celui qui a renonc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout ce syst&#232;me de r&#233;signations, comme cha&#238;nes d'&#226;pret&#233;s et modalit&#233;s de restrictions, est le gage pr&#233;cis&#233;ment de ce qui se gagne &#233;thiquement : la &lt;strong&gt;lib&#233;ration&lt;/strong&gt; &#8211; sous-entendu, de toutes les cha&#238;nes du monde et du d&#233;sir : ici se gagne la libert&#233;, non celle, sociale, relativement &#224; l'autre &#8211; puisque justement il ne s'agit pas de l'imposition de son pouvoir &#8211; mais bien la libert&#233; vis-&#224;-vis de soi-m&#234;me, de toutes ces attentes &#224; satisfaire qui emprisonnent. C'est le point de vue du bouddhisme, de l'hindouisme, du monachisme, du sto&#239;cisme, des je&#251;nes du Ramadan et du Car&#234;me, de toutes ces religions et ces philosophies qui pr&#244;nent l'abn&#233;gation en regard des satisfactions faciles. Le bonheur est justement de ne plus rien d&#233;sirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lib&#233;ration est associativement syst&#232;me d'&lt;strong&gt;impassibilit&#233;s&lt;/strong&gt; : l'esprit reste impassible devant tout ce qui se pr&#233;sente, suivant les circonstances et les hasards. Et s&#233;riellement, elle a comme caract&#232;re l'&lt;strong&gt;insensibilit&#233;&lt;/strong&gt; &#224; n'importe quel type de sollicitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;strong&gt;abn&#233;gation&lt;/strong&gt; est un en-soi, par &lt;strong&gt;r&#233;signation&lt;/strong&gt;, pour la &lt;strong&gt;lib&#233;ration&lt;/strong&gt;, sans autre finalit&#233; que de transcender l'humain, un en-soi de la raison &#233;thique, en quoi il n'est pas inf&#233;od&#233; aux fins, aux int&#233;r&#234;ts circonstanciels de la performance normale, sportive, d'hygi&#232;ne de vie, du d&#233;veloppement personnel, de la r&#233;ussite par exemple ; aussi cette lib&#233;ration, non seulement ne saurait tenir de ces fins, mais non plus d'autres apparemment plus &#233;lev&#233;es comme &#171; l'expiation des p&#233;ch&#233;s &#187;, comme de plaire aux dieux, ainsi que le th&#233;orisent bien des th&#233;ologies et que le recommandent les &#233;glises, comme bien de toutes les &#171; p&#233;nitences &#187;, comme r&#233;compenses, comme d'un cadeau cultuel, dans cette relation du d&#233;vot et du dieu. L'abn&#233;gation comme manifestation instancielle du transcendant est d&#233;passement sans autre b&#233;n&#233;fice que la lib&#233;ration de soi.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Performantiellement, l'abn&#233;gation du Myste se fait abandon &#224; une r&#233;gulation pour atteindre la qui&#233;tude.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;investissement performanciel r&#233;adapte la frustration aux conditions du monde et &#224; ses fins. D'une certaine fa&#231;on, comme un retour &#224; la morale, mais non pr&#233;cis&#233;ment &#224; la morale attendue de tout le monde. Le retour dans l'&lt;strong&gt;abandon&lt;/strong&gt;, c'est le retour &#224; la satisfaction des pulsions mais apr&#232;s qu'elles ont &#233;t&#233; quand m&#234;me frustr&#233;es, c'est &#224; dire organis&#233;es, ordonn&#233;es, en sorte qu'il ne s'agit pas de se satisfaire tout de go. Effectivement, il faut que &#171; &#231;a se fasse &#187;, mais par exemple &#171; pas &#224; cette heure-l&#224;, un peu plus tard, pas de cette fa&#231;on-l&#224;&#8230; et pas en ayant mang&#233;, ou apr&#232;s avoir bu&#8230; etc. &#187; La morale est ordonnance &#233;thique, structure, conditionnement de la satisfaction. Mais le r&#233;investissement moral comme participant encore du transcendant, tout en n'&#233;tant plus de l'ordre limite de l'instance, est autre chose en ce qu'il n'&#233;lude pas la frustration en la contournant par les stratag&#232;mes : pour le commun, le Car&#234;me est abstinence de viandes et bonne occasion de les remplacer par de d&#233;licieux poissons ! Au je&#251;ne de tout le jour du Ramadan, s'ensuit la f&#234;te, soleil couch&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La morale transcendante est tout particuli&#232;rement illustr&#233;e par ce qui s'appelle la r&#232;gle dans les monachismes occidentaux, finalement entendue, l&#224; aussi, non comme un ensemble de conventions sociales de vie en communaut&#233;, pour &#233;viter les tensions et tentations, (ce que certains articles sont aussi prosa&#239;quement, car il faut de la discipline communautaire), mais comme une r&#233;gulation en soi, entre interdictions cultiv&#233;es, non opportun&#233;ment contourn&#233;es, et permissions mesur&#233;es, mors et horloge de la Temp&#233;rance. Ce qui est le caract&#232;re de la &lt;strong&gt;r&#233;gulation&lt;/strong&gt; &#8211; entendue ainsi comme &lt;i&gt;abandon&lt;/i&gt; &#224; la r&#232;gle, comme une modalit&#233; du r&#233;investissement, de la contradiction de l'&lt;i&gt;abn&#233;gation&lt;/i&gt;, &#8211; c'est le &lt;i&gt;temp&#233;rament&lt;/i&gt; (comme celui qui r&#233;gule en musique les rapports entre les notes, espacements, et leurs qualit&#233;s, hauteurs) comme une organisation mod&#233;ratrice aussi bien des rapports entre ce qui doit s'articuler : les &#171; &lt;strong&gt;intervalles&lt;/strong&gt; &#187; entre les activit&#233;s, les dur&#233;es des &#171; Heures &#187;, leur r&#233;partition, leur succession ; que mod&#233;ratrice de la &#171; &lt;strong&gt;justesse&lt;/strong&gt; &#187; de leurs caract&#232;res, de leurs difficult&#233;s, du degr&#233; d'abandon que demandent toutes ces occupations. La r&#232;gle monastique est effectivement une sorte de temp&#233;rament moral : &#224; l'abn&#233;gation de toute satisfaction, difficilement vivable, r&#233;pond un abandon &#224; la r&#232;gle, temp&#233;r&#233; dans son ampleur ou dans ses caract&#232;res ; ce n'est pas l'affadissement d'un renoncement contourn&#233; par astuce, c'est l'&#233;quilibre constitu&#233; des renoncements divers. Si le silence est bien la r&#232;gle, la r&#233;cr&#233;ation journali&#232;re le rompt malgr&#233; tout, de fa&#231;on oblig&#233;e, m&#234;me syst&#233;matique et &#224; son heure. Sans stratag&#232;me d'un contournement, car la satisfaction n'en reste pas moins ordonn&#233;e, cadr&#233;e, la frustration n'est plus totale. Ainsi, y a-t-il des &#171; Heures &#187; pour tout, pas seulement pour les offices : la pri&#232;re personnelle, la m&#233;ditation, le travail, mais aussi la d&#233;tente, l'amusement-m&#234;me et le repos. De m&#234;me, l'abandon de la volont&#233; qu'est la Sainte ob&#233;issance vide de toute d&#233;cision, de toute initiative ; mais conjoncturellement, elle est aussi une commodit&#233;, un confort &#224; ne pas avoir &#224; d&#233;cider. Il n'y a pas d'ordre &#224; &#234;tre seulement m&#233;ditatif, si c'est bien du d&#233;sordre de n'&#234;tre que dans la d&#233;tente : il n'est pas question de se distraire en dehors des heures, sans doute, mais il n'est quand m&#234;me pas question de ne pas se distraire &#224; l'heure. Pas d'ordre non plus &#224; n'&#234;tre que dans le travail comme souvent dans le monde ; mais hors du monde et de ses int&#233;r&#234;ts, les moines ont pu cependant le fa&#231;onner, le d&#233;fricher, l'exploiter, car ils travaillaient autant qu'ils priaient. Les carm&#233;lites contemplatives, m&#234;me la future sainte Th&#233;r&#232;se, font le m&#233;nage. La solitude des chartreux est grande, mais dans le quant-&#224;-soi consolant des deux pi&#232;ces de leur maisonnette et de leur jardinet. Les camaldules passent r&#233;guli&#232;rement de la retraite solitaire de leur maison &#224; la communaut&#233; de leur couvent. Les ja&#239;ns vont nus et mendient avec leur situle dans l'absolu du d&#233;nuement, de l'abandon de soi-m&#234;me. En m&#234;me temps, tout cela se temp&#232;re en termes de chastet&#233;, de relations possibles : ils sont toujours accompagn&#233;s, ils ont leurs &#233;l&#232;ves, leurs &#233;coles, ils vont de temple en temple, ils sont toujours re&#231;us de communaut&#233; en communaut&#233;. Bien des abandons les situent hors du monde social, d'autres comportements d'enseignements, de fr&#233;quentation des familles, des disciples, les y ram&#232;nent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette alchimie d'un plaisir toujours contenu mais cependant satisfait, le beau des monast&#232;res n'est pas affichage simplet de pouvoir par la richesse, ni contemplation b&#233;ate d'esth&#232;te, mais autant &#233;quilibre des d&#233;nuements : beaut&#233; des sites, comme la chartreuse Saint-Martin dominant toute la splendide baie de Naples, des b&#226;timents, des d&#233;cors, des grands styles sobres, clunisien ou cistercien, ou des baroques de Bavi&#232;re ou d'Italie : &#231;a &#171; n'&#233;l&#232;ve &#187; pas symboliquement l'&#226;me dans la contemplation du beau mais plus efficacement, &#231;a temp&#232;re r&#233;ellement la perte des satisfactions dans les renoncements.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Comme l'abn&#233;gation lib&#232;re, l'abandon &#224; la r&#233;gulation apporte la &lt;strong&gt;qui&#233;tude&lt;/strong&gt;, dans un &#233;tymologique &lt;strong&gt;&#233;nervement&lt;/strong&gt;, qualitativement, et, associativement, dans une &lt;strong&gt;&#233;galit&#233; d'humeur&lt;/strong&gt;. Ce que cr&#233;e ce r&#232;glementant-l&#224;, au sens strict de la r&#232;gle, de la r&#233;gulation, c'est pr&#233;cis&#233;ment la libert&#233; d'&#226;me, une fa&#231;on d'&#234;tre l&#233;gitim&#233; de tout comportement puisque de toute fa&#231;on, toutes les occupations, tous les d&#233;sirs sont encadr&#233;s par la r&#232;gle. Ainsi s'&#233;vitent toutes les excitations, celles de la mode, par exemple, comme r&#233;activation constante de l'app&#233;tit dans le changement : le v&#234;tement monastique n'est pas uniquement un v&#234;tement d'&#233;tat de mise &#224; part &#8211; ce qu'il est aussi du point de vue sociologique &#8211; mais un v&#234;tement moral de dispense de d&#233;cision (que vais-je, que dois-je mettre ?), ce jusqu'au bout puisqu'il servira aussi de linceul. La meilleure fa&#231;on de r&#233;guler la tension d'une envie est de la r&#233;gler toujours de la m&#234;me fa&#231;on. La qui&#233;tude vient de la disparition de toutes les excitations parce que tout est d&#233;j&#224; d&#233;cid&#233;. Une des mani&#232;res sup&#233;rieurement humaines de jouir, c'est d'arr&#234;ter la course aux jouissances recommenc&#233;es. La notions d'&#171; Heures &#187; n'est pas que rappel r&#233;gulier &#224; la pri&#232;re : elle r&#233;git de fait toutes les activit&#233;s, travaux ou d&#233;tente, sommeil ou repas. Pas d'inqui&#233;tude des op&#233;rations qui vont suivre, des occupations du lendemain. La sortie du monde est bien autant effective dans la r&#233;gulation de soi-m&#234;me que dans la s&#233;paration d'avec les autres qu'est la cl&#244;ture, dans la chastet&#233;. Mais il suffit d'un rien, si l'on s'y prend mal, pour que la qui&#233;tude devienne ennui, dans l'absence de changement, dans l'impossibilit&#233; d'un caprice. Si la tenue d'un chapitre consiste essentiellement en un commentaire de la r&#232;gle de saint Beno&#238;t &#233;crite au VI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'int&#233;r&#234;t n'est &#233;videmment pas litt&#233;raire ou historique : la r&#233;flexion porte sur l'intime compr&#233;hension de ce syst&#232;me moral.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h4 class=&#034;h4&#034;&gt; B. le Myst&#232;re est instantiellement gr&#226;ce et performantiellement salut.&lt;/h4&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;Le myst&#232;re est &lt;strong&gt;gr&#226;ce&lt;/strong&gt;, non comme une faveur imm&#233;rit&#233;e puisque ce peut &#234;tre contraire, mais comme dans la formule jans&#233;niste &#171; tout est gr&#226;ce &#187;, sans &#171; raison &#187; compr&#233;hensible d'un myst&#232;re qui se d&#233;robe au-del&#224; du bien et du mal, peut-il sembler, de la simple appr&#233;ciation morale de la v&#233;rit&#233;, de l'&#233;quit&#233; ou de la vertu. Au-del&#224; de tout jugement, du vouloir : &#231;a advient et tout est bien, l&#224; est le bien. La justification, le pourquoi &#233;chappe et, dirait-on, les &#339;uvres n'y peuvent rien car, dans cette abstraction du vouloir, il n'est ni circonstanciellement question de paiement, ni, moins encore, socialement d'&#233;change dans un culte de la demande, de l'obs&#233;cration o&#249; un service attendu en vaut un autre offert : le myst&#232;re, instantiellement, ne se soudoie ni se propicie. Ce ne sont pas les &#339;uvres qui valent la gr&#226;ce comme r&#233;tribution, &#224; peine de retomber dans le commun et trivial paiement d'un service. Cette gr&#226;ce-l&#224; sans les &#339;uvres peut donc &#234;tre un mode du fatalisme : &#171; Dieu le veut ! &#187;, ici personnifi&#233;, ce qui n'est pas n&#233;cessaire. Gratuite, elle est sans justification, sans crit&#232;re, &lt;strong&gt;sans estimation, sans conditions&lt;/strong&gt; : rien &#224; engager en paiement, &#224; m&#233;riter en cr&#233;dit, la gr&#226;ce est &lt;strong&gt;dispense&lt;/strong&gt;, exemption. Elle n'en produit pas moins l'effet d'une &lt;strong&gt;dispensation, enti&#232;re&lt;/strong&gt; et de &lt;strong&gt;plein droit&lt;/strong&gt;, distribution, o&#249; tout est donn&#233; de ce qui doit l'&#234;tre, car il n'est pas de petite ou de grande gr&#226;ce : il y a la gr&#226;ce. Sans vouloir, elle est par elle-m&#234;me, sans provenance, immanente &#224; la transcendance de la raison &#233;thique, elle n'est pas le fait de quelque d&#233;it&#233;, elle ne se personnalise pas, sauf conjonction, combinaison des divers m&#233;canismes transcendantaux. Il n'y a aucune ant&#233;riorit&#233; du myst&#232;re &#224; l'homme qui le pose par le d&#233;passement de sa raison, ni aucune &#233;lection du myste entre tous les hommes &#233;galement capables par le fait qu'ils partagent la m&#234;me humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#226;ce, performantiellement se contredit, le vouloir se dirige et le myst&#232;re alors se fait &lt;strong&gt;salut&lt;/strong&gt;. Son vouloir est &lt;strong&gt;engagement&lt;/strong&gt;, direction, sens, surtout pas celui logique d'une signification, mais sens moral d'une orientation pour un &lt;strong&gt;accomplissement&lt;/strong&gt;. &#201;tant donn&#233; que c'est bien le myst&#232;re lui-m&#234;me qui engage, dirige et ainsi accomplit. Dans l'id&#233;e du salut, tout prend sens en mati&#232;re d'engagement, s'aimante, comme une trajectoire entre prix et bien qui aboutit, comme la forme transcendante d'un d&#233;sir essentiel qu'accomplit le myst&#232;re, simplement constatable, sans qu'il soit question de faire ou d'avoir fait ceci plut&#244;t que cela, puisqu'il n'est ni n&#233;gociation, ni paiement. Comme accomplissement, tous les contenus sont salutairement possibles car il n'y a pas d'&#233;chelle de valeur ; sous la forme du myst&#232;re, &#224; chacun ses satisfactions, m&#234;me transcendantes : d&#233;sir de durer, souvent sans doute, mais pas n&#233;cessairement ; d'aucuns aspirent &#224; n'&#234;tre simplement pas oubli&#233;s ; repr&#233;sentations paradisiaques, activit&#233;s p&#233;rennes, &#233;ternit&#233; de l'&#234;tre, comblement des satisfactions : les d&#233;sirs transcendants en tout genre s'accomplissent. D'une certaine fa&#231;on, le salut est la modalit&#233; transcendante de la destin&#233;e, du fatum, du fatalisme, dans l'abandon au myst&#232;re. Mais comme participant encore du transcendant, le salut est au-del&#224; de la morale, c'est-&#224;-dire de la v&#233;rit&#233;, comme bien du dire, de l'&#233;quit&#233; comme bien de la relation ou m&#234;me de la vertu, comme bien du jugement : le salut est aussi et encore par-del&#224; le bien et le mal, choses humaines, trop humaines quand il s'agit d'un d&#233;passement absolu. Dans son extr&#234;me rationnel, le bien transcendant est pour le commun souvent d&#233;raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En cela, le salut s'oppose &#224; la providence : dans le rapport cultuel du syst&#232;me des demandes faites au dieu, la providence est r&#233;ponse bienfaisante &#224; tout probl&#232;me, dans un ordre d'&#233;change. Dans l'id&#233;e transcendantale du salut, point d'investissement, point de don d'un &#171; autre &#187;, point de faveur, mais immanence de ce qui doit &#234;tre, comme cela doit &#234;tre et c'est cela qui est bien. Un bien qui n'est ni assurance, ni r&#233;compense : le salut est ce qui doit, en toute justice, advenir, y compris quand on n'en comprend pas l'arcane, la direction que &#231;a prend. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce transcendant est exp&#233;rience toujours inatteignable, asc&#232;se permanente. Sauf dans la mort, peut-&#234;tre. La mort peut &#234;tre v&#233;cue &#8211; pour les b&#233;nis &#8211; comme le moment o&#249; pr&#233;cis&#233;ment, tout peut &#234;tre gr&#226;ce au sens strict, tout est accept&#233;, dans cet arr&#234;t sur l'instant, comme dans la fin du &lt;i&gt;Journal d'un Cur&#233; de Campagne&lt;/i&gt; de Bernanos o&#249; le jeune pr&#234;tre meurt en disant &#171; tout est gr&#226;ce &#187;. C'est aussi la sixi&#232;me derni&#232;re parole du Christ : &#171; Tout est accompli &#187;, du point de vue du salut, tout a &#233;t&#233; fait de ce qui devait l'&#234;tre, tout prend sens enfin, quoique &#231;a n'apparaisse pas comme r&#233;ussi et agr&#233;able. C'est peut-&#234;tre au dernier moment qu'on peut rencontrer l'&#233;vidence que &#231;a avait un sens, que la r&#233;colte est ramass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; Conclusion&lt;/h3&gt;&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu &#233;tait de voir la raison &#224; l'&#339;uvre, jamais abandonn&#233;e dans tous ces comportements extr&#234;mes, dans toutes ces apparentes folies : une normalit&#233; de raison sous une apparence de d&#233;raison pour le commun, cependant une rationalit&#233; absolument limite puisque intenable, et qui peut &#224; tout instant basculer dans le trivial des banals usages, comme dans le pathologique av&#233;r&#233; des n&#233;vroses et des psychopathies des folies mystiques. Aussi tous ces engagements li&#233;s aux m&#233;canismes limites du transcendant peuvent-ils apparaitre souvent comme insupportables, irrecevables au monde, &#224; la mise en &#339;uvre commune des facult&#233;s rationnelles. On s'explique mieux ainsi les divers ostracismes, les rejets en tout genre, que le monde pratique &#224; tout moment de l'histoire &#224; l'encontre de ces &#171; funambules &#187; d'une raison ou d'une autre ! Henri VIII, la R&#233;forme, la R&#233;volution ou la 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique avaient beau jeu, au-del&#224; de leurs int&#233;r&#234;ts politiques du moment, de dissoudre les congr&#233;gations, d&#233;manteler les abbayes et marier les moines : comme il &#233;tait facile que tout cela apparaisse ainsi seulement d&#233;raisonnable. Il &#233;tait plus ardu, &#224; travers l'&#233;cran des abus et malgr&#233; eux, d'y reconnaitre les m&#233;canismes, profond&#233;ment rationnels in&#233;vitablement impliqu&#233;s, d'une raison qui se d&#233;passe sans folie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi que la notion de raison est ici ambig&#252;e : commun&#233;ment, elle s'entend comme chose raisonnable, au sens o&#249; c'est argumentable, explicable, normalement d&#233;fendable. Mais dans l'analyse pr&#233;sente, la raison est cette capacit&#233; de l'humain &#224; contredire la positivit&#233; de ses r&#233;actions animales &#8211; ses repr&#233;sentations, son activit&#233;, sa vie et ses d&#233;sirs &#8211;, par quoi il acc&#232;de &#224; un ordre d'abstraction qui est alors structure de son langage, de son art, de sa soci&#233;t&#233; et de son jugement. D'un c&#244;t&#233;, il s'agit de comparaison de contenu, plus ou moins &#171; raisonnables &#187; ; de l'autre d'un m&#233;canisme constitutif, caract&#233;ristique quel qu'en soient les contenus r&#233;els. Si la foi s'oppose &#224; la raison, comme deux explications diff&#233;rentes, elles n'en sont pas moins toutes deux issues, entre autres, de la m&#234;me capacit&#233; rationnelle d'abstraction logique. Similairement, le m&#234;me m&#233;canisme cr&#233;ateur de logique, le m&#234;me acc&#232;s au langage se trouve dans l'extr&#234;me diversit&#233; des langues. Le transcendant est une mise en &#339;uvre extr&#234;me des quatre modes possibles de cette raison humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais encore, l'enjeu est de comprendre l'autonomie de ces modes du rationnel qui permet fondamentalement l'investissement de l'un sans l'autre, et pour une part ou une autre de ses m&#233;canismes : le myste peut s'exercer &#224; se d&#233;passer sans que s'impose &#224; lui le myst&#232;re : l'asc&#232;se de l'oraison ou de la pri&#232;re n'implique pas l'oracle ou la r&#233;v&#233;lation, et vice-versa, non plus que la gr&#226;ce. M&#234;me pas paradoxalement le divin : la personnalisation du myst&#232;re n'est pas incontournable et ne s'impose pas ; on peut &#234;tre persuad&#233; du miracle ou d'une gr&#226;ce sans les rapporter &#224; du &#171; quelqu'un &#187;, &#224; une divinit&#233;. &#171; &#199;a &#187; peut se vivre avec &#233;vidence, comme tel. Non n&#233;cessaires, le divin, &lt;U&gt;D&lt;/U&gt;ieu, ne sont pas non plus transcendances &#171; sup&#233;rieures &#187;, par exemple, &#224; la liturgie ou &#224; l'&#233;r&#233;mitisme du myste : ce sont les diff&#233;rents m&#233;canismes d'une exp&#233;rience profonde du d&#233;passement : qu'on l'exerce asc&#233;tiquement comme exp&#233;rience v&#233;cue en tant que myste, d'une fa&#231;on et pas d'une autre ; ou que &#171; &#199;a &#187; s'impose comme tel comme un myst&#232;re v&#233;cu intime de l'exp&#233;rience, sur un mode ou un autre. Mais en tous les cas c'est toujours une exp&#233;rience v&#233;cue ; non une repr&#233;sentation imagin&#233;e, une simple croyance sinon une lubie, une superstition, m&#234;me pas &#171; une recherche de sens &#187; : si c'est ainsi, ce n'est en rien du transcendant, m&#234;me si &#231;a y ressemble. C'est bien d'une exp&#233;rience qu'il doit s'agir. D'o&#249; les m&#233;taphores de l'amour : &#231;a ne s'argumente pas, ni ne se d&#233;montre, ni ne se raisonne : &#231;a s'impose, &#231;a se vit. Par myst&#232;re, ne s'entend pas les qualit&#233;s th&#233;ologiques d'un dieu, mais l'exp&#233;rience qui s'impose ainsi au myste. Et l'exp&#233;rience de l'un n'&#233;tant jamais celle de l'autre, celui &#171; qui y croit &#187; ne risque pas de convaincre celui qui n'y croit pas &#8211; ainsi l'amoureux parait souvent aveugle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, heuristiquement et bien hypoth&#233;tiquement, on peut cependant se demander s'il ne pourrait pas y avoir quelque correspondance entre certains d&#233;sordres mentaux et toutes ces formes d'exercices que sont les asc&#232;ses du transcendant, o&#249; celles-ci pourraient avoir valeur th&#233;rapeutique, sorte de &#171; man&#339;uvres ost&#233;opathiques &#187; des d&#233;faillances du rationnel. Le jeu serait sans doute un peu artificiel, et difficile sinon tr&#232;s malais&#233;, mais le travail sur soi, si particulier &#224; toutes les formes du transcendant comme &#224; ses apparences historiques, a conf&#233;r&#233; bien de la sagesse aux vrais mystiques, que leur art de vivre pourrait bien &#234;tre un chemin de gu&#233;rison pour de vrais malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci &#233;tant dit&#8230; rien n'est bien s&#251;r r&#233;solu des dieux et des mondes transcendants. Il s'agissait seulement d'envisager que tant de comportements hors des &#233;vidences d'un certain bon sens sont, &#224; l'analyse, plus rationnels qu'ils paraissent, sinon m&#234;me raisonnables. En d&#233;pit des paradoxes ou des r&#233;putations, dieux, cultes, &#233;glises ou transcendances sont ph&#233;nom&#232;nes, dirait-on, &#171; normaux &#187;. Mais qu'ils soient analytiquement d&#233;mont&#233;s ne les fait pas d&#233;montr&#233;s : la projection hors de l'homme de ces r&#233;alit&#233;s d'analyse, transmutables en un autre monde aussi convaincant, en un Autre &#202;tre aussi &#233;vident, reste, absolu, de l'ordre du pari. Aucune analyse ne saurait lever l'hypoth&#232;que qu'&#224; jamais, il faut se d&#233;cider sans plus de preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p align=right&gt;14 juillet 2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Comprendre le langage &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gaborieau, Patrice</dc:creator>


		<dc:subject>Jean Gagnepain</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Ma&#238;tre de conf&#233;rences en sciences du langage, Universit&#233; Rennes 2.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?rubrique52" rel="directory"&gt;Cours&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;Jean Gagnepain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot18" rel="tag"&gt;Freud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;&#233;pist&#233;mologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot102" rel="tag"&gt;explication&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot145" rel="tag"&gt;Saussure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot175" rel="tag"&gt;glossologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot229" rel="tag"&gt;acquisition&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce document en deux parties, d'environ 140 p., constitue la derni&#232;re version (2016) d'un cours &#224; distance dispens&#233; &#224; l'universit&#233; Rennes 2 &#224; un public de 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; ann&#233;e de licence entre 2005 et 2016 (chaque partie correspondant &#224; un semestre). Il forme une mani&#232;re d'introduction aux sciences du langage telles qu'envisag&#233;es par l'anthropologie clinique m&#233;diationniste. Introduction partielle puisque, notamment, il ne traite pas de l'&#233;criture et donc de la technique. Il permet cependant, il me semble, une premi&#232;re familiarisation avec la m&#233;thode de la th&#233;orie de la m&#233;diation et avec son esprit &#233;pist&#233;mologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur certains points je ne con&#231;ois aujourd'hui plus tout &#224; fait les choses comme au moment de sa mise au point ; il reste pertinent dans l'ensemble, et c'est pourquoi il a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; int&#233;ressant de le porter &#224; la connaissance d'un public plus large que celui &#224; qui il &#233;tait initialement destin&#233;, sous la forme de documents pdf &#224; t&#233;l&#233;charger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est redevable &#224; l'enseignement du P&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt;. Jean-Yves Urien, qui fut mon pr&#233;d&#233;cesseur dans ce cours. Il va sans dire que les &#233;ventuelles erreurs qui y demeureraient sont de mon fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrice Gaborieau&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le num&#233;ro 30 est paru</title>
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		<dc:creator>Beaud, Laurence</dc:creator>


		<dc:subject>second</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le nouveau num&#233;ro annuel de T&#233;tralogiques publie, en th&#233;matique principale, les actes des journ&#233;es d'&#233;tudes et de travaux consacr&#233;s aux h&#233;ritages et &#224; l'actualit&#233; de l'anthropologie clinique m&#233;diationniste, ou th&#233;orie de la m&#233;diation, qui se sont d&#233;roul&#233;es les 18 et 19 novembre 2023 &#224; l'Universit&#233; Rennes 2.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Pr&#233;sentation du num&#233;ro&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot213" rel="tag"&gt;second&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tetralogiques.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/te_tra_30_couv-7cbd3-a9573-0b2bd.jpg?1771532939' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le &lt;a href=&#034;https://www.tetralogiques.fr/spip.php?rubrique66&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nouveau num&#233;ro annuel&lt;/a&gt; de &lt;i&gt;T&#233;tralogiques &lt;/i&gt; publie, en th&#233;matique principale, les actes des journ&#233;es d'&#233;tudes et de travaux consacr&#233;s aux h&#233;ritages et &#224; l'actualit&#233; de l'anthropologie clinique m&#233;diationniste, ou th&#233;orie de la m&#233;diation, qui se sont d&#233;roul&#233;es les 18 et 19 novembre 2023 &#224; l'Universit&#233; Rennes 2.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>

<item xml:lang="fr">
		<title>Art et dessin enfantin entre science et cr&#233;ation</title>
		<link>http://tetralogiques.fr/spip.php?article294</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tetralogiques.fr/spip.php?article294</guid>
		<dc:date>2025-04-15T13:43:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ottavi, Dominique</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Professeur &#233;m&#233;rite de Sciences de l'&#233;ducation &#224; l'universit&#233; de Paris Nanterre. &lt;a href=&#034;#dominique.ottavi#mc#parisnanterre.fr#&#034; title=&#034;dominique.ottavi..&#229;t..parisnanterre.fr&#034; onclick=&#034;location.href=mc_lancerlien('dominique.ottavi','parisnanterre.fr'); return false;&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;dominique.ottavi&lt;span class='mcrypt'&gt; chez &lt;/span&gt;parisnanterre.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?rubrique70" rel="directory"&gt;Varia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte reprend certains &#233;l&#233;ments du chapitre X de l'ouvrage collectif &lt;i&gt;Circulations en &#233;ducation, acteurs, mod&#232;les, institutions&lt;/i&gt;, dir. Renaut d'Enfert, Fr&#233;d&#233;ric Mole et Marie Vergnon, Grenoble, PUG, 2023, &#171; L'enfant et ses dessins : psychologie, esth&#233;tique, p&#233;dagogie &#187;, dans une autre perspective.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'art enfantin a toujours repr&#233;sent&#233; un d&#233;fi pour la p&#233;dagogie, que Durkheim d&#233;finissait comme pratique raisonn&#233;e et en tant que th&#233;orie &#233;ducative. La prise en compte de capacit&#233;s cr&#233;atives de l'enfant accompagne les p&#233;dagogies dites nouvelles qui ont fleuri au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, tandis que le dessin des enfants a s&#233;duit les psychologues &#224; la recherche des lois du d&#233;veloppement. Comme l'a relev&#233; Jean-Claude Quentel, ils ont consacr&#233; de nombreuses &#233;tudes au dessin tout en en faisant un objet secondaire par rapport au langage. En quelque sorte annex&#233;, dans une perspective &#233;volutionniste, &#224; la motricit&#233;, il demeurerait &#171; avant &#187; la pens&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Quentel, &#171; Le dessin chez l'enfant &#187;, Te&#769;tralogiques, 1992, 7, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Inversement, ils ont pu entretenir, comme l'a montr&#233; Emmanuel Pernoud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Pernoud, L'invention du dessin d'enfant, Paris, Hazan, 2003.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des attentes excessives, les artistes eux-m&#234;mes ayant contribu&#233; au mythe de l'enfant artiste dans leur qu&#234;te de formes primitives de la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espoir d'une p&#233;dagogie scientifique, appuy&#233;e sur la psychologie du d&#233;veloppement notamment, a connu une sorte d'&#226;ge d'or, o&#249; l'on a exalt&#233; l'enfant artiste et plus g&#233;n&#233;ralement l'enfant. Aujourd'hui, c'est sur les neurosciences que l'&#233;ducation compte pour sa justification scientifique, en amont d'un mouvement contemporain qui rel&#232;gue l'art, comme l'enfant, sur les marges des &#233;tudes s&#233;rieuses, en d&#233;pit d'un discours emphatique qui exalte leur grande valeur. Les textes issus du minist&#232;re de l'&#201;ducation en France t&#233;moignent, par exemple, d'une vision tr&#232;s utilitariste de l'&#233;ducation. Doit-on d&#233;plorer un effet de mode, et entretenir la nostalgie d'une &#233;poque o&#249; l'enfant &#233;tait privil&#233;gi&#233; par rapport &#224; un apprentissage en qu&#234;te de r&#233;sultats imm&#233;diats, et o&#249; sa cr&#233;ativit&#233; &#233;tait davantage consid&#233;r&#233;e ? Devant une certaine fragilit&#233; &#224; la fois de la th&#233;orisation et de la repr&#233;sentation de l'activit&#233; graphique des enfants, ainsi que de ses enjeux artistiques, il faut interroger les id&#233;aux du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : les talents cr&#233;ateurs de l'enfant et son expression par le dessin ont &#233;t&#233; enserr&#233;es tant dans des th&#233;ories antinomiques que dans un chantier lacunaire. La p&#233;dagogue &#201;lise Freinet peut servir de guide dans cette qu&#234;te, car sa p&#233;dagogie, g&#233;n&#233;reuse et argument&#233;e, utile aux praticiens, se fonde, elle encore, sur une repr&#233;sentation naturaliste et, lointainement rousseauiste et romantique, de la cr&#233;ation enfantine. Devons-nous nous r&#233;signer &#224; cong&#233;dier tous les espoirs de cette p&#233;dagogie, qui se voulait centr&#233;e sur l'enfant, en nous repliant sur une conception plus restrictive et plus norm&#233;e des apprentissages ? Un &#233;pisode ant&#233;rieur de l'histoire du dessin enfantin, qui a fait se rencontrer en partie par hasard un historien de l'art et un p&#233;dagogue, peut nous guider vers un d&#233;passement de l'alternative qui bloque la compr&#233;hension de cette activit&#233; de l'enfant. Il s'agit de la rencontre entre Aby Warburg, auteur notamment de l'&lt;i&gt;Atlas de Mn&#233;mosyne&lt;/i&gt;, et un p&#233;dagogue peu connu en France, bien qu'il soit d'une grande importance pour l'&#233;tude du dessin d'enfant, Earl Barnes. Ce dernier, dans le sillage des pionniers de la psychologie g&#233;n&#233;tique outre-Atlantique, a r&#233;alis&#233; des enqu&#234;tes qui ont permis &#224; Warburg de penser, au-del&#224; du dessin, le rapport de l'enfant &#224; la culture, et au processus cr&#233;atif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;1. Au &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;XXI&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;si&#232;cle, la r&#233;gression des activit&#233;s artistiques dans une p&#233;dagogie confuse&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation artistique et le dessin font-ils les frais de la p&#233;dagogie du XXI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ? La consultation des textes officiels relatifs &#224; la maternelle est &#224; cet &#233;gard tr&#232;s int&#233;ressante. Relever des mots-cl&#233;s dans les recommandations concernant la maternelle et le cours &#233;l&#233;mentaire (ci-dessous entre guillemets) &#233;vite de se perdre dans la complexit&#233; de ces textes, que leur mise en ligne tend &#224; amplifier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;education.gouv.fr, Programme d'enseignement de l'&#233;cole maternelle ; Bulletin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#171; objectifs vis&#233;s &#187; et les &#171; &#233;l&#233;ments de progressivit&#233; &#187; mentionn&#233;s sur &lt;i&gt;Eduscol&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;duscol, cycle I, 3., d'apre&#768;s le Bulletin officiel n&#176; 25 du 24-6-2021.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est dit que &#171; les activit&#233;s artistiques et culturelles &#187; dans le domaine des &#171; arts du visuel &#187; (peinture, sculpture, dessin, photographie, cin&#233;ma, bande dessin&#233;e, arts graphiques, arts num&#233;riques) doivent d&#233;velopper pour tous &#171; le go&#251;t pour les pratiques artistiques, le dessin libre et collectif, l'exp&#233;rimentation des mat&#233;riaux et techniques &#187;. Appara&#238;t aussi l'&#233;ducation &#224; l'image, pour &#171; distinguer le r&#233;el de la repr&#233;sentation &#187;, porter un &#171; regard critique sur la multitude d'images &#187;. En pratique il est recommand&#233; de recourir &#224; la &#171; situation probl&#232;me &#187;, de pr&#233;senter une consigne comme probl&#232;me &#224; r&#233;soudre, pour appr&#233;hender artistes et illustrateurs comme r&#233;solveurs de ces m&#234;mes probl&#232;mes. Le &#171; graphisme d&#233;coratif &#187; (utile pour l'&#233;criture) m&#232;ne &#224; la comparaison de &#171; traditions culturelles et d'&#233;poques vari&#233;es &#187;, pour &#171; accepter la diversit&#233; et lutter contre les st&#233;r&#233;otypes &#187;, &#171; mettre des mots &#187; sur les &#233;motions &#233;prouv&#233;es, les &#171; exprimer &#187;, &#171; pratiquer le langage autour du dessin &#187;, les &#171; dominer et les mutualiser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cadrage en lui-m&#234;me n'est pas trop contraignant pour un enseignant. Heureusement, car l'impression g&#233;n&#233;rale qui se d&#233;gage des textes officiels est une instrumentalisation des arts au service d'une conception assez normative du d&#233;veloppement et de la socialisation. Dans une r&#233;f&#233;rence implicite aux travaux de psychologie cognitive, l'enfant est invit&#233; &#224; contr&#244;ler ses affects. L'expression verbale autour du dessin qui fut pratiqu&#233;e par &#201;lise Freinet et, dans le cadre des cures d'enfants, par la psychanalyste M&#233;lanie Klein, est ici d&#233;tourn&#233;e de son but initial qui &#233;tait de porter au jour la subjectivit&#233;. Le recours &#224; la &#171; situation probl&#232;me &#187; vient de la psychologie exp&#233;rimentale et est une pr&#233;conisation g&#233;n&#233;rale pour toute mati&#232;re d'enseignement. Enfin, la &#171; progressivit&#233; &#187; consiste &#224; conserver des traces de l'activit&#233; pour d&#233;celer les progr&#232;s, dans une d&#233;marche qui pr&#233;figure l'usage du &lt;i&gt;portfolio&lt;/i&gt; pour attester des comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans poursuivre l'analyse de ces &#233;l&#233;ments, on peut y percevoir les contours d'un comportement id&#233;al, d'un &#233;l&#232;ve qui deviendra, de mani&#232;re &#233;galitaire, consommateur culturel, capable de r&#233;aliser des projets, familier des nombreux supports visuels jusqu'au num&#233;rique, ce que renforce l'expression d'arts &#171; visuels &#187;, pour tenir compte de la diversit&#233; des supports et de l'apparition du num&#233;rique. Sur le plan moral, diversit&#233; et st&#233;r&#233;otypes orientent les arts vers une sorte d'&#233;dification, d'entra&#238;nement aux valeurs d&#233;mocratiques ou esp&#233;r&#233;es telles. C'est ainsi qu'au nom du respect de l'individualit&#233;, un traitement applicable en masse menace d'&#233;touffer subjectivit&#233;s et singularit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ajoutent &#224; ce tableau des probl&#232;mes d'ordre pratique. Une r&#233;forme des rythmes scolaires, en 2013, est due au minist&#232;re de Vincent Peillon, motiv&#233;e par une suppos&#233;e inad&#233;quation des emplois du temps aux rythmes biologiques ainsi que par l'in&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux activit&#233;s culturelles, r&#233;put&#233;es indispensables de mani&#232;re assez incantatoire. Des activit&#233;s p&#233;riscolaires ont donc lieu dans les lieux scolaires, encadrant l'emploi du temps proprement dit. Malheureusement, l'occupation dite &#171; papier-crayon &#187; s'est amplifi&#233;e &#224; la faveur de l'impr&#233;cision du cadre, sous des appellations telles que TEP : temps d'activit&#233; p&#233;riscolaire, PEDT : projet &#233;ducatif territorial qui &#171; associe &#224; la collectivit&#233; territoriale l'ensemble des acteurs intervenant dans le domaine de l'&#233;ducation (associations, institutions culturelles et sportives, etc.) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;https://www.vie-publique.fr/eclairage/21871-4-ou-45-jours-activites-periscolaire&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour finir, les enseignants se trouvent d&#233;poss&#233;d&#233;s d'une partie de leurs t&#226;ches, r&#233;put&#233;es accomplies par le p&#233;riscolaire&#8230; &#224; commencer par l'activit&#233; du dessin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corr&#233;lativement, des pratiques subsistantes, qui poursuivent un id&#233;al de libre expression et d'&#233;panouissement encore pr&#233;sent dans la culture des enseignants, ne sont plus soutenues par une doctrine officielle, et sont vou&#233;es &#224; perp&#233;tuer l'h&#233;ritage du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle comme un souvenir de plus en plus vague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions on peut se demander si l'art enfantin est vou&#233; &#224; aller de Charybde en Scylla, pour reprendre l'expression de Freud ; &#224; osciller entre un laisser-faire aux objectifs vagues et des recommandations qui asservissent les arts aux apprentissages mesurables ou au &lt;i&gt;d&#233;veloppement personnel, &lt;/i&gt;en les rel&#233;guant toutefois en marge&lt;i&gt; &lt;/i&gt; ? Les &#171; id&#233;es modernes &#187; du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle m&#233;ritent qu'on leur rende justice, en discernant aussi leurs limites et les obscurit&#233;s qui demeurent dans leur h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;2. Le moment &#201;lise Freinet&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre d'&#201;lise Freinet peut &#234;tre rattach&#233;e au vaste mouvement de l'&#201;ducation nouvelle, n&#233;buleuse intellectuelle d'exp&#233;rimentations plut&#244;t que doctrine structur&#233;e, au milieu de laquelle les Freinet ont conserv&#233; leur d&#233;marche propre. C&#233;lestin Freinet lui-m&#234;me s'est rendu au Congr&#232;s de Calais en 1921, consid&#233;r&#233; comme le moment qui a cristallis&#233; la rencontre de diff&#233;rents apports h&#233;t&#233;rog&#232;nes, qui vont des &#201;coles nouvelles anglo-saxonnes &#224; la p&#233;dagogie exp&#233;rimentale inspir&#233;e de la psychologie, b&#233;n&#233;ficiant m&#234;me des apports de la th&#233;osophie. Cette histoire ayant &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e par ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Annick Ohayon, Dominique Ottavi, Antoine Savoye, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, rappelons simplement des points saillants qui justifient l'id&#233;e de nouveaut&#233;, dans le contexte du d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : la p&#233;dagogie tend &#224; mettre au centre de l'&#233;ducation l'enfant plut&#244;t que le programme ou l'id&#233;al des adultes. Pour cela, elle doit s'aider des sciences et notamment de la psychologie, afin de faire place &#224; l'activit&#233; au lieu d'imposer du dehors, par l'autorit&#233;, des exigences et des connaissances. &#171; Mettre l'enfant au centre du processus &#233;ducatif &#187; est une formule due au psychologue suisse &#201;douard Clapar&#232;de, qui entendait mettre ainsi des mots sur ce qu'il consid&#233;rait comme une r&#233;volution copernicienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dominique Ottavi, &#171; La &#171; r&#233;volution copernicienne &#187; de la p&#233;dagogie &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couple Freinet se rattache donc, avec quelque distance, &#224; ce mouvement. C&#233;lestin Freinet a d&#233;velopp&#233; des &#171; techniques &#187; qui laissent une large place &#224; l'autorit&#233; de l'adulte, mais qui visent l'autonomie de l'enfant. L'&#233;mancipation politique du futur adulte en est le but, notion autour de laquelle ont surgi des conflits &#224; la fois avec son Minist&#232;re et avec le Parti communiste&#8230; Quant &#224; son &#233;pouse, &#201;lise, elle a poursuivi sa r&#233;flexion originale sur l'art enfantin. Leurs &#233;crits et les militants de l'ICEM, Institut Coop&#233;ratif de l'&#201;cole Moderne, ont laiss&#233; une empreinte longtemps sensible dans l'identit&#233; professionnelle des enseignants d'&#233;cole primaire et maternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le &#171; dessin libre &#187;, terme explicit&#233; en particulier dans une brochure de l'ICEM en 1938&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;lise Freinet, Le dessin libre, ICEM, Brochures de l'&#233;ducation nouvelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#201;. Freinet voulait d&#233;velopper la capacit&#233; d'expression en g&#233;n&#233;ral : c'est pourquoi elle attachait de l'importance &#224; la parole des enfants autour de leur dessin ; elle consid&#233;rait d'ailleurs que le dessin &#233;tait termin&#233; quand l'enfant le d&#233;clarait tel. Cette expression globale, non soumise &#224; &#233;valuation, et encourag&#233;e par l'observation, devait permettre &#224; ses &#233;l&#232;ves de donner de la valeur &#224; leur vie, &#224; leur exp&#233;rience, &#224; leur milieu. D'o&#249;, sa critique de l'&#233;cole traditionnelle, dont la p&#233;dagogie directive contient l'activit&#233; dans des consignes, limite les buts de l'activit&#233;, et, surtout, rel&#232;gue dans l'ombre les pr&#233;occupations de l'enfant, ainsi que le milieu qui l'a form&#233; en amont, au risque de priver de sens l'instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il faut se garder d'interpr&#233;ter comme du laxisme des formules telles que : &#171; L'enfant dessinera ce qui lui pla&#238;t et quand il lui pla&#238;t &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;lise Freinet, Le dessin libre, ibid., p.1.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La libert&#233; dans la forme p&#233;dagogique est une r&#233;ponse &#224; l'hypoth&#232;se d'une r&#233;pression ant&#233;rieure et d'une normalisation excessive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que faut-il attendre de l' &#171; expression &#187; ? N'est-ce pas un terme passe-partout peu d&#233;fini qui peut contenir aussi bien l'expression artistique que la communication de messages du quotidien, au risque de manquer de rigueur ? Replac&#233;e dans la pens&#233;e des Freinet, l'expression se rattache &#224; l'autonomie intellectuelle, &#224; la capacit&#233; de r&#233;sister &#224; l'id&#233;ologie comme &#224; la propagande en parlant en son nom propre. En ce sens, permettre aux enfants de s'exprimer et les en rendre capables, anticipe sur la prise de parole et l'initiative des classes populaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xavier Riondet, &#171; &#338;uvre conjugu&#233;e et division du travail au sein d'un couple (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#201;lise Freinet avoue honn&#234;tement attacher le plus d'importance &#224; l'expression permise par l'attrait du dessin et de la peinture, et consid&#233;rer que la valeur intrins&#232;que du r&#233;sultat passe apr&#232;s : elle ne souhaitait pas d&#233;celer les futurs g&#233;nies dans sa classe. Mais elle ne voulait pas non plus instrumentaliser cette activit&#233; au service de comp&#233;tences, de la maximisation des capacit&#233;s d'apprentissage ; elle ne &#171; trichait &#187; donc pas en r&#233;duisant le dessin &#224; un moyen, par exemple, en vue de l'&#233;criture. Pour r&#233;sumer son point de vue, on peut dire qu'elle privil&#233;giait la libert&#233; d'expression, en faisant place &#224; la spontan&#233;it&#233; et au plaisir, et en cherchant &#224; conna&#238;tre l'enfant par sa premi&#232;re &#233;ducation, son milieu, sa famille, sans jugement selon le devoir-&#234;tre des normes scolaires, voire, selon les psychologies du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a des mots assez durs pour critiquer les &#171; sp&#233;cialistes &#224; lorgnons &#187;, parmi lesquels sans doute Jean Piaget avec ses concepts d'&#233;gocentrisme, de syncr&#233;tisme, ou les psychanalystes qui traquent la sexualit&#233;&#8230; Pour elle, il n'est pas bon que l'enfant devienne un sujet d'&#233;tude dans la p&#233;dagogie, et c'est avec le simple bon sens qu'il faut respecter les activit&#233;s agr&#233;ables comme peuvent l'&#234;tre le dessin, le chant, le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lise Freinet s'est m&#233;fi&#233;e des disciplines en plein essor depuis le d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la psychologie de l'enfant, la psychologie du d&#233;veloppement, la psychologie g&#233;n&#233;tique, et a pris ses distances avec leur l&#233;gitimation scientifique. Elle a per&#231;u la tendance &#224; r&#233;duire le dessin &#224; une trace de l'activit&#233;, trace disponible pour l'&#233;valuation, la mesure, ou interpr&#233;t&#233;e comme sympt&#244;me, st&#233;r&#233;otype, etc. au d&#233;triment d'un plaisir dont l'&#233;cole ne sait que faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, et sans doute &#224; son insu, son raisonnement est retomb&#233; dans certaines orni&#232;res dues &#224; cette psychologie. La psychologie g&#233;n&#233;tique, connue principalement par les fameux stades de Piaget, est &#224; l'origine une psychologie &#233;volutionniste, qu'on peut dire lamarckienne ; beaucoup de ses fondateurs ont accept&#233; la th&#233;orie dite de la r&#233;capitulation, selon laquelle l'ontogen&#232;se r&#233;p&#232;te la phylogen&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le jeune organisme depuis le stade embryonnaire repasse par les stades de l'&#233;volution de son esp&#232;ce, garde la m&#233;moire de ses anc&#234;tres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette th&#233;orie fut tr&#232;s partag&#233;e jusqu'&#224; ce que les m&#233;canismes de l'h&#233;r&#233;dit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'id&#233;e, venue de l'embryologie, a pu &#234;tre appliqu&#233;e en psychologie de l'intelligence : Jean Piaget lui-m&#234;me a eu recours &#224; une forme de th&#233;orie de la r&#233;capitulation dans l'interpr&#233;tation de ses exp&#233;riences : les enfants reproduiraient dans leur d&#233;veloppement intellectuel le parcours des d&#233;couvertes de l'humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Piaget s'inspirait &#224; la fois de la biologie &#233;volutionniste et de l'histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'id&#233;e s'est &#233;tendue &#224; l'anthropologie, en pla&#231;ant le d&#233;veloppement des civilisations dans le prolongement de l'&#233;volution biologique. Elle s'est en fait trouv&#233;e int&#233;gr&#233;e &#224; toutes sortes de domaines &#224; chaque fois qu'il est question d'une &#171; &#233;volution &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Quentel a montr&#233; l'emprise exerc&#233;e par ce sch&#233;ma de pens&#233;e sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au risque d'une certaine contradiction, alors qu'elle veut privil&#233;gier bon sens et exp&#233;rience, &#201;lise Freinet, supposant un &#233;lan vital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri-Louis Go, &#171; &#201;lise Freinet, une p&#233;dagogie de l'art enfantin &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; l'&#339;uvre chez l'enfant laiss&#233; libre d'exprimer sa spontan&#233;it&#233; naturelle, n'h&#233;site pas &#224; confondre enfant et artiste dans une m&#234;me primitivit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'&#233;tude de cette notion dans Philippe Dagen, Primitivismes, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ainsi qu'on peut trouver dans &lt;i&gt;Le dessin libre&lt;/i&gt; en 1938 cette formulation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Art moderne marqu&#233; des outrances du surr&#233;alisme mais qui en &#233;vita les dangers, lib&#233;ra dans une certaine mesure les appr&#233;hensions du conformisme intellectuel [&#8230;] l'&#201;cole de Paris, jeune et chantante et dans une certaine mesure, na&#239;ve et enthousiaste &#224; l'image des dessins d'enfants, imposa ses audaces au monde entier. Sans pr&#233;tention d'ailleurs, Chagall ne reconna&#238;t-il pas qu'il puise ses inspirations prodigieuses dans les dessins de sa propre enfant, ce qui peut &#234;tre soit dit en passant, pourra donner une le&#231;on de modestie &#224; ceux qui se reconnaissent le devoir de corriger les &#339;uvres de leurs propres &#233;l&#232;ves et qui se prennent pour censeurs perp&#233;tuels de la ligne. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;lise Freinet, M. Davau, Le dessin libre, Brochures de l'&#201;ducation nouvelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'authenticit&#233;, pour &#201;. Freinet, s'efface quand l'histoire produit des savoirs r&#233;put&#233;s fig&#233;s, dont la transmission se fait normative. La contestation des normes scolaires peut alors entrer en synergie avec l'art moderne et sa r&#233;volte contre l'autorit&#233; dans la contestation des normes acad&#233;miques. C'est &#224; juste titre qu'elle rappelle le rapprochement effectu&#233; par les artistes eux-m&#234;mes entre leur d&#233;marche et celle de l'enfant : Picasso pr&#233;tendait d&#233;sapprendre les techniques acad&#233;miques qu'il avait ma&#238;tris&#233; tr&#232;s jeune, le privant de sa propre expression enfantine, &#171; J'ai mis toute ma vie &#224; savoir dessiner comme un enfant &#187;, disait-il. Van Gogh, quant &#224; lui, symbolise la marginalit&#233; de l'artiste qui ob&#233;it &#224; sa propre inspiration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Pernoud, et Jonathan Fineberg ed., Discovering Child Art, Essays on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant &#224; elle, elle consid&#232;re les peintres abstraits de l'&#201;cole de Paris, comme les derniers exemples de ce retour cr&#233;atif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut comprendre que dans cette forme de primitivisme, &#201;lise Freinet a trouv&#233; un soutien pour sa vision de l'&#233;mancipation &#224; la fois politique et p&#233;dagogique : l'enfant encourag&#233; &#224; s'exprimer &#224; l'&#233;cole pour r&#233;sister plus tard aux pouvoirs ill&#233;gitimes, comme l'artiste moderne, a su se lib&#233;rer d'un carcan normatif et figuratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une image, un dessin d'enfant reproduit dans le premier num&#233;ro d'Art&lt;i&gt; enfantin&lt;/i&gt;, r&#233;sume bien cette position&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;lise Freinet, &#171; simplicit&#233; de la vocation artistique &#187;, Art enfantin, n&#176;1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : on y voit une figure r&#233;alis&#233;e par un enfant au crayon rouge, recouvrant le texte imprim&#233; dont l'auteur est &#201;lise Freinet. Elle peut r&#233;sumer une difficult&#233; inh&#233;rente &#224; la pens&#233;e &#233;ducative moderne : la g&#233;n&#233;rosit&#233; et la s&#233;duction de la centration sur l'enfant se lisent dans cette image. La valeur du dessin est attest&#233;e par les caract&#232;res d'imprimerie, noirs, qui contrastent mais lui font place. Cependant, le recouvrement ne sugg&#232;re-t-il pas aussi une rupture volontaire avec le pass&#233;, et enfin, un certain d&#233;ni du r&#244;le de l'adulte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des reproches que l'on peut adresser &#224; cette construction intellectuelle est qu'en attribuant la cr&#233;ation moderne comme la cr&#233;ation de l'enfant &#224; l'&#233;lan vital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Emmanuel Pernoud, op.cit.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; on r&#233;duit finalement au silence dans les deux cas le r&#244;le de la culture. La p&#233;dagogie alors ne risque-t-elle pas la rupture de la transmission, l'abandon de l'adulte, avec les meilleures intentions ? Et si cette culture &#233;tait malgr&#233; tout &#224; l'&#339;uvre chez l'enfant &#233;galement, mais sous une autre forme que chez l'artiste adulte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle hypoth&#232;se est permise par un travail, pourtant plus ancien, effectu&#233; par l'historien d'art Aby Warburg. Il a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233; par une rencontre fort improbable avec les psychologues de l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;3. Aby Warburg et Earl Barnes&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Dans quelles circonstances Aby Warburg est-il entr&#233; en contact avec la psychologie de l'enfant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1923, Warburg, psychiquement malade mais en cours de r&#233;mission, donne une conf&#233;rence dans la clinique o&#249; il est soign&#233; par Binswanger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ludwig Binswanger, Aby Warburg, La gu&#233;rison infinie. Histoire clinique d'Aby (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; il relate un voyage en Arizona qui remonte &#224; 1895 et 1896, motiv&#233;, au d&#233;part, par des raisons familiales. S'y est greff&#233; le projet d'&#233;tudier la culture des Indiens Pueblos, dont les spectaculaires c&#233;r&#233;monies autour du serpent survivent &#224; l'acculturation occidentale. Warburg en &#233;voquant ce souvenir a rattach&#233; ce rite &#224; d'autres cultes g&#233;ographiquement &#233;loign&#233;s mais mettant en sc&#232;ne le serpent, comme celui d'Asklepios. L'ouvrage &lt;i&gt;Le rituel du serpent&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aby Warburg, Benedetta Cestelli Guidi, Fritz Saxl, Joseph Leo Koerner, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; permet d'appr&#233;hender en d&#233;tail cet &#233;pisode et l'importance qu'il rev&#234;t dans la qu&#234;te de Warburg, concernant la signification des formes et leur transmission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Warburg, cherchant l'intelligibilit&#233; de la convergence des formes et de l'universalit&#233; du symbole, a &#233;voqu&#233;, avec un point d'interrogation, la notion d'&#233;volution et la th&#233;orie de la r&#233;capitulation, qui l'aide ici &#224; formuler le probl&#232;me de la permanence des formes dans une m&#233;moire qui transcende les g&#233;n&#233;rations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans quelle mesure la vision pa&#239;enne du monde, telle qu'elle existe encore chez les indiens Pueblos, nous fournit-elle un crit&#232;re de l'&#233;volution qui conduit du primitif pa&#239;en &#224; l'homme moderne, en passant par l'homme pa&#239;en de l'Antiquit&#233; classique ? &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rituel du serpent, Ibid., p.61.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le cadre de son investigation sur les formes esth&#233;tiques et symboliques que Warburg s'est int&#233;ress&#233; au dessin des enfants, stimul&#233; par la rencontre, &#224; l'occasion de son voyage, d'Earl Barnes, l'un des premiers sp&#233;cialistes du dessin d'enfant. Ce savant est repr&#233;sentatif de la nouvelle psychologie am&#233;ricaine qui s'imposait alors dans les universit&#233;s, souvent en relation avec les &#233;tudes p&#233;dagogiques. Son authentique apport &#224; la r&#233;flexion et &#224; la documentation de Warburg est rest&#233; dans l'ombre, la revue &lt;i&gt;Gradhiva &lt;/i&gt;ayant toutefois rendu sa place l&#233;gitime &#224; cet &#233;pisode&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dossier &#171; Arts de l'enfance, enfance de l'art &#187;, Gradhiva, 2009, 9.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Earl Barnes (1861-1935), professeur d'&#233;ducation &#224; l'universit&#233; de Stanford en Californie, se situe dans le courant de la psychologie &#233;volutionniste de l'enfant fond&#233; par Granville Stanley Hall (18441924) ; ce dernier s'est illustr&#233; comme d&#233;couvreur des probl&#232;mes de l'adolescence, et comme fondateur de la psychologie g&#233;n&#233;tique, avant les stades de d&#233;veloppement de Jean Piaget. Sur le plan &#233;pist&#233;mologique, G.S. Hall pr&#233;conisait l'observation, mais aussi le recueil de donn&#233;es &#224; grande &#233;chelle &#224; travers des enqu&#234;tes par questionnaire. L'une des premi&#232;res &#224; avoir fait forte impression s'intitule &#171; Contents of Children's Mind &#187;, et est parue dans la revue &lt;i&gt;Pedagogical Seminary&lt;/i&gt; en 1893. Il s'agissait d'atteindre par des questions appropri&#233;es le contenu &#171; de l'esprit enfantin &#187; qui se voyait ainsi reconnu avec son originalit&#233; propre. Hall consid&#233;rait que l'enfant r&#233;sume l'histoire dans ses &#233;tapes de d&#233;veloppement, l'ontogen&#232;se r&#233;sumant la phylogen&#232;se, et que son &#233;tude psychologique pouvait donc renseigner dans une certaine mesure sur l'&#233;volution intellectuelle de l'humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Granville Stanley Hall, &#171; Notes on the Study of infants &#187;, Pedagogical (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re que Hall utilisait ses questionnaires, Barnes a fait du dessin un outil documentaire pour la &lt;i&gt;Child Study &lt;/i&gt; ; il a ins&#233;r&#233; dans ses &lt;i&gt;&#201;tudes sur l'&#233;ducation&lt;/i&gt; une traduction partielle de Corrado Ricci, l'historien d'art pionnier de l'&#233;tude du dessin enfantin, texte repris dans le dossier de &lt;i&gt;Gradhiva&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barnes, E. (1896-1897) (2012), Studies in education a serie of ten numbers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, davantage qu'une interrogation sur la sp&#233;cificit&#233; du dessin enfantin par rapport &#224; la cr&#233;ation artistique, c'est un int&#233;r&#234;t pour la gen&#232;se des signes et leur progression historique qui l'anime, ainsi que pour les cons&#233;quences de l'&#233;ducation sur la capacit&#233; d'expression originelle des enfants. Il y a, pour lui, dans leur dessin, une force d'invention qui dispara&#238;t d&#232;s qu'un acad&#233;misme s'installe dans une forme transmise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soucieux d'articuler psychologie et p&#233;dagogie, Barnes a enqu&#234;t&#233; dans les &#233;coles et r&#233;uni une impressionnante collection de dessins, notamment r&#233;alis&#233;s autour d'un conte, Jean-nez-en-l'air, qu'il serait plus exact de traduire par &#171; Jean qui regarde en l'air &#187;. Comme le note Frank Beuvier, les illustrations du conte d'origine allemande, &#8220;Hans-Guck-in-die-Luft&#8221;, tir&#233; du recueil &#224; succ&#232;s &lt;i&gt;Der &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Struwwelpeter&lt;/i&gt; (&#8220;Pierre l'&#233;bouriff&#233;&#8221;) d'Heinrich Hoffmann, ont connu une fortune particuli&#232;re dans les expositions de dessin d'enfants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Frank Beuvier, &#171; Le dessin d'enfant expose&#769;, 1890-1915 &#187;, dans Gradhiva : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui ont magnifi&#233; ce nouvel objet, et amplifi&#233; le mouvement de collecte. &#8220;The Story of Johnny Look-in-the-air&#8221;, l'histoire de &#8220;Jean-nez-en- l'air&#8221;, raconte l'histoire d'un gar&#231;on qui entame une errance imprudente au sortir de l'&#233;cole, sous un ciel mena&#231;ant. Il fait une chute dans un &#233;tang suite &#224; son &#233;tourderie (il suit un chien), manque de se noyer et est sauv&#233; par un homme tr&#232;s fort qui passait par l&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Earl Barnes, &#171; A study of Children's drawings &#187;, Pedagogical Seminary, vol. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme pour les questions pos&#233;es dans l'enqu&#234;te de Hall, on pourrait s'&#233;tonner du fait qu'il ne peut s'agir dans ce contexte de libre expression. En effet, l'approche est comparative, en particulier selon l'&#226;ge, il faut donc un th&#232;me unique et une grande quantit&#233; de r&#233;ponses d'o&#249; &#233;mergent des diff&#233;rences dans l'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les milliers de dessins qu'il recueillait, Barnes cherchait la r&#233;capitulation de la conqu&#234;te du signe par l'humanit&#233; puis de l'&#233;criture. C'est ainsi qu'il a pu rapprocher certains dessins de sa collection des hi&#233;roglyphes &#233;gyptiens, y voyant une &#233;tape vers les signes plus abstraits de l'&#233;criture alphab&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'usage de pictogrammes par am&#233;rindiens n'a pu que le conforter dans cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les enfants ont en effet parfois produit des pictogrammes, des images qui supportent un r&#233;cit plus qu'elles ne repr&#233;sentent de mani&#232;re r&#233;aliste, proc&#233;d&#233; qui existe dans les cultures am&#233;rindiennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Johnny-look-in&#8211;the-air by a boy of nine, shows &#171; a tendency to use a sign (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les analyses de Barnes ont-elles mis Warburg sur la piste d'une r&#233;&#233;dition de l'exp&#233;rience aupr&#232;s d'enfants autochtones ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir rencontr&#233; Earl Barnes en 1896, Aby Warburg s'est inspir&#233; de l'enqu&#234;te sur l'illustration de &#8220;Jean-nez-en-l'air&#8221;, pour proposer aux &#233;coliers de Keam's Canyon en Arizona&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aby Warburg, Benedetta Cestelli Guidi, Fritz Saxl, Joseph Leo Koerner, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'illustrer cette histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Documents int&#233;gr&#233;s &#224; l'Atlas de Mn&#233;mosyne d'Aby Warburg.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit d'enfants Hopi scolaris&#233;s et accultur&#233;s &#224; la civilisation occidentale : il &#233;tait donc d'embl&#233;e impossible d'attendre une manifestation de l'int&#233;grit&#233; de leur culture originelle, qu'elle soit consid&#233;r&#233;e comme primitive ou pas... Il est n&#233;anmoins int&#233;ressant de comparer l'illustration du m&#234;me moment du conte par les &#233;l&#232;ves de Barnes et par les Indiens : les premiers repr&#233;sentent l'enfant qui regarde en l'air, et les seconds se focalisent sur le ciel et son &#233;tat. Pourquoi ? Cette illustration du conte allemand pr&#233;c&#233;demment effectu&#233;e par les &#233;coliers de Barnes a permis &#224; Warburg de d&#233;celer chez ces enfants Hopi une &lt;i&gt;survivance&lt;/i&gt; dans leur choix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Georges Didi-Huberman, L'image survivante, histoire de l'art et temps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au d&#233;but de l'histoire de Jean-nez-en l'air, le gar&#231;on sort de l'&#233;cole sous un ciel orageux qu'il contemple sans regarder autour de lui, d&#233;but de ses imprudences. Pour figurer cette sc&#232;ne, ils retournent vers l'iconographie du rituel du serpent. En effet, dans la d&#233;coration provisoire qui sert de cadre &#224; la c&#233;r&#233;monie, des serpents-&#233;clairs sont figur&#233;s, tombant du ciel nuageux. C'est cette m&#234;me figure que l'on retrouve dans certains de leurs dessins, bien qu'ils illustrent la sortie de l'&#233;cole du h&#233;ros. Chez Warburg, en &#233;cho aux pr&#233;occupations de Barnes mais dans le cadre d'une th&#233;orie fort diff&#233;rente, ces &#233;clairs renvoient &#224; la permanence d'une image qui a d&#233;j&#224; le statut de signe et dont le r&#233;f&#233;rent est le mythe toujours pr&#233;sent, forme disponible pour figurer l'orage dans le contexte d'un r&#233;cit qui, bien qu'import&#233; d'Europe, confronte l'enfant &#224; l'&#233;l&#233;ment aquatique et &#224; la pluie, objets du rituel du serpent en Arizona...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence de l'enqu&#234;te de Barnes, l'observation de Warburg ne renvoie pas &#224; l'&#233;volution biologique et psychologique prolong&#233;e par des inventions telles que l'&#233;criture. Elle met en &#233;vidence, plus que le progr&#232;s de l'expression des enfants, leur processus d'entr&#233;e dans la culture. Les enfants Hopis int&#232;grent l'univers symbolique et religieux de leur peuple par des formes qu'ils reprennent spontan&#233;ment, la consigne leur en ayant donn&#233; le pr&#233;texte. On pourrait certainement prolonger cette r&#233;flexion du point de vue de la th&#233;orie de la m&#233;diation, en d&#233;pla&#231;ant les termes dans lesquels on a pens&#233; l'activit&#233; graphique des enfants en la supposant artistique. De ce point de vue, on pourrait consid&#233;rer que les enfants Hopis t&#233;moignent d'une impr&#233;gnation de formes et de significations culturelles, par lesquelles ils s'expriment en reprenant une forme typique qui t&#233;moigne de leur positionnement dans le monde davantage que d'une individualit&#233; suppos&#233;e en d&#233;veloppement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Quentel, op.cit., p.20.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#233;dagogies modernes centr&#233;es sur l'enfant ont voulu baser l'apprentissage sur le d&#233;veloppement individuel et psychologique ; c'est encore la conception de l'activit&#233; qui a conduit &#201;lise Freinet &#224; voir dans l'artiste contemporain l'enfance retrouv&#233;e, et dans l'enfant le cr&#233;ateur spontan&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait aussi r&#233;viser la notion de st&#233;r&#233;otype appliqu&#233;e aux dessins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais avec Warburg, l'enjeu n'est plus tant l'expression que la m&#233;moire : une m&#233;moire des formes qui peut s'exercer pr&#233;cocement, qui fait aussi partie du d&#233;veloppement intellectuel et psychologique des enfants parce qu'ils s'impr&#232;gnent de la culture. Ils participent de la &#171; vie des formes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reprenons la formulation d'Henri Focillon.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que l'artiste prolonge &#224; sa fa&#231;on. Les illustrations des jeunes Hopis montrent l'autonomie des images qui ne &#171; collent &#187; pas &#224; une narration, mais manifestent un r&#233;seau de significations sous-jacentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il fallait imaginer des cons&#233;quences pratiques pour l'&#233;ducation de ce changement de point de vue, on pourrait s'appuyer sur le contraste entre les propos d'&#201;lise Freinet, pour qui l'art, depuis les cavernes, chante la &#171; surabondance de la vie &#187; prolong&#233;e par l'expression enfantine, et l'alternative avanc&#233;e par l'ethnologue Daniel Fabre, sur Lascaux justement (il est vrai qu'&#201;lise Freinet ne pouvait avoir de recul par rapport au choc de la d&#233;couverte de Lascaux). S'int&#233;ressant au processus de la d&#233;couverte lui-m&#234;me, Fabre &#233;voque la r&#233;currence d'un &#233;l&#233;ment structurel qui resurgit dans les annales relatant des d&#233;couvertes de l'art pr&#233;historique : les enfants &lt;i&gt;voient&lt;/i&gt; ; &#171; Les enfants qui voient, les adultes qui traduisent, transposent, et domestiquent la vision dans le champ du savoir et de l'institution et enfin l'art lui-m&#234;me, incarn&#233; dans ces images faites de main d'homme r&#233;v&#233;l&#233;es au creux de la terre &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Fabre, Bataille &#224; Lascaux comment l'art pr&#233;historique apparut aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Warburg, &#224; la diff&#233;rence de Barnes qui cherchait l'&#233;volution des signes, a d&#233;couvert dans les dessins &#171; l'enfant qui voit &#187;, et conna&#238;t le sacr&#233;. Cette activit&#233; de pens&#233;e par les formes, premi&#232;re plut&#244;t que primitive, a &#233;t&#233; recouverte par une nature enfantine mythique construite par la psychologie o&#249; l'enfant est somm&#233; de manifester son d&#233;veloppement, d'exprimer, de traduire, de repr&#233;senter. Ce que voient les enfants les entra&#238;ne du c&#244;t&#233; de la m&#233;moire que portent les images, irr&#233;ductibles aux conditions particuli&#232;res qui les ont faits na&#238;tre, mais habit&#233;es par la culture.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Barnes, Earl, &#171; A study of Children's drawings &#187;, &lt;i&gt;Pedagogical Seminary&lt;/i&gt;, vol. II, jul.,1892, p.455-463.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barnes, Earl, &lt;i&gt;Studies in education a serie of ten numbers devoted to child study and the history of education&lt;/i&gt;. Reprint Memphis : General Books, LLC TM, USA, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beuvier, Frank, &#171; Le dessin d'enfant expose&#769;, 1890-1915 &#187;, &lt;i&gt;Gradhiva &lt;/i&gt; : revue d'histoire et d'archives de l'anthropologie, Muse&#769;e du quai Branly, 2009, 9, Arts de l'enfance, enfances de l'art, p. 102-125.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Binswanger, Ludwig ; Warburg, Aby, &lt;i&gt;La gu&#233;rison infinie. Histoire clinique d'Aby Warburg, Paris, &lt;/i&gt;Rivages, coll. 'Petite Biblioth&#232;que &#187;, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condette, Jean-Fran&#231;ois ; Savoye, Antoine, &#171; Une &#233;ducation pour une &#232;re nouvelle : le congr&#232;s international d'&#233;ducation de Calais (1921) &#187;, dans &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-les-etudes-sociales.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les &#201;tudes Sociales&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-les-etudes-sociales-2016-1.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2016/1 (n&#176; 163)&lt;/a&gt;, p. 43-77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dagen, Philippe, &lt;i&gt;Primitivismes : une invention moderne&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard, 2019. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Didi-Huberman, Georges, &lt;i&gt;L'image survivante, histoire de l'art et temps des fant&#244;mes selon Aby Warburg&lt;/i&gt;, Paris Minuit, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabre, Daniel, &lt;i&gt;Bataille &#224; Lascaux, comment l'art pr&#233;historique apparut aux enfants&lt;/i&gt;, Paris, L'&#201;choppe, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fineberg, Jonathan ed., &lt;i&gt;Discovering Child Art, Essays on Childhood, primitivism and Modernism&lt;/i&gt;, Princeton University Press, Princeton, New Jersey, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freinet, &#201;lise, &#171; Simplicit&#233; de la vocation artistique &#187;, &lt;i&gt;Art enfantin&lt;/i&gt;, n&#176;1, d&#233;cembre 1959.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freinet, &#201;lise, &lt;i&gt;Le dessin libre&lt;/i&gt;, ICEM, Brochures de l'&#233;ducation nouvelle populaire, n&#176;9, Vence, 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GO, Henri-Louis, &#171; &#201;lise Freinet, une p&#233;dagogie de l'art enfantin &#187;, &lt;i&gt;Carrefours de l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, juin 2016, p. 223-240.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gradhiva &lt;/i&gt; : revue d'histoire et d'archives de l'anthropologie, Muse&#769;e du quai Branly, n&#176;9, 2009, dossier &#171; Arts de l'enfance, enfance de l'art &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hall, Granville Stanley, &#171; Notes on the Study of infants &#187;,&lt;i&gt; Pedagogical Seminary&lt;/i&gt;, 1893, p. 127-172.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ohayon, Annick ; Ottavi, Dominique ; Savoye, Antoine, &lt;i&gt;L'&#233;ducation nouvelle, histoire, pr&#233;sence et devenir&lt;/i&gt;, Berne, Peter Lang, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ottavi, Dominique, &#171; La &#171; r&#233;volution copernicienne &#187; de la p&#233;dagogie &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-le-telemaque.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le T&#233;l&#233;maque&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2005-2.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2005/2 (n&#176; 28)&lt;/a&gt;, p. 19-24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pernoud, Emmanuel, &lt;i&gt;L'invention du dessin d'enfant, en France, &#224; l'aube des avant-gardes&lt;/i&gt;, Paris, Hazan, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quentel, Jean-Claude, &#171; Le dessin chez l'enfant &#187;, &lt;i&gt;Te&#769;tralogiques&lt;/i&gt;, 1992, 7, pp.81-97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Riondet, Xavier, &#171; &#338;uvre conjugu&#233;e et division du travail au sein d'un couple de militants p&#233;dagogiques : &#201;lise et C&#233;lestin Freinet &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-les-etudes-sociales.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les &#201;tudes Sociales&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-les-etudes-sociales-2019-2.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2019/2 (n&#176; 170)&lt;/a&gt;, p. 203-225.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Warburg, Aby ; Cestelli Guidi, Benedetta ; Saxl, Fritz ; Koerner, Joseph Leo, &lt;i&gt;Le Rituel du Serpent. R&#233;cit d'un voyage en pays pueblo&lt;/i&gt;, Paris, Macula, 2003, r&#233;ed. 2015.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude Quentel, &#171; Le dessin chez l'enfant &#187;, &lt;i&gt;Te&#769;tralogiques&lt;/i&gt;, 1992, 7, pp. 81-97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Pernoud, &lt;i&gt;L'invention du dessin d'enfant&lt;/i&gt;, Paris, Hazan, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;education.gouv.fr, Programme d'enseignement de l'&#233;cole maternelle ; Bulletin officiel n&#176; 25 du 24-6-2021.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=86940&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;B.O officiel sp&#233;cial n&#176;2 du 26 mars 2015 &lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;duscol&lt;/i&gt;, cycle I, 3., d'apre&#768;s le Bulletin officiel n&#176; 25 du 24-6-2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.vie-publique.fr/eclairage/21871-4-ou-45-jours-activites-periscolaires-les-rythmes-scolaires-en-debat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.vie-publique.fr/eclairage/21871-4-ou-45-jours-activites-periscolaires-les-rythmes-scolaires-en-debat&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Annick Ohayon, Dominique Ottavi, Antoine Savoye, &lt;i&gt;L'&#233;ducation nouvelle, histoire, pr&#233;sence et devenir&lt;/i&gt;, Berne, Peter Lang, 2004 ; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/publications-de-Jean-Fran&#231;ois-Condette--1847.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jean-Fran&#231;ois Condette&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/publications-de-Antoine-Savoye--67454.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Antoine Savoye&lt;/a&gt;, &#171; Une &#233;ducation pour une &#232;re nouvelle : le congr&#232;s international d'&#233;ducation de Calais (1921) &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-les-etudes-sociales.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les &#201;tudes Sociales&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-les-etudes-sociales-2016-1.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2016/1 (n&#176; 163)&lt;/a&gt;, p. 43 &#224; 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dominique Ottavi, &#171; La &#171; r&#233;volution copernicienne &#187; de la p&#233;dagogie &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-le-telemaque.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le T&#233;l&#233;maque&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2005-2.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2005/2 (n&#176; 28)&lt;/a&gt;, p. 19 &#224; 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;lise Freinet, &lt;i&gt;Le dessin libre&lt;/i&gt;, ICEM, Brochures de l'&#233;ducation nouvelle populaire, n&#176;9, 1938.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;lise Freinet, &lt;i&gt;Le dessin libre&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p.1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Xavier Riondet, &#171; &#338;uvre conjugu&#233;e et division du travail au sein d'un couple de militants p&#233;dagogiques : &#201;lise et C&#233;lestin Freinet &#187;, &lt;i&gt;&#201;tudes sociales,&lt;/i&gt; 2019/2, n&#176;170, p. 203-225.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette th&#233;orie fut tr&#232;s partag&#233;e jusqu'&#224; ce que les m&#233;canismes de l'h&#233;r&#233;dit&#233; soient &#233;tablis par August Weismann (1834-1914) ; il a distingu&#233; le &lt;i&gt;soma &lt;/i&gt;du &lt;i&gt;germen&lt;/i&gt;, soit le corps de cellules de la reproduction, rendant le &lt;i&gt;germen&lt;/i&gt; ind&#233;pendant du destin du corps qui le porte, excluant ainsi l'id&#233;e d'un &#171; souvenir &#187; de la continuit&#233; &#233;volutive dans l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Piaget s'inspirait &#224; la fois de la biologie &#233;volutionniste et de l'histoire des sciences d&#233;velopp&#233;e par L&#233;on Brunschvicg (1869-1944), pour qui l'esprit se r&#233;alise dans le progr&#232;s des sciences. L'id&#233;e est expos&#233;e notamment dans &lt;i&gt;Les &#226;ges de l'intelligence&lt;/i&gt;, Paris, Alcan, 1934. C'est &#224; ce genre de conception devenue une &lt;i&gt;doxa &lt;/i&gt;&#233;ducative que l'on doit l'abus des pictogrammes &#224; l'&#233;cole maternelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude Quentel a montr&#233; l'emprise exerc&#233;e par ce sch&#233;ma de pens&#233;e sur l'interpr&#233;tation du d&#233;veloppement et de la r&#233;ussite scolaire de l'enfant ; &lt;i&gt;L'enfant. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Probl&#232;mes de gen&#232;se et d'histoire&lt;/i&gt;, Bruxelles, De Boeck, 1997 [1993].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri-Louis Go, &#171; &#201;lise Freinet, une p&#233;dagogie de l'art enfantin &#187;, &lt;i&gt;Carrefours de l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, juin 2016, p. 223-240.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'&#233;tude de cette notion dans Philippe Dagen, &lt;i&gt;Primitivismes, une invention moderne&lt;/i&gt;, I et II, Paris, Gallimard, 2019-2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;lise Freinet, M. Davau, &lt;i&gt;Le dessin libre&lt;/i&gt;, Brochures de l'&#201;ducation nouvelle populaire, 9, Vence, juin 1938, p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Pernoud, et Jonathan Fineberg ed., &lt;i&gt;Discovering Child Art, Essays on Childhood, primitivism and Modernism&lt;/i&gt;, Princeton University Press, Princeton, New Jersey, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;lise Freinet, &#171; simplicit&#233; de la vocation artistique &#187;, &lt;i&gt;Art enfantin&lt;/i&gt;, n&#176;1, d&#233;cembre 1959. Voici un extrait du texte que le dessin recouvre : &#171; Mais si l'art entend rester fid&#232;le &#224; son acte de naissance inscrit pour l'&#233;ternit&#233; sur les parois des grottes du quaternaire ; s'il est significatif d'une passion de vivre qui se rit du qu'en-dira-t-on et des bonnes fortunes, pour chanter la surabondance de la vie, pour &#233;veiller en nous ce go&#251;t du bonheur et des larmes qui signent les vraies &#171; Nativit&#233;s &#187;, alors, oui, l'enfant est artiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Emmanuel Pernoud, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ludwig Binswanger, Aby Warburg, &lt;i&gt;La gu&#233;rison infinie. Histoire clinique d'Aby Warburg, &lt;/i&gt;Paris,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Rivages, coll. Petite Biblioth&#232;que, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aby Warburg, Benedetta Cestelli Guidi, Fritz Saxl, Joseph Leo Koerner, &lt;i&gt;Le rituel du serpent, voyage en pays pueblo&lt;/i&gt;, Paris, Macula 2003, r&#233;ed. 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le rituel du serpent&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p.61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dossier &#171; Arts de l'enfance, enfance de l'art &#187;, &lt;i&gt;Gradhiva&lt;/i&gt;, 2009, 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Granville Stanley Hall, &#171; Notes on the Study of infants &#187;, &lt;i&gt;Pedagogical Seminary&lt;/i&gt;, 1893, p.127-172, p.133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barnes, E. (1896-1897) (2012), &lt;i&gt;Studies in education a serie of ten numbers devoted to child study and the history of education&lt;/i&gt;. Reprint Memphis : General Books, LLC TM, USA. Cette traduction, partielle, est reprise dans &lt;i&gt;Gradhiva&lt;/i&gt; : Barnes, E. (2009), &#171; Corrado Ricci en Californie : l'art des petits enfants &#187;, &lt;i&gt;Gradhiva&lt;/i&gt;, 9, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p. 126-131.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Frank Beuvier, &#171; Le dessin d'enfant expose&#769;, 1890-1915 &#187;, dans &lt;i&gt;Gradhiva&lt;/i&gt; : revue d'histoire et d'archives de l'anthropologie, Muse&#769;e du quai Branly, 2009, &lt;i&gt;Arts de l'enfance, enfances de l'art&lt;/i&gt;, p.102-125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Earl Barnes, &#171; A study of Children's drawings &#187;, &lt;i&gt;Pedagogical Seminary&lt;/i&gt;, vol. II, jul.,1892, p.155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'usage de pictogrammes par am&#233;rindiens n'a pu que le conforter dans cette approche ; voir Pierre D&#233;l&#233;age, &#171; Les Am&#233;rindiens et l'&#233;criture &#187;, L'Homme, 190 | 2009, p. 191-198.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Johnny-look-in&#8211;the-air by a boy of nine, shows &#171; a tendency to use a sign rather than represent the thing itself &#187; ; Earl Barnes, &lt;i&gt;Studies in Education&lt;/i&gt;, Philadelphia, 1902, p. 74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aby Warburg, Benedetta Cestelli Guidi, Fritz Saxl, Joseph Leo Koerner, &lt;i&gt;Le Rituel du Serpent. R&#233;cit d'un voyage en pays pueblo&lt;/i&gt;, Paris, Macula, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Documents int&#233;gr&#233;s &#224; &lt;i&gt;l'Atlas de Mn&#233;mosyne&lt;/i&gt; d'Aby Warburg.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;L'image survivante, histoire de l'art et temps des fant&#244;mes selon Aby Warburg&lt;/i&gt;, Paris Minuit, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude Quentel, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;., p.20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait aussi r&#233;viser la notion de st&#233;r&#233;otype appliqu&#233;e aux dessins enfantins, pour l'envisager, plut&#244;t que comme un &#233;l&#233;ment spontan&#233; et &#171; primitif &#187;, comme un &#233;l&#233;ment culturel appris (repr&#233;sentations conventionnelles de l'arbre, de la maison, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous reprenons la formulation d'Henri Focillon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Fabre, &lt;i&gt;Bataille &#224; Lascaux comment l'art pr&#233;historique apparut aux enfants&lt;/i&gt;, Paris, L'&#201;choppe, 2014, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>

<item xml:lang="fr">
		<title>L'un apr&#232;s l'autre</title>
		<link>http://tetralogiques.fr/spip.php?article295</link>
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		<dc:date>2025-04-15T13:43:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael Herrmann</dc:creator>


		<dc:subject>th&#233;orie de la m&#233;diation</dc:subject>
		<dc:subject>traduction</dc:subject>
		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>narration</dc:subject>
		<dc:subject>temps</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Linguiste et ancien professeur au d&#233;partement de langues romanes de l'Universit&#233; de Tr&#232;ves (Allemagne).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?rubrique70" rel="directory"&gt;Varia&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;th&#233;orie de la m&#233;diation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot132" rel="tag"&gt;traduction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot153" rel="tag"&gt;histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot218" rel="tag"&gt;narration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot322" rel="tag"&gt;temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot374" rel="tag"&gt;r&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'explication chronologique et verbale du r&#233;cit conduit &#224; des impasses analytiques car elle &#233;vacue la dimension de la personne. Raconter une histoire ne se r&#233;duit pas &#224; une suite d'&#233;v&#233;nements qui confond temps et histoire. La conception m&#233;diationniste les distingue : l'histoire repose sur la capacit&#233; personnelle d'historiciser, c'est-&#224;-dire de r&#233;capituler le temps, se l'approprier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qui peut ressembler &#224; un rappel &#224; l'ordre nous servira ici de cadre pour deux conceptions oppos&#233;es de la narrativit&#233;. Face aux tenants d'un r&#233;cit o&#249; &lt;i&gt;l'un apr&#232;s l'autre&lt;/i&gt; se d&#233;finit comme une suite chronologique d'&#233;v&#233;nements, on rappellera l'approche m&#233;diationniste fond&#233;e sur la distinction entre le temps et l'histoire, et sur la capacit&#233; personnelle d'historiciser ce &lt;i&gt;l'un apr&#232;s l'autre&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de r&#233;capituler le temps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt; &lt;strong&gt;1. Raconter dans l'ordre&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1967, deux auteurs am&#233;ricains ont publi&#233; une &#233;tude qui dans le monde anglo-saxon est g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;e comme un point de d&#233;part et une r&#233;f&#233;rence toujours valable de la &lt;i&gt;narratology&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William Labov/Joshua Waletzky, Narrative Analysis : Oral versions of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Leur enqu&#234;te portait sur 14 versions orales d'exp&#233;riences personnelles ; l'id&#233;e &#233;tait d'&#233;tudier d'une part le d&#233;veloppement de la narration depuis l'enfance jusqu'&#224; l'&#226;ge adulte, et d'autre part les variations entre diff&#233;rents niveaux d'instruction, dans l'espoir de d&#233;gager ainsi des &#233;l&#233;ments d'une technique narrative (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, on retracera les grandes lignes de la d&#233;monstration, qui s'organise en deux temps : (a) classement des unit&#233;s narratives (&#171; clauses &#187;), et (b) organisation g&#233;n&#233;rale du contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la d&#233;finition de d&#233;part :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[..] on consid&#233;rera comme narrative une technique verbale de r&#233;capituler une exp&#233;rience, plus particuli&#232;rement une technique pour &#233;tablir des unit&#233;s narratives qui correspondent &#224; la s&#233;quence temporelle de cette exp&#233;rience (13).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence &#224; l'ordre temporel est consid&#233;r&#233;e comme essentielle, par exemple dans le r&#233;cit n&#176;5 (20) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-Donc, ce type avait bu un peu trop&lt;br class='autobr' /&gt;
2-et il m'a attaqu&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
3-et une amie est arriv&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
4-et elle a arr&#234;t&#233; &#231;a&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sent&#233;e dans un ordre diff&#233;rent, la r&#233;capitulation de la m&#234;me exp&#233;rience, selon les auteurs, ne serait plus qualifi&#233;e comme narrative :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3-une amie &#224; moi est arriv&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
4-juste &#224; temps pour arr&#234;ter&lt;br class='autobr' /&gt;
1-ce type qui avait bu un peu trop&lt;br class='autobr' /&gt;
2-et qui allait m'attaquer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4-une amie &#224; moi a arr&#234;t&#233; cette attaque&lt;br class='autobr' /&gt;
3-elle venait juste d'arriver&lt;br class='autobr' /&gt;
2-ce type &#233;tait en train de m'attaquer&lt;br class='autobr' /&gt;
1-il avait bu un peu trop&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur exigence d'un strict parall&#233;lisme verbo-chronologique fait que les auteurs sont confront&#233;s &#224; des difficult&#233;s de d&#233;limitation, ayant &#224; d&#233;cider si telle phrase est en rapport ou non avec la successivit&#233; chronologique ; la r&#233;f&#233;rence &#224; un cadre ext&#233;rieur ou une construction de subordination, peuvent d&#233;signer une temporalit&#233;, mais sont exclues de la s&#233;quence temporelle. Parmi les segments ou clauses d&#233;coup&#233;s dans le r&#233;cit, les auteurs distinguent deux cat&#233;gories principales : ceux qui sont li&#233;s au d&#233;roulement du r&#233;cit et ne peuvent donc &#234;tre intervertis entre eux (&#171; clauses narratives &#187;), et ceux qui, n'&#233;tant pas li&#233;s par la chronologie, peuvent se placer plus librement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration par le r&#233;cit n&#176;6 (&#171; Un incident dangereux pendant une s&#233;ance de natation &#187;), divis&#233; en 19 unit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous traduisons en n&#233;gligeant les niveaux de langue.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-&#224; l'&#233;poque j'&#233;tais dans le scouts&lt;br class='autobr' /&gt;
2-et on faisait les 50 yards&lt;br class='autobr' /&gt;
3-en faisant la course&lt;br class='autobr' /&gt;
4-mais on &#233;tait &#224; l'embarcad&#232;re o&#249; c'&#233;tait d&#233;limit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
5-et donc on faisait les 50 yards&lt;br class='autobr' /&gt;
6-on &#233;tait 8 ou 9, et on allait et on revenait&lt;br class='autobr' /&gt;
7-et au troisi&#232;me aller j'ai attrap&#233; des crampes&lt;br class='autobr' /&gt;
8-et j'ai cri&#233; au secours&lt;br class='autobr' /&gt;
9-mais les copains ne m'ont pas cru&lt;br class='autobr' /&gt;
10-ils ont pens&#233; que je voulais rattraper un retard parce que j'avais ralenti&lt;br class='autobr' /&gt;
11-et donc ils ont continu&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
12-ils m'ont laiss&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
13-et j'ai commenc&#233; &#224; couler&lt;br class='autobr' /&gt;
14-le chef scout &#233;tait sur le bord&lt;br class='autobr' /&gt;
15-il m'a regard&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
16-mais il n'a pas fait attention lui non plus&lt;br class='autobr' /&gt;
17-et je ne sais pas pourquoi, il y avait un autre type qui passait juste &#224; ce moment-l&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
18-il a simplement saut&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
19-et il m'a attrap&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont consid&#233;r&#233;s comme narratives les clauses &#171; j'ai attrap&#233; des crampes &#187; (7) et &#171; j'ai commenc&#233; &#224; couler &#187; (13), non interchangeables entre eux. L'ordre des clauses suivantes est &#233;galement fixe : &#171; attraper des crampes &#187;, &#171; crier au secours &#187;, &#171; les copains ne m'ont pas cru &#187;, &#171; ils ont pens&#233;... &#187;, &#171; et donc ils ont... &#187;, &#171; ils m'ont laiss&#233; &#187; (7/8/9/10/11/12). La place du chef scout dans le d&#233;roulement (14/15/16) pr&#234;te &#224; discussion. Si sa pr&#233;sence au bord du bassin peut para&#238;tre normal d&#232;s le d&#233;but de la s&#233;ance (la clause 14 pourrait donc s'ins&#233;rer apr&#232;s la clause 4), la clause 16 (&#171; il n'a pas fait attention lui non plus &#187;) oblige &#224; placer son inattention apr&#232;s celle des camarades du narrateur (9-12). Les auteurs tentent donc de d&#233;terminer formellement ces possibilit&#233;s de d&#233;placement en attribuant une aire de mobilit&#233; &#224; chaque clause : chacune est affect&#233;e d'un coefficient indiquant jusqu'o&#249; elle peut &#234;tre r&#233;trograd&#233;e et avanc&#233;e. Ainsi, l'inattention du chef scout est index&#233;e par les chiffres 7/16/2, signifiant que la clause 16 pourrait r&#233;trograder de 7 positions et avancer de 2 positions, sans contredire la s&#233;quence temporelle d&#233;finitoire de la narration. Entre les clauses narratives, &#233;l&#233;ments de base, viennent s'ins&#233;rer des clauses strictement successives, s&#233;par&#233;es par une &#171; jonction temporelle &#187; et dont les aires de mobilit&#233; sont donc mutuellement exclusives. On d&#233;finira ainsi la narration comme une succession de clauses contenant au moins une jonction temporelle. L'exemple suivant (28) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-Je connais un gar&#231;on qui s'appelle Harry&lt;br class='autobr' /&gt;
2-un autre gar&#231;on lui a lanc&#233; une bouteille en pleine t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
3-et il a fallu lui faire sept point de suture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;est consid&#233;r&#233; comme une narration, puisqu'il y a successivit&#233; (jonction temporelle) entre 2 et 3. Chaque clause narrative comporte un verbe fini (son &#171; noyau narratif &#187;), porteur des marques temporelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contenu des r&#233;cits, les auteurs distinguent ce qu'ils appellent &lt;i&gt;orientation&lt;/i&gt; (qui ? O&#249; ? Quand ? Comment ? &#8211; pr&#233;cisions pas toujours donn&#233;es), &lt;i&gt;complication&lt;/i&gt; (l'essentiel du r&#233;cit, p.ex. la quasi noyade du nageur), &lt;i&gt;&#233;valuation&lt;/i&gt; (l'attitude personnelle du narrateur vis-&#224;-vis de son r&#233;cit), r&#233;solution. En pr&#233;cisant que ces distinctions s'estompent chez certains narrateurs, mais que la partie &lt;i&gt;&#233;valuation&lt;/i&gt; est essentielle : sans elle, estiment-ils, ce qui est racont&#233; n'a aucun int&#233;r&#234;t et n'a ni queue ni t&#234;te. Dans un des r&#233;cits, le narrateur est confront&#233; avec un mari jaloux et mena&#231;ant, dont la femme veut se suicider :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11-elle a laiss&#233; un mot pour dire qu'elle allait se suicider puisqu'il lui rendait la vie impossible &#224; cause de moi&lt;br class='autobr' /&gt;
12-il est venu dans mon h&#244;tel, joli revolver &#224; la main&lt;br class='autobr' /&gt;
13-je l'ai baratin&#233; et je lui dis : bon, on va aller la voir&lt;br class='autobr' /&gt;
14-et si on la trouve pas &#8211; ben, tu peux, vas-y, tu peux appuyer sur la g&#226;chette si tu veux&lt;br class='autobr' /&gt;
15-c'&#233;tait pour gagner du temps&lt;br class='autobr' /&gt;
16-et &#231;a a march&#233; avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le commentaire sur les lignes 13-15 : &#171; elles suspendent l'action &#224; un moment critique, quand le danger est au maximum, et elles donnent une indication sur l'attitude du narrateur. Son sang-froid &#224; un moment critique souligne le danger et le fait appara&#238;tre sous un jour favorable &#187; (36).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt; &lt;strong&gt;2. Raconter n'est pas se raconter, ou &lt;i&gt;Narrative revisited&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de valider ce qu'on vient de r&#233;sumer, il s'agit de retracer le parcours des deux auteurs, et de questionner ce qu'ils consid&#232;rent comme acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici leur point de d&#233;part :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;la narration sera consid&#233;r&#233;e comme une technique verbale de r&#233;capituler une exp&#233;rience, en particulier une technique de construire des unit&#233;s narratives qui correspondent &#224; la s&#233;quence temporelle de cette exp&#233;rience (13)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ils sont convaincus que les structures narratives fondamentales sont &#224; chercher dans les r&#233;cits oraux de personnes peu instruites, plut&#244;t que chez des narrateurs cultiv&#233;s et exp&#233;riment&#233;s. Le souci de cette recherche est de faire appara&#238;tre la corr&#233;lation entre vari&#233;t&#233; linguistique et diff&#233;rences sociales. Tout en reconnaissant les m&#233;rites d'une &#233;tude de terrain au plus pr&#232;s des r&#233;alit&#233;s sociales, le lecteur m&#233;diationniste ne peut manquer de relever ce non-dit d'une sociolinguistique de la covariance : elle ne s'interroge jamais sur la source de cette vari&#233;t&#233; et de ces diff&#233;rences. Face aux narrateurs, elle demande : comment racontent-ils ? et non : pourquoi racontent-ils ? Cette derni&#232;re question est &#224; leurs yeux inutile : ils racontent parce qu'on le leur demande et parce qu'ils ont &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt; &#224; raconter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment en se pla&#231;ant dans cette perspective purement objective, en consid&#233;rant la narration comme un ph&#233;nom&#232;ne avec des r&#233;gularit&#233;s &#224; mettre au jour, qu'on d&#233;tourne le regard de la personne du narrateur. Ce qu'il a &#224; raconter, c'est en r&#233;alit&#233; sa diff&#233;rence personnelle (&#171; se raconter &#187;) avec l'intervieweur. Raconter, ce n'est pas mettre en &#339;uvre une technique : c'est partager une histoire avec l'&lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;. Or, quiconque a quelque chose &#224; partager, se trouve vis-&#224;-vis d'un partenaire dans une position sup&#233;rieure, il a sur lui une autorit&#233; de principe. S'il est vrai que notre appartenance au groupe s'institue doublement &#8211; par la place que nous y occupons (&#226;ge, origine g&#233;ographique et sociale), et par la contribution que nous y apportons (dans la terminologie m&#233;diationniste : notre &lt;i&gt;statut&lt;/i&gt; et notre &lt;i&gt;office&lt;/i&gt;) &#8211; l'autorit&#233; du narrateur est ind&#233;pendante de son statut social. &#201;tant donn&#233; la distribution des r&#244;les dans la collecte des donn&#233;es &#8211; un narrateur peu cultiv&#233; face &#224; un enqu&#234;teur universitaire &#8211; accorder une quelconque autorit&#233; au narrateur para&#238;trait absurde. C'est pourtant l&#224; que se trouve le principe de la narration. Les auteurs au contraire se concentrent sur le statut social des interview&#233;s pour y chercher des proc&#233;d&#233;s narratifs, persuad&#233;s que ceux-ci sont d'autant plus authentiques que les interlocuteurs sont peu cultiv&#233;s. Mais en quoi consiste cette autorit&#233; de situation, qui semble &#233;chapper &#224; l'attention des enqu&#234;teurs ? Elle r&#233;sulte du fait qu'en r&#233;pondant &#224; la question : avez-vous d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dans une situation o&#249; vous vous &#234;tes cru en danger de mort ? &#8211; l'interlocuteur devient automatiquement l'auteur de l'histoire qu'il va raconter. Ses propos sont &lt;i&gt;autoris&#233;s&lt;/i&gt; dans la mesure o&#249; l'histoire est &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; histoire et qu'il assume la responsabilit&#233; de la raconter. Il d&#233;livre en quelque sorte une information que son interlocuteur n'a pas encore et qu'il attend de lui, de la m&#234;me fa&#231;on que celui qui demande son chemin ou qui demande l'heure, accepte momentan&#233;ment l'autorit&#233; de celui qui le renseigne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne parlons pas de l'autorit&#233; de l'enseignant, du m&#233;decin ou du policier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans une sociolinguistique qui &#233;vacue la dimension de la personne, il ne peut y avoir ni langage personnalis&#233;, ni droit de propri&#233;t&#233; du narrateur sur son histoire. Ce n'est pas lui qui d&#233;termine dans quel ordre il va pr&#233;senter ce qu'il raconte ; le plan est externe, fix&#233; par la chronologie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation s&#233;mantique de la narration, comme nous l'avons d&#233;finie, est fond&#233;e sur l'attente que les &#233;v&#233;nements d&#233;crits se sont produits dans l'ordre m&#234;me dans lequel ils sont racont&#233;s (30).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de revenir sur la formule &lt;i&gt;description d'un &#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;, notons d'abord les difficult&#233;s que peut entra&#238;ner comme crit&#232;re essentiel de la narrativit&#233;, le sch&#233;ma a puis b.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparons les deux versions suivantes (19) :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='id8e20_c0'&gt;(a) Eh bien, ce type avait un peu trop bu et il m'a attaqu&#233; et une amie est arriv&#233;eet elle a arr&#234;t&#233; &#231;a&lt;/th&gt;&lt;th id='id8e20_c1'&gt;(b) Une amie &#224; moi est arriv&#233;ejuste &#224; temps pour arr&#234;ter ce type qui avait un peu trop bu et qui m'attaquait&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Le sch&#233;ma (a) : &lt;i&gt;boire &#8211; attaquer &#8211; arriver &#8211; arr&#234;ter&lt;/i&gt; &#8211; est consid&#233;r&#233; comme narrratif, car strictement successif, alors que (b) selon les auteurs n'est pas narratif, car l'&#233;bri&#233;t&#233;, sortie de l'ordre chronologique, est rapport&#233;e par une subordonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un narrateur qui se reprend en cours de r&#233;cit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] et donc quand ils ont commenc&#233; &#224; sortir, il y a d'abord un Japonais qui lui a dit de se rendre &#8211; et avant qu'il lui dit de se rendre, le chien...le chien est entr&#233;. Le chien les avait trouv&#233;s. Et le Japonais est arriv&#233; et leur a dit de se rendre [&#8230;] (19)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Peut-on dire que ce retour en arri&#232;re r&#233;pare un trou de m&#233;moire &#171; j'oubliais de dire que... &#187;), le souvenir du chien qui arrive se pr&#233;sente-t-il &#224; contretemps ? Mais pourquoi le sch&#233;ma b apr&#232;s a serait-il moins narratif que a puis b &#8211; pourquoi ne pas plut&#244;t y voir une divergence entre le narrateur et l'enqu&#234;teur, qu'on n'attribuerait pas &#224; une diff&#233;rence de niveau culturel, en termes m&#233;diationnistes : on ne laisserait pas la &lt;i&gt;classe&lt;/i&gt; faire oublier le &lt;i&gt;m&#233;tier&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque phrase est ainsi soumise au test de la successivit&#233; : &#171; j'ai tir&#233; et je l'ai touch&#233; &#187; serait donc &lt;i&gt;narratif&lt;/i&gt;, mais non &#171; j'ai ri et ri &#187; ; quant &#224; &#171; je l'ai frapp&#233; &#224; la t&#234;te, sur la bouche et &#224; la poitrine &#187; &#8211; est-ce une &#233;num&#233;ration ou une s&#233;quence temporelle (28) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode adopt&#233;e par les deux sociolinguistes les conduit, avons-nous dit, &#224; envisager les productions enregistr&#233;es, non comme des r&#233;cits d'auteur, mais comme une mati&#232;re brute d'objets d'&#233;tude linguistiques, dans lesquels ils croient distinguer des &lt;i&gt;clauses narratives&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;clauses libres&lt;/i&gt;. Ces derni&#232;res peuvent &#234;tre d&#233;plac&#233;es sans affecter la s&#233;quence temporelle. Par exemple, dans le r&#233;cit de la s&#233;ance de natation cit&#233; ci-dessus, la pr&#233;sence du moniteur aurait pu &#234;tre mentionn&#233;e au d&#233;but ou plus tard, indiff&#233;remment aux yeux des enqu&#234;teurs, qui produisent ainsi deux versions linguistiquement synonymes. Ce sont, disent-ils, deux structures de surface relevant d'une m&#234;me interpr&#233;tation s&#233;mantique (30). On leur objectera que la synonymie est une cat&#233;gorie grammaticale, donc objective, qui ne tient pas compte de la subjectivit&#233; auctoriale. La r&#233;f&#233;rence &#224; une causalit&#233; ext&#233;rieure, l'ordre dans lequel des &#233;v&#233;nements se sont &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; produits, conduit n&#233;cessairement &#224; nier la l&#233;galit&#233; d'un auteur. La vraie cl&#233; de la narrativit&#233; ne se trouve pas dans l'identit&#233; d'une structure profonde &lt;i&gt;a puis b&lt;/i&gt;, mais dans la vari&#233;t&#233; des r&#233;cits &lt;i&gt;de surface&lt;/i&gt; assum&#233;s par des auteurs diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut encore souligner la diff&#233;rence entre &lt;i&gt;dire&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;raconter&lt;/i&gt;, ou entre &lt;i&gt;texte-&#233;chantillon&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;texte d'auteur&lt;/i&gt;. Raconter une histoire, ce n'est pas simplement mettre un compl&#233;ment d'objet &#224; un &lt;i&gt;verbum dicendi&lt;/i&gt; transitif. La sociolinguistique de la covariance estime que les diff&#233;rences sociales sont la source, et non le sympt&#244;me de notre tendance &#224; nous diff&#233;rencier. Elle n'accepte pas la personne comme le cadre th&#233;orique d'une dialectique entre la singularit&#233; et le contrat, et elle ne conna&#238;t pas l'alt&#233;rit&#233; et donc pas non plus la propri&#233;t&#233; : la coh&#233;rence de l'histoire pour elle n'est pas dans la personne du narrateur, mais dans un ordre chronologique externe, une sorte d'&lt;i&gt;exosquelette&lt;/i&gt;, que le narrateur doit respecter comme un simple t&#233;moin. On attend de lui qu'il r&#233;capitule une exp&#233;rience ou des &lt;i&gt;&#233;v&#233;nements&lt;/i&gt;, pr&#233;supposant sa &lt;i&gt;capacit&#233;&lt;/i&gt; de r&#233;capituler. En quoi consiste-t-elle ? Raconter n'est pas r&#233;capituler des &#233;v&#233;nements, c'est d'abord r&#233;capituler le temps, se l'approprier pour en faire de l'histoire. Ce temps de l'histoire n'est pas celui, grammatical, du paradigme verbal. Nos auteurs consid&#232;rent le temps verbal comme un &#233;l&#233;ment important des clauses narratives. Mais dans une histoire, aucun mot ne participe plus qu'un autre &#224; la progression narrative. Dans le plan du r&#233;cit, tous les mots sont des &lt;i&gt;mots &#224; temps&lt;/i&gt;. On distinguera donc entre la d&#233;sinence d'un verbe qui &lt;i&gt;d&#233;signe&lt;/i&gt; un temps grammatical, et un mot dans la succession narrative qui &lt;i&gt;constitue&lt;/i&gt; le temps, en ce sens qu'il fait avancer l'histoire en y tenant sa place. Dans l'axe horistique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les concepts d'onomastique et d'horistique sont d&#233;velopp&#233;s dans DVD II, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'histoire (qui correspond &#224; l'axe g&#233;n&#233;ratif du texte), il n'y a pas un &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; mot qui se r&#233;p&#232;te, les mots s'ajoutent les uns aux autres. Suivant sa position, chacun porte en lui une part plus ou moins grande de ce qui pr&#233;c&#232;de et de ce qui reste &#224; raconter. De m&#234;me pour les clauses ou phrases, qui seraient d'apr&#232;s les auteurs plus ou moins narratives suivant qu'elles d&#233;signent ou non la s&#233;quence chronologique. Or, dans l'ordre de l'histoire, toutes les phrases sont narratives ; m&#234;me celles qui chronologiquement reviennent en arri&#232;re nous rapprochent horistiquement du d&#233;nouement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reprenons ici le raisonnement de J. Gagnepain (1994 b, p. 94) suivant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on dit qu'un auteur raconte &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; histoire, c'est &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; temporalit&#233; qu'il impose aux &#233;v&#233;nements ; c'est en les &#233;voquant qu'il les constitue : ils n'existent que d'&#234;tre dans son histoire. Dire qu'on &lt;i&gt;raconte un &#233;v&#233;nement&lt;/i&gt; est n&#233;cessairement anachronique, car l'&#233;v&#233;nement suppose un retour au d&#233;but : comment en est-on arriv&#233; l&#224; ? Le commentaire m&#233;diationniste de la formule&lt;i&gt; a then b&lt;/i&gt; des deux Am&#233;ricains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette formule de 1967 continue de faire autorit&#233; : la narration est &#171; the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; soulignera donc que 1. b est d&#233;j&#224; contenu dans a (un d&#233;but n'est tel que s'il annonce une fin), comme a est contenu dans b (la fin est l'aboutissement d'un processus) ; et 2. l'adverbe qui d&#233;signe grammaticalement une successivit&#233;, est horistiquement tautologique par rapport &#224; une successivit&#233; historiquement constitu&#233;e. Rappelons que l'anachronie de l'&#233;v&#233;nement se d&#233;finit comme le retour sur un point de la ligne du temps : c'est un point comm&#233;mor&#233;, c'est-&#224;-dire historicis&#233; comme &#233;v&#233;nement. Aussi paradoxal que cela paraisse : le danger de mort dont parlent les narrateurs n'a pas &#233;t&#233; v&#233;cu par eux en direct, sa r&#233;alit&#233; comme danger de mort est historique. Le caract&#232;re anachronique de l'histoire fait &#233;videmment qu'on ne peut la raconter en direct, il ne peut y avoir de &lt;i&gt;real-time-narrative&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ceci contrairement &#224; Andreas. H. Jucker, &#171; Audacious, brillant !! What a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le commentateur d'un match de foot ne peut pas en direct commenter un mouvement du jeu en disant qu'il conduit &#224; un but : il faut qu'il sorte du direct et qu'il revoie la sc&#232;ne en diff&#233;r&#233; pour pouvoir la qualifier. Historiquement, elle devient alors une sc&#232;ne-&#233;v&#233;nement. Relisons ce passage de J. Gagnepain :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;.] il ne saurait jamais y avoir [..] aucune entit&#233; [..], qui, en soi, pr&#233;existe ou survive &#224; ses avatars. La France que nous connaissons, par exemple, ne saurait sans anachronisme &#234;tre tenue pour responsable de l'annexion de la Bourgogne ou de la Bretagne, puisque c'est cette annexion qui l'a, entre autres, pr&#233;cis&#233;ment constitu&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gagnepain 1994b, p. 43. La m&#234;me remarque s'applique &#224; l'anatopie : quand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Aucun doute que ces annexions ont modifi&#233; les fronti&#232;res du pays, et que la France de l'apr&#232;s annexion soit g&#233;ographiquement diff&#233;rente ; mais c'est une diff&#233;rence mat&#233;rielle qui n'alt&#232;re pas la conviction des habitants qu'ils vivent toujours en France, et que la France a donc toujours son histoire. De m&#234;me pour le narrateur : une fois son histoire racont&#233;e, il n'est plus le m&#234;me qu'avant, car n'ayant plus rien &#224; raconter, il n'a plus d'avance sur son interlocuteur. Mais ce dernier ne doit pas en tenir compte ; la coh&#233;rence de l'histoire qu'il a entendue tient &#224; l'identit&#233; personnelle de celui qui la lui a racont&#233;e &#8211; et non aux marques syntaxiques ou aux cha&#238;nes anaphoriques du &lt;i&gt;connected speech&lt;/i&gt;, qui ne font que d&#233;signer une coh&#233;rence s&#233;mantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants ont observ&#233; ce ph&#233;nom&#232;ne g&#233;n&#233;ral : en dessous d'un certain &#226;ge, avant d'acc&#233;der &#224; la Personne, les jeunes &#233;l&#232;ves ont des difficult&#233;s pour appr&#233;hender une identit&#233; dans une progression. Devant une bande dessin&#233;e, il leur est difficile d'admettre qu'il s'agit du m&#234;me personnage, et donc de r&#233;unir en histoire une succession d'images&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quentel 1993, p. 218 et suivantes.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt; &lt;strong&gt;3. Mot &#224; mot&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous nous r&#233;f&#233;rons d'abord &#224; l'exp&#233;rience d'un professeur de fran&#231;ais, &#233;tudiant en classe de Cinqui&#232;me un roman policier de Simenon ; un &#233;l&#232;ve lui pose cette question : &#171; Puisque Simenon, lui, il sait, pourquoi ne le dit-il pas &#224; Maigret ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-Y. Guillaume 1989, p. 252.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Nous aurions aim&#233; lui demander &#224; notre tour : &#224; quel moment de l'histoire aurait-il pu le lui dire ? La question de l'&#233;l&#232;ve a le m&#233;rite de nous faire r&#233;fl&#233;chir sur la diff&#233;rence entre le &lt;i&gt;Maigret-hors histoire&lt;/i&gt;, et le &lt;i&gt;Maigret-dans-l'histoire&lt;/i&gt;. Le premier se trouve dans la partie &lt;i&gt;noms propres&lt;/i&gt; du Petit Larousse ; le deuxi&#232;me est cantonn&#233; dans une histoire, et chaque occurrence de son nom est affect&#233;e d'un invisible indice de temps qui marque la progression de l'histoire et l'ignorance d&#233;croissante du commissaire. &#192; quel stade de son ignorance Simenon aurait-il pu &#171; le lui dire &#187;, ou &#224; quel Maigret aurait-il d&#251; s'adresser, sinon &#224; celui qui a trouv&#233; &#171; par lui-m&#234;me &#187;, car l'histoire est fond&#233;e &#224; la fois sur la progression de l'enqu&#234;te et sur l'identit&#233; de l'enqu&#234;teur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ici le probl&#232;me de la continuit&#233; dans le changement, insoluble pour les logiciens depuis l'Antiquit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. notre discussion sur le bateau de Th&#233;s&#233;e, in : Herrmann 2001.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. F. de Saussure l'avait trait&#233; sous l'angle de l'&lt;i&gt;immutabilit&#233;&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;mutabilit&#233;&lt;/i&gt; du signe linguistique, et il l'avait ainsi r&#233;sum&#233; : &#171; le signe est dans le cas de s'alt&#233;rer parce qu'il se continue &#187;, et &#171; nous disons &lt;i&gt;homme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;chien&lt;/i&gt; parce qu'avant nous on a dit &lt;i&gt;homme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;chien &lt;/i&gt; &#187; (CLG, 108/9)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur lui-m&#234;me juge les deux concepts &#171; en apparence contradictoires &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il faut pr&#233;ciser : ce ne sont pas des mots identiques que nous employons, mais des mots que nous croyons identiques. La &lt;i&gt;solidarit&#233; avec le pass&#233;&lt;/i&gt; est de l'ordre de la personne ; ce n'est pas la &#171; persistance de la mati&#232;re ancienne &#187; qui nous relie au pass&#233;, mais la conviction que nous n'avons jamais cess&#233; de parler fran&#231;ais, que les mots de nos interlocuteurs sont les m&#234;mes que les n&#244;tres, et qu'on peut toujours s'entendre sur la base d'un m&#234;me dictionnaire. Nous parlons avec &lt;i&gt;nos mots&lt;/i&gt; (en langue), convaincus que ce sont &lt;i&gt;les mots&lt;/i&gt; (en langage) ; la confusion est permanente et indispensable. Saussure a raison, mais il ne nous a pas dit tout sur &lt;i&gt;homme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;chien&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraire les mots d'une histoire pour en faire un inventaire, c'est exproprier les mots propres &#224; un auteur. Rappelons ici la controverse entre Jacques Pr&#233;vert, auteur de l'&lt;i&gt;Inventaire&lt;/i&gt;, et un repr&#233;sentant de la &lt;i&gt;lexicologie litt&#233;raire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Mitterrand : &#171; [...] on ne peut plus &#233;tudier les &#339;uvres comme si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La m&#234;me divergence existe avec les lexicographes utilisant des &#339;uvres litt&#233;raires pour faire des &#171; tr&#233;sors de la langue &#187; (le TLF), ou des grammairiens prenant les phrases des &lt;i&gt;bons auteurs&lt;/i&gt; pour exemplifier un &lt;i&gt;bon usage&lt;/i&gt;. &#192; l'inverse, on peut tirer un po&#232;me d'une construction factitive :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Napol&#233;on a battu les Russes &#224; Austerlitz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ruwet 1972, p. 177 (&#171; Les constructions factitives &#187;).&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/center&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Fragen eines lesenden Arbeiters &lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;] &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Der junge Alexander eroberte Indien &lt;br class='autobr' /&gt;
Er allein ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C&#228;sar schlug die Gallier. Hatte er nicht wenigstens einen Koch dabei ? &lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich der Zweite siegte im Siebenj&#228;hrigen Krieg Wer siegte au&#223;er ihm ?&lt;br class='autobr' /&gt; [...]&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Questions d'un travailleur qui lit &lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt; Le jeune Alexandre a conquis l'Inde&lt;br class='autobr' /&gt;
Lui tout seul ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C&#233;sar a battu les Gaulois&lt;br class='autobr' /&gt;
N'avait-il pas au moins un cuisinier avec lui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
[...] &lt;br class='autobr' /&gt;
Fr&#233;d&#233;ric Deux a gagn&#233; la Guerre de Sept ans Qui a gagn&#233; en dehors de lui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
[...]&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td colspan='2'&gt;(B. Brecht 1935)&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Napol&#233;on et Austerlitz : la phrase semble extraite d'un livre d'histoire ; mais, servant d'exemple dans un livre de linguistique, ce n'est plus une phrase d'historien. Il n'emp&#234;che que c'est une phrase en qu&#234;te d'auteur qui peut &#224; nouveau amorcer une histoire, pour peu qu'il se trouve un narrateur pour se l'approprier et d'endosser une responsabilit&#233; auctoriale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les langues sont l'histoire du langage &#187;, dit J. Gagnepain, et &#171; [...] toute la langue est une appropriation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DVD II, p. 139 ; et Le&#231;ons, p.150.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est une histoire qui est compos&#233;e d'une pluralit&#233; d'histoires. Par exemple : &#171; Le latin &lt;i&gt;crispus&lt;/i&gt;, 'ondul&#233;', 'cr&#234;p&#233;', a fourni au fran&#231;ais un radical &lt;i&gt;cr&#233;p&lt;/i&gt;-, d'o&#249; les verbes &lt;i&gt;cr&#233;pir&lt;/i&gt;, 'recouvrir de mortier' et &lt;i&gt;d&#233;cr&#233;pir&lt;/i&gt;, 'enlever le mortier' &#187; (CLG, 119). Aussi petit soit-il, ce renseignement contient tous les &#233;l&#233;ments d'un r&#233;cit : un point de d&#233;part, qui est moins un mot latin que l'&#233;tymon annon&#231;ant l'aboutissement du mot fran&#231;ais, et un narrateur qui a choisi de r&#233;unir a et b en une successivit&#233;, pour r&#233;pondre &#224; la question 'comment en est-on arriv&#233; &#224; b' ? Mais si on consid&#232;re que l'appropriation ne concerne pas seulement &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; langue, mais, pour chaque interlocuteur, &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt; langue, on comprend qu'il y a autant d'histoires individuelles et personnelles qu'il y a de sujets parlants pour se demander &lt;i&gt;d'o&#249; ce mot me vient-il&lt;/i&gt; ? L'anamn&#232;se est forc&#233;ment lacunaire et surtout, peu int&#233;ressante ; la premi&#232;re rencontre avec tel ou tel mot se perd la plupart du temps dans un lointain pass&#233; de notre biographie. En r&#233;sum&#233;, nous ne connaissons pas le d&#233;tail de notre usage, dans lequel coexistent des mots comm&#233;morables et des mots &lt;i&gt;sans m&#233;moire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs du &lt;i&gt;fran&#231;ais fondamental&lt;/i&gt; avaient d&#233;j&#224; remarqu&#233; cette dualit&#233; en distinguant des mots fr&#233;quents et des mots disponibles. En effet, il s'est av&#233;r&#233; impossible de constituer un vocabulaire &#233;l&#233;mentaire sur la seule base de la fr&#233;quence. Qu'est-ce qu'il fallait compter ? Faute d'une d&#233;finition linguistique, on s'est content&#233; de s'en tenir &#224; l'image graphique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le d&#233;but d'une liste obtenue en d&#233;pouillant un corpus d'interviews enregistr&#233;es, par ordre de fr&#233;quence d&#233;croissante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gougenheim et al., pp. 69-71.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;1 &#234;tre (verbe) &lt;br class='autobr' /&gt;
2 avoir&lt;br class='autobr' /&gt;
3 de &lt;br class='autobr' /&gt;
4 je &lt;br class='autobr' /&gt;
5 il(s)&lt;br class='autobr' /&gt;
6 ce (pronom)&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;7 la (article)&lt;br class='autobr' /&gt;
8 pas (n&#233;gation) &lt;br class='autobr' /&gt;
9 &#224; (pr&#233;position)&lt;br class='autobr' /&gt; 10 et&lt;br class='autobr' /&gt; [...]&lt;br class='autobr' /&gt;
[...]&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;[..]&lt;br class='autobr' /&gt;
84 jour&lt;br class='autobr' /&gt;
[..]&lt;br class='autobr' /&gt;
88 chose&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Que les premiers &#233;l&#233;ments &lt;i&gt;th&#233;matiques&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Mich&#233;a avait distingu&#233; en 1950 des mots ath&#233;matiques (&#171; mots (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; apparaissent si tard dans la liste des fr&#233;quences nous fait r&#233;fl&#233;chir sur la formule &lt;i&gt;mot &#224; mot&lt;/i&gt; et aussi sur l'affirmation que tous les mots du r&#233;cit participent &#233;galement &#224; la successivit&#233;. Constatons d'abord que le mot &#224; mot n'a pas le m&#234;me statut aux diff&#233;rents plans de m&#233;diation. En glossologie, c'est la d&#233;finition de la syntaxe, c'est-&#224;-dire la projection d'une identit&#233; taxinomique sur une pluralit&#233; g&#233;n&#233;rative. En sociolinguistique, le mot &#224; mot se pr&#233;sente comme une identit&#233; auctoriale projet&#233;e sur une successivit&#233; &#8211; non une pluralit&#233;, car on ne d&#233;nombre qu'en glossologie. &#192; l'inverse, il n'y a de chronie qu'en sociolinguistique, o&#249; le narrateur est soumis &#224; l'anachronie en ce sens qu'en racontant, il cesse progressivement d'&#234;tre narrateur, ayant de moins en moins &#224; raconter. Son identit&#233; reste pourtant la m&#234;me aux yeux de ses interlocuteurs, tout comme des g&#233;n&#233;rations de francophones sont persuad&#233;s qu'ils n'ont pas cess&#233; de parler la langue de Moli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En acceptant l'id&#233;e qu'en langue, les mots n'existent qu'appropri&#233;s, et qu'ils sont donc des &lt;i&gt;noms propres&lt;/i&gt; de ceux dont ils ont int&#233;gr&#233; l'histoire personnelle, on ne peut pas se d&#233;sint&#233;resser de l'analogie glossologique avec les mots et les termes. La formule d&#233;finissant la syntaxe - &#171; le r&#232;gne du m&#234;me sur plus d'un &#187; (DVD I, p. 56) &#8211; re&#231;oit donc une transposition en sociolinguistique. Le &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; devient alors l'&lt;i&gt;immutabilit&#233;&lt;/i&gt; auctoriale, et &lt;i&gt;plus d'un&lt;/i&gt; est repr&#233;sent&#233; par la &lt;i&gt;mutabilit&#233;&lt;/i&gt; des termes qui se succ&#232;dent, et qui sont marqu&#233;s par leur propri&#233;t&#233; &#224; l'auteur. L'exercice traditionnel appel&#233; &lt;i&gt;explication de texte&lt;/i&gt; est un partage d'information : l'interpr&#232;te traduit interlocutivement les mots propres de l'auteur pour se les approprier et en faire des noms un peu plus communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons comme exemple un texte expliqu&#233; par des g&#233;n&#233;rations d'&#233;l&#232;ves, le r&#233;cit de Th&#233;ram&#232;ne (Ph&#232;dre, Acte V, 6)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par J. Gagnepain comme &#233;tant la meilleure illustration de la narration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me si le style de Th&#233;ram&#232;ne est tr&#232;s loin du r&#233;cit d'un des &lt;i&gt;unsophisticated speakers&lt;/i&gt; enregistr&#233;s par les sociolinguistes am&#233;ricains, l'un comme l'autre sont des narrateurs en ce sens qu'ils s'approprient le temps en comm&#233;morant un &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td colspan='2'&gt;&lt;center&gt;R&#233;cit de Th&#233;ram&#232;ne (d&#233;but)&lt;/center&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&#192; peine nous sortions des&lt;strong&gt; portes de Tr&#233;c&#232;ne&lt;/strong&gt;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait &lt;strong&gt;sur son char&lt;/strong&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Ses gardes&lt;/strong&gt; afflig&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
Imitaient&lt;strong&gt; son silence&lt;/strong&gt;, autour de lui rang&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il suivait&lt;strong&gt; tout pensif&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;le chemin de Myc&#232;nes&lt;/strong&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa main sur ses chevaux&lt;strong&gt; laissait flotter les r&#234;nes&lt;/strong&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ses superbes &lt;strong&gt;coursiers&lt;/strong&gt;, qu'on voyait &lt;strong&gt;autrefois&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pleins d'une &lt;strong&gt;ardeur si noble&lt;/strong&gt; ob&#233;ir &#224; sa voix,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#339;il morne &lt;/strong&gt; maintenant et &lt;strong&gt;la t&#234;te baiss&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Semblaient se conformer &#224; &lt;strong&gt;sa triste pens&#233;e.&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Un &lt;strong&gt;effroyable cri &lt;/strong&gt; sorti &lt;strong&gt;du fond des flots&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Des airs en ce moment a troubl&#233; le repos ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et du sein de la terre une &lt;strong&gt;voix formidable&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;R&#233;pond &lt;/strong&gt; en g&#233;missant &#224; ce cri redoutable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'au fond de nos c&#339;urs &lt;strong&gt;notre sang&lt;/strong&gt; s'est &lt;strong&gt;glac&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Des coursiers attentifs le crin s'est h&#233;riss&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant sur le dos de la plaine liquide&lt;br class='autobr' /&gt;
S'&#233;l&#232;ve &#224; gros bouillons une &lt;strong&gt;montagne humide&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'onde approche, se brise, et vomit &#224; nos yeux,&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi des flots d'&#233;cume un &lt;strong&gt;monstre furieux&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[...]&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Les passages soulign&#233;s correspondent &#224; ce que pourrait retenir une premi&#232;re lecture &lt;i&gt;personnelle&lt;/i&gt; (donc arbitraire). Retenir par exemple sous la forme de notes rapides prises en vue d'une restitution, c'est-&#224;-dire d'un autre partage du r&#233;cit. Mis bout &#224; bout, ces passages pourraient constituer un r&#233;cit en style t&#233;l&#233;graphique, comparable &#224; un r&#233;cit d'aphasique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'exemple donn&#233; par Gagnepain 1994b, p. 91 : &#171; Dimanche-No&#235;l-jouets-Michel-&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque passage fait avancer le r&#233;cit ; nous sommes loin des &lt;i&gt;narrative clauses&lt;/i&gt; du d&#233;but : ceux-ci &lt;i&gt;d&#233;signent&lt;/i&gt; un moment dans le d&#233;roulement, leur place est fixe. Les mots-cl&#233;s de Th&#233;ram&#232;ne, au contraire, &lt;i&gt;constituent&lt;/i&gt; le d&#233;roulement par leur seule pr&#233;sence dans la cha&#238;ne. N'oublions pas cependant que ces mots-cl&#233;s sont s&#233;lectionn&#233;s par un lecteur, qui ne peut que pr&#234;ter &#224; l'auteur ses propres mots-cl&#233;s, persuad&#233; qu'ils correspondent &#224; la part d'auteur contenu dans l'original. D'autres lecteurs, revendiquant la m&#234;me l&#233;galit&#233;, pourraient retenir d'autres endroits du texte ; leur r&#233;cit serait diff&#233;rent, mais ce serait toujours un consensus n&#233;goci&#233;. Il n'y a aucun &#233;cart &#224; juger, puisqu'aucun interlocuteur ne peut mesurer la part de lui-m&#234;me que l'auteur a mis dans chacun de ses mots. La&lt;i&gt; m&#234;me chose&lt;/i&gt; n'est pensable qu'en glossologie, o&#249; &#171; &#233;noncer un message ou le lire &#8211; c'est-&#224;-dire le restituer oralement &#8211; c'est tout un &#187; (DVD I, p. 93). Le message ici est partag&#233;, il n'y a de sens que consensuel, et l'explication de texte n'est jamais termin&#233;e. Il faut souligner le parall&#233;lisme entre le mot &#224; mot du narrateur qui avance dans son r&#233;cit, et le travail du traducteur qui suit mot &#224; mot son auteur. L'un et l'autre partagent un message. Dans le cas du traducteur, le partage est double. Il est en effet doublement interlocuteur, traduisant &#224; la fois quelqu'un et pour quelqu'un. Son risque in&#233;vitable est donc de mal comprendre et de se faire mal comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux saisir ce double malentendu de &lt;i&gt;l'interlocution m&#233;diate&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se r&#233;f&#232;re ici &#224; une r&#233;flexion de J. Gagnepain, qui note que du domaine de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on partira d'un texte d'anthologie, l'&#233;pisode de &lt;i&gt;la tasse de th&#233;&lt;/i&gt; de Marcel Proust, et on imaginera un &#233;l&#232;ve anglais ou allemand, ayant &#224; d&#233;chiffrer ce passage &#224; l'aide d'un dictionnaire bilingue.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y avait d&#233;j&#224; &lt;strong&gt;bien des&lt;/strong&gt; ann&#233;es que, de Combray, tout ce qui n'&#233;tait pas le th&#233;&#226;tre et le drame de mon &lt;strong&gt;coucher &lt;/strong&gt; n'existait plus pour moi, quand un jour d'&lt;strong&gt;hiver&lt;/strong&gt;, comme je &lt;strong&gt;rentrais &lt;/strong&gt; &#224; la maison, ma m&#232;re, &lt;strong&gt;voyant &lt;/strong&gt; que j'avais &lt;strong&gt;froid&lt;/strong&gt;, me proposa de me faire &lt;strong&gt;prendre&lt;/strong&gt;, contre mon &lt;strong&gt;habitude&lt;/strong&gt;, un peu de th&#233;. Je &lt;strong&gt;refusai &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;d'abord&lt;/strong&gt; et, je ne sais pourquoi, me &lt;strong&gt;ravisai&lt;/strong&gt;. Elle envoya &lt;strong&gt;chercher &lt;/strong&gt; un de ces &lt;strong&gt;g&#226;teaux &lt;/strong&gt; courts et &lt;strong&gt;dodus &lt;/strong&gt; appel&#233;s Petites Madeleines qui &lt;strong&gt;semblent &lt;/strong&gt; avoir &#233;t&#233; &lt;strong&gt;moul&#233;s &lt;/strong&gt; dans la &lt;strong&gt;valve &lt;/strong&gt; rainur&#233;e d'une &lt;strong&gt;coquille &lt;/strong&gt; de Saint-Jacques. Et &lt;strong&gt;bient&#244;t&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;machinalement&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;accabl&#233; &lt;/strong&gt; par la &lt;strong&gt;morne &lt;/strong&gt; journ&#233;e et la &lt;strong&gt;perspective &lt;/strong&gt; d'un triste &lt;strong&gt;lendemain&lt;/strong&gt;, je portai &#224; mes &lt;strong&gt;l&#232;vres &lt;/strong&gt; une &lt;strong&gt;cuiller&#233;e &lt;/strong&gt; du th&#233; o&#249; j'avais laiss&#233; &lt;strong&gt;s'amollir&lt;/strong&gt; un &lt;strong&gt;morceau &lt;/strong&gt; de madeleine.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En supposant qu'&#224; chacun des trente mots soulign&#233;s l'&#233;l&#232;ve a consult&#233; le dictionnaire, il a pu se constituer le glossaire suivant :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;(d') abord&lt;br class='autobr' /&gt;
accabl&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
(s') amollir&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien des&lt;br class='autobr' /&gt;
bient&#244;t&lt;br class='autobr' /&gt;
chercher&lt;br class='autobr' /&gt;
coquille&lt;br class='autobr' /&gt;
coucher&lt;br class='autobr' /&gt;
cuiller&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
dodu&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;froid&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#226;teaux&lt;br class='autobr' /&gt;
habitude&lt;br class='autobr' /&gt;
hiver&lt;br class='autobr' /&gt;
lendemain&lt;br class='autobr' /&gt;
l&#232;vres&lt;br class='autobr' /&gt;
machinalement&lt;br class='autobr' /&gt;
morceaux&lt;br class='autobr' /&gt;
morne&lt;br class='autobr' /&gt;
moul&#233;s&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;perspective&lt;br class='autobr' /&gt;
prendre&lt;br class='autobr' /&gt;
proposa&lt;br class='autobr' /&gt;
rainur&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
(me) ravisai&lt;br class='autobr' /&gt;
refusai&lt;br class='autobr' /&gt;
rentrais&lt;br class='autobr' /&gt;
semblent&lt;br class='autobr' /&gt;
valve&lt;br class='autobr' /&gt;
voyant&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Cette liste des mots appris par l'&#233;l&#232;ve est &#233;videmment fonction de son niveau de langue ; d'autres &#233;l&#232;ves pourraient avoir plus ou moins de lacunes lexicales, leurs glossaires respectifs comprendraient donc plus ou moins de nouveaux mots. En ce sens, la liste est personnelle, elle contient des mots que l'&#233;l&#232;ve s'est appropri&#233;s &#224; l'aide du dictionnaire bilingue. Les &#233;quivalents anglais ou allemands ne lui sont accessibles qu'&#224; travers la dialectique de la prise et du don, ce qui signifie que chacun comprend &#224; sa fa&#231;on les mots que le dictionnaire lui propose. C'est par ce malentendu in&#233;vitable que paradoxalement se manifeste l'appropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un geste neutre d'extraire d'un texte des mots pour se les approprier : en les soumettant &#224; l'ordre alphab&#233;tique du dictionnaire, l'apprenant les soustrait n&#233;cessairement &#224; un auteur, qui les avait plac&#233;s dans un ordre diff&#233;rent. L'ordre alphab&#233;tique par contre est indiff&#233;rent &#8211; le glossaire par a-b-c est disponible pour tout usager, car consultable dans n'importe quel ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retra&#231;ons maintenant l'ordre dans lequel le lecteur de Proust a cherch&#233; les mots de la liste ci-dessus :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;bien des &lt;br class='autobr' /&gt;
coucher&lt;br class='autobr' /&gt;
hiver&lt;br class='autobr' /&gt;
rentrais&lt;br class='autobr' /&gt;
voyant&lt;br class='autobr' /&gt;
froid&lt;br class='autobr' /&gt;
proposa&lt;br class='autobr' /&gt;
prendre&lt;br class='autobr' /&gt;
habitude&lt;br class='autobr' /&gt;
refusai&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;(d') abord&lt;br class='autobr' /&gt;
ravisai&lt;br class='autobr' /&gt;
chercher&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#226;teaux&lt;br class='autobr' /&gt;
dodu&lt;br class='autobr' /&gt;
semblent&lt;br class='autobr' /&gt;
moul&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
valve&lt;br class='autobr' /&gt;
rainur&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
coquille&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;bient&#244;t &lt;br class='autobr' /&gt;
machinalement&lt;br class='autobr' /&gt;
accabl&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
morne&lt;br class='autobr' /&gt;
perspective&lt;br class='autobr' /&gt;
lendemain&lt;br class='autobr' /&gt;
l&#232;vres&lt;br class='autobr' /&gt;
cuiller&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
(s') amollir &lt;br class='autobr' /&gt;
morceaux&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Cette liste est inutilisable pour tout autre texte. Mais c'est justement cette inutilit&#233;-l&#224; qui traduit une propri&#233;t&#233; auctoriale. En quittant la place impersonnelle qu'ils occupent dans le dictionnaire, ces mots se rangent dans un ordre personnel ; ils ne deviennent &lt;i&gt;noms propres&lt;/i&gt; que par la place qu'ils occupent les uns par rapport aux autres, leur caract&#232;re &lt;i&gt;onomastique&lt;/i&gt; n'appara&#238;t qu'en dehors du dictionnaire. En langue, chaque mot a un propri&#233;taire, et chaque contact linguistique est une n&#233;gociation entre propri&#233;taires. M&#234;me l'&#233;l&#232;ve &#233;tranger lecteur de Proust devient le propri&#233;taire et l'auteur de sa lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste &#224; parler du traducteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reprenons ici quelques id&#233;es d&#233;velopp&#233;es dans Herrnann 2020, 99/100.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont l'office est de produire une r&#233;&#233;criture. Il est personnellement auteur sans avoir le droit de l'&#234;tre. Pour comprendre l'auteur &#224; traduire, il est sensiblement dans la m&#234;me situation qu'un simple lecteur ; comme celui-ci, en &#233;change des mots qu'il re&#231;oit, il ne peut proposer que les siens, m&#234;me si, bilingue, il peut les proposer des deux c&#244;t&#233;s du dictionnaire d'&#233;quivalences. D'o&#249; l'alternative qui s'offre &#224; lui. Choisira-t-il un des &#233;quivalents propos&#233;s par le dictionnaire, ou bien d&#233;cidera-t-il de reprendre &#224; son compte le mot de l'auteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'axe onomastique de la traduction se r&#233;sume par l'alternative &lt;i&gt;emprunt&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#233;quivalent&lt;/i&gt;. Dans le texte de Proust : traduira-t-on &lt;i&gt;g&#226;teau&lt;/i&gt;, ou gardera-t-on &lt;i&gt;madeleine &lt;/i&gt; ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou bien, dans un contexte de policier am&#233;ricain : cherchera-t-on un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; traduisante se conjugue au pr&#233;sent : j'ai &#224; traduire un mot x. Mais elle se conjugue aussi au pass&#233;, de fa&#231;on r&#233;trospective : comment ai-je traduit le mot x aux autres endroits du texte ? L'axe &lt;i&gt;horistique&lt;/i&gt; de la traduction se r&#233;sume par l'alternative &lt;i&gt;r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;variation &lt;/i&gt; ? Dans notre texte, cette question peut se poser pour le mot &lt;i&gt;souvenir &lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrivera-t-il jusqu'&#224; la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l'instant ancien que [&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
[9 lignes]&lt;br class='autobr' /&gt;
Et tout d'un coup, le souvenir m'est apparu. [...]&lt;br class='autobr' /&gt;
[7 lignes]&lt;br class='autobr' /&gt;
[..] peut-&#234;tre parce que, de ces souvenirs abandonn&#233;s si longtemps [&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
[9 lignes]&lt;br class='autobr' /&gt;
[..] &#224; porter sans fl&#233;chir [..] l'&#233;difice immense du souvenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2 lignes]&lt;br class='autobr' /&gt;
[..] remettre &#224; bien plus tard de d&#233;couvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si, dans le cas pr&#233;sent, le maintien du mot &lt;i&gt;souvenir&lt;/i&gt; semble s'imposer, il n'en reste pas moins que cette r&#233;p&#233;tition d'un mot doit retenir l'attention ; elle ne devient cha&#238;ne d'occurrences qu'en cas de consensus, et son maintien doit se n&#233;gocier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se pr&#233;sente enfin le dictionnaire &lt;i&gt;personnel&lt;/i&gt; du traducteur ? Il ne contient pas tous les mots du texte, mais uniquement ceux qu'il a recherch&#233;s. Dans ce dictionnaire, l'ordre chronologique et l'ordre alphab&#233;tique coexistent, correspondant respectivement aux deux coordonn&#233;es du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre chronologique repr&#233;sente la dimension onomastique : ce sont les mots dans l'ordre o&#249; ils ont &#233;t&#233; recherch&#233;s. La chronologie de l'auteur et celle du traducteur s'y trouvent m&#234;l&#233;es, car si le premier progresse de fa&#231;on lin&#233;aire, le second ne le suit pas forc&#233;ment, il peut revenir en arri&#232;re ou anticiper sur la fin, il a donc sa propre chronologie. La dimension horistique se retrouve dans l'ordre alphab&#233;tique, o&#249; sont rang&#233;s les mots dont les occurrences ont &#233;t&#233; recherch&#233;es en cours de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le dictionnaire bilingue, qui &#233;tait au d&#233;part un manuel et un auxiliaire, en perdant son utilit&#233;, est devenu le proc&#232;s-verbal d'une op&#233;ration traduisante. Deux histoires s'y croisent, celle de l'auteur, et celle de &lt;i&gt;&#956;&#949;&#964;&#945;&#966;&#961;&#945;&#963;&#964;&#942;&#962;&lt;/i&gt;, son traducteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt; &lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Benveniste &#201;mile (1958), &#171; De la subjectivit&#233; dans le langage &#187;, in &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale I&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1966, pp. 258-266.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benveniste, &#201;mile (1959), &#171; Les relations de temps dans le verbe fran&#231;ais &#187;, in &lt;i&gt;Probl&#232;mes de&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;linguistique g&#233;n&#233;rale I&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1966, pp. 237-250.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benveniste &#201;mile (1960), &#171; La philosophie analytique et le langage &#187;, in &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale I&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1966, pp. 267-276.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu Pierre (1982), &lt;i&gt;Ce que par&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;er veu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt; dire. L'&#201;conomie des &#233;changes linguistiques&lt;/i&gt;, Paris, Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gagnepain Jean, &lt;i&gt;Du Vouloir Dire. Trait&#233; d'&#233;pist&#233;mologie des science humaines&lt;/i&gt;, I et II, Paris /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruxelles, 1982, 1991 (DVD I, II).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gagnepain Jean, 1989, &#171; &#192; propos de quelques concepts de la socio- et de l'axio-linguistique &#187;, in &lt;i&gt;Anthropologiques&lt;/i&gt; 2 (Actes du Premier Colloque International d'Anthropologie Clinique, Namur, octobre 1987), Louvain-la-Neuve, Peeters, pp. 233-248.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gagnepain Jean, 1994,&lt;i&gt; Le&#231;ons d'introduction &#224; la th&#233;orie de la m&#233;diation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Anthropologiques&lt;/i&gt; 5, Louvain-la-Neuve, Peeters.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gagnepain Jean, 1994b, &lt;i&gt;Mes Parlements I. Du r&#233;cit au discours. Propos sur l'histoire et le droit&lt;/i&gt;, Bruxelles, De Boeck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gougenheim G., Mich&#233;a R., Rivenc P., Sauvageot A, 1964, &lt;i&gt;L'&#201;laboration du fran&#231;ais fondamental (1&lt;/i&gt;&lt;i&gt;er&lt;/i&gt;&lt;i&gt; degr&#233;). &#201;tude sur l'&#233;tablissement d'un vocabulaire et d'une grammaire de base&lt;/i&gt;, Paris, Didier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillaume J.-Y. (1989), &#171; L'&#233;mergence au r&#233;cit &#187;, in &lt;i&gt;Anthropologiques&lt;/i&gt; 2, pp. 249-259.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herrmann Michael, H&#246;lz Karl (eds.), 2001, &lt;i&gt;Confluences&lt;/i&gt;. M&#233;langes offerts &#224; Alberto Barrera-Vidal par ses coll&#232;gues et amis. Publications du Centre Universitaire de Luxembourg [&#201;tudes Romanes XVII], Luxembourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herrmann Michael, 2001, &#171; Les actualit&#233;s c'est pas l'histoire &#187;. Encore un regard sur histoire et discours dans le verbe, in Herrmann / H&#246;lz, pp. 167-192.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herrmann Michael, 2002, &#171; &#220;ber die Fremdheit des Waschb&#228;ren &#187;, in Leinen Frank (ed), &lt;i&gt;Literarische Begegnungen&lt;/i&gt;. Festschrift f&#252;r Karl H&#246;lz zum 6&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;, Geburtstag, Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herrmann Michael, 2020, &lt;i&gt;M&#233;taphraste ou De la Traduction&lt;/i&gt;, Bern, Peter Lang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hoffmann Christian R. (&#233;d.), 2010, &lt;i&gt;Narrative Revisited. Telling a story in the age of new media&lt;/i&gt;, J. Benjamins, Amsterdam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Labov William, Waletzky Joshua, 1969, &lt;i&gt;Narrative Analysis : Oral Versions of Personal Experience&lt;/i&gt;, in Helm June (&#233;d.), &lt;i&gt;Essays on the verbal and visual arts&lt;/i&gt;, pp. 12-44.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quentel Jean-Claude, 1993, &lt;i&gt;L'Enfant. Probl&#232;mes de gen&#232;se et d'histoire&lt;/i&gt;, Paris / Bruxelles, DeBoeck, 1996 (2&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;dition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruwet Nicolas, 1972, &lt;i&gt;Th&#233;orie syntaxique et syntaxe du fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Paris, Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saussure Ferdinand de, 1972, &lt;i&gt;Cours de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, Paris, Payot (CLG).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;William Labov/Joshua Waletzky, Narrative Analysis : Oral versions of personal experience (1967), in : &lt;i&gt;Essays on the verbal and visual arts&lt;/i&gt;, J.Helm (ed.), pp. 12-44. En 2007, ce travail a pu servir de point de d&#233;part &#224; un colloque international : Christian R.Hoffmann (ed), &lt;i&gt;Narrative Revisited&lt;/i&gt;, Amsterdam, Benjamins, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous traduisons en n&#233;gligeant les niveaux de langue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous ne parlons pas de l'autorit&#233; de l'enseignant, du m&#233;decin ou du policier ; les propos autoris&#233;s dont il s'agit ici ne s'inscrivent pas dans un office professionnel de la personne, mais dans un office circonstanciel et momentan&#233;. Cf. Bourdieu 1982, pp. 103-105 ; et Benveniste 1963, p. 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les concepts d'onomastique et d'horistique sont d&#233;velopp&#233;s dans DVD II, p. 147 : &#171; Nous n'identifions pas [..] le lexique et le texte &#8211; respectivement abscisse et ordonn&#233;e de toute grammaire &#8211; non plus que le vocabulaire et la phrase en lesquels chaque locuteur, au gr&#233; de la situation, rh&#233;toriquement les am&#233;nage, &#224; ce qu'il faut tenir, au contraire, pour les coordonn&#233;es tour &#224; tour onomastique et horistique, qui s'av&#232;rent &#234;tre verbalement d&#233;finitoires du statut et de la notori&#233;t&#233; de la personne [..] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous reprenons ici le raisonnement de J. Gagnepain (1994 b, p. 94) suivant lequel il ne peut y avoir dans un d&#233;veloppement ni suspension ni anticipation : &#171; Le principal reste qu'ici l'intrigue se fait argument, que l'introduction annonce par avance les parties et la conclusion, comme les pr&#233;misses, la d&#233;duction ; que la digression soit exclue au m&#234;me titre que l'anacoluthe ; qu'en un mot l'ensemble soit clos et qu'on ne commence jamais l'expos&#233; que de ce dont on conna&#238;t d&#233;j&#224; plus ou moins la fin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette formule de 1967 continue de faire autorit&#233; : la narration est &#171; the representation of at least two real or fictive events in a time sequence, neither of which presupposes nor entails the other &#187; (Prince, Narratology. The Form and Functioning of Narrative, Amsterdam 1982, 4). Dans un colloque en 2007, cette d&#233;finition &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme un point de d&#233;part vers l'&#233;tude d'une computer-mediated communication : Christian R. Hoffmann (&#233;d.) 2010, p.4. (Cf. n.1).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ceci contrairement &#224; Andreas. H. Jucker, &#171; Audacious, brillant !! What a strike ! &#187;, Live text commentaries on the Internet as real-time-narratives, in : Christian R.Hoffmann (&#233;d.) 2010, pp. 57-77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gagnepain 1994b, p. 43. La m&#234;me remarque s'applique &#224; l'anatopie : quand nous disons que le Rhin prend sa source en Suisse, nous n&#233;gligeons la diff&#233;rence entre un fleuve avant ses affluents et apr&#232;s ses affluents.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quentel 1993, p. 218 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-Y. Guillaume 1989, p. 252.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. notre discussion sur le bateau de Th&#233;s&#233;e, in : Herrmann 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'auteur lui-m&#234;me juge les deux concepts &#171; en apparence contradictoires &#187;, et les &#233;diteurs ajoutent ce commentaire : &#171; On aurait tort de reprocher &#224; F. de Saussure d'&#234;tre illogique ou paradoxal en attribuant &#224; la langue deux qualit&#233;s contradictoires &#187; ; mais ce caract&#232;re paradoxal n'est pas illogique &#8211; il proc&#232;de au contraire du traitement logique de la question.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Mitterrand : &#171; [...] on ne peut plus &#233;tudier les &#339;uvres comme si l'inventaire de leurs formes linguistiques &#233;tait impossible. Le texte est l&#224;, int&#233;gralement 'd&#233;mont&#233;', en petits morceaux, au pied de l'ordinateur &#187; ; l'auteur &#233;tait persuad&#233; que l'analyse pourrait guider le critique &#171; dans le fouillis des mots &#187; (Le Nouvel Observateur, 8/24 mai 1968). Voir le chapitre &#171; Faire de l'&#339;uvre un inventaire ou faire de l'inventaire une &#339;uvre &#187;, in : Herrmann 2002, pp. 359-363.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ruwet 1972, p. 177 (&#171; Les constructions factitives &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DVD II, p. 139 ; et Le&#231;ons, p.150.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gougenheim et al., pp. 69-71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Mich&#233;a avait distingu&#233; en 1950 des mots ath&#233;matiques (&#171; mots grammaticaux, adjectifs et verbes courants, quelques noms tr&#232;s g&#233;n&#233;raux &#187;) et des mots th&#233;matiques (&#171; mots li&#233;s &#224; un th&#232;me &#187;), in : Gougenheim, p. 144.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par J. Gagnepain comme &#233;tant la meilleure illustration de la narration en litt&#233;rature classique (1994b, p. 82).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'exemple donn&#233; par Gagnepain 1994b, p. 91 : &#171; Dimanche-No&#235;l-jouets-Michel-v&#233;lo-Annie-poup&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se r&#233;f&#232;re ici &#224; une r&#233;flexion de J. Gagnepain, qui note que du domaine de la traduction soient &#171; curieusement exclus les cas les plus nombreux &#8211; fussent-ils, bien s&#251;r, les moins spectaculaires &#8211; d'interlocution imm&#233;diate &#187; (DVD II, p. 159).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous reprenons ici quelques id&#233;es d&#233;velopp&#233;es dans Herrnann 2020, 99/100.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ou bien, dans un contexte de policier am&#233;ricain : cherchera-t-on un &#233;quivalent de rifle, ou, pour para&#238;tre plus initi&#233;, empruntera-t-on AK-47 ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>

<item xml:lang="fr">
		<title>Attention ! Un plan peut en cacher un autre</title>
		<link>http://tetralogiques.fr/spip.php?article296</link>
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		<dc:date>2025-04-15T13:42:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Le Goff, Ren&#233;-Louis</dc:creator>


		<dc:subject>th&#233;orie de la m&#233;diation</dc:subject>
		<dc:subject>langage</dc:subject>
		<dc:subject>technique</dc:subject>
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		<dc:subject>apprentissage</dc:subject>
		<dc:subject>lecture</dc:subject>
		<dc:subject>enseignement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Inspecteur honoraire de l'&#201;ducation nationale, membre du conseil d'administration de l'A.D.A.M. (Association pour le D&#233;veloppement de l'Anthropologie M&#233;diationniste)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?rubrique70" rel="directory"&gt;Varia&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;th&#233;orie de la m&#233;diation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot147" rel="tag"&gt;technique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot207" rel="tag"&gt;apprentissage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot342" rel="tag"&gt;lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot368" rel="tag"&gt;enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'ambition d'enseigner la lecture &#224; tous les petits fran&#231;ais constitue le fondement m&#234;me de l'&#233;cole de la r&#233;publique. Le savoir-lire reste le plus embl&#233;matique des apprentissages &#171; fondamentaux &#187;. Or, le constat persistant que 20% d'&#233;l&#232;ves n'acc&#232;dent pas &#224; la lecture (statistiques du minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale), outre qu'il alerte sur l'abandon progressif, aujourd'hui patent, d'une formation professionnelle des ma&#238;tres d'apprentissage de la lecture, met l&#233;gitimement en examen les pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques des instructions officielles, et donc les travaux de recherche qui informent ces directives. Mon propos plaide r&#233;solument pour un renouvellement de la probl&#233;matique de l'apprentissage de la lecture, sous l'&#233;clairage de la Th&#233;orie de la M&#233;diation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The ambition to teach all French children to read is the very foundation of the French Republic's school system. The ability to read remains the most emblematic of 'fundamental' learning. However, the persistent finding that 20% of pupils do not learn to read (Ministry of Education statistics), in addition to alerting us to the progressive abandonment, now patent, of professional training for reading teachers, legitimately calls into question the theoretical presuppositions of official instructions, and therefore the research that informs these directives. My paper argues resolutely for a renewal of the problematic of learning to read, in the light of Mediation Theory.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution poursuit la r&#233;flexion sur l'apprentissage de la lecture, inaugur&#233;e dans le num&#233;ro 28 de &lt;i&gt;T&#233;tralogiques&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233;-Louis Le Goff, &#171; Pour une probl&#233;matique renouvel&#233;e de l'apprentissage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; par une premi&#232;re approche des th&#232;ses majoritairement d'inspiration cognitiviste, qui fournissent depuis vingt ans &#224; l'&#201;ducation nationale sa r&#233;f&#233;rence absolue en mati&#232;re d'enseignement de la lecture. Il n'est d&#233;sormais d'instruction officielle destin&#233;e aux ma&#238;tres d'apprentissage de la lecture qui n'ait &#171; fait l'objet d'une lecture critique de plusieurs membres du Conseil scientifique de l'&#201;ducation nationale (CSEN) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, 2018, avertissement, p.1.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pr&#233;sid&#233; par Stanislas Dehaene, depuis sa cr&#233;ation en 2018. Le sp&#233;cialiste des neurosciences est devenu l'incontournable repr&#233;sentant de &lt;i&gt;la science au service de l'&#233;cole&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene (sous la direction de), 2019.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;pour diffuser largement sur les m&#233;dias la v&#233;rit&#233; scientifique dans l'ensemble des domaines qui engagent l'enfant dans ses divers apprentissages. B&#233;n&#233;ficiant de la tribune qui lui a &#233;t&#233; offerte quotidiennement cet &#233;t&#233; sur France-Inter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, 2024.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Stanislas Dehaene a pu proclamer, sans risque d'&#234;tre contest&#233;, et avec une assurance d&#233;concertante, sa confiance dans l'application de directives p&#233;dagogiques, scientifiquement agr&#233;&#233;es par le CSEN, en d&#233;pit des difficult&#233;s auxquelles elles exposent chaque ann&#233;e plus d'un quart (d&#233;clar&#233; officiellement) des &#171; &#233;l&#232;ves de CP &#187; dans leur apprentissage de la compr&#233;hension de l'&#233;criture de la langue :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sur la lecture, je crois qu'on a beaucoup progress&#233; et l&#224; je suis tr&#232;s optimiste. Tous les signaux sont convergents. Il y a (effectivement) une distinction entre le vocabulaire qui commence &#224; l'oral et qui se poursuit ensuite &#224; l'&#233;crit, et puis la lecture en tant que d&#233;codage qui est vraiment l'activit&#233; qu'on pratique au CP. Et tout le monde est d'accord maintenant l&#224;-dessus. Au CP, en d&#233;but de CP, on va se focaliser sur apprendre &#224; d&#233;coder, et en six mois, on saura d&#233;coder la plupart des mots r&#233;guliers du fran&#231;ais &#224; la fin de l'ann&#233;e. Mais apr&#232;s, et avant, il faut avoir acquis beaucoup de vocabulaire&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Invit&#233; de la matinale de France-Inter, le 24 mars 2024.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers des chiffres qui traduisent la persistance d'un probl&#232;me que n'ont jamais r&#233;ussi &#224; d&#233;passer les responsables du syst&#232;me &#233;ducatif, Camille Dejardin fait entendre l'urgence, comme nous l'a appris Jean Gagnepain, de le questionner en tout cas en termes diff&#233;rents de ceux &#224; l'instant rapport&#233;s, lesquels pr&#233;tendent l'avoir d&#233;finitivement r&#233;gl&#233; dans la r&#233;solution de l'&#233;quation : apprentissage de la lecture = B-A-BA + Vocabulaire. Car, lorsqu'un probl&#232;me persiste avec autant d'acuit&#233;, l'on peut penser bien l&#233;gitimement que la mani&#232;re de le poser, autrement dit sa probl&#233;matique, est &#233;puis&#233;e et qu'il convient donc de la renouveler. Quand la science s'y refuse, elle risque alors de c&#233;der au mythe en promettant aux ma&#238;tres, sans changer de cap, ce qu'ils ne peuvent assurer, &#171; 100% de r&#233;ussite au CP &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, 2018, p. 45.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La sanction, sans appel, est h&#233;las hautement pr&#233;visible :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le constat est &#233;galement accablant en lecture, compr&#233;hension et expression &#233;crites, m&#234;me s'il n'y a pas l&#224; de baisse fulgurante mais une stagnation dont on semble se contenter : en 2015 comme en 2003, environ 60% des &#233;l&#232;ves avaient ainsi une &#8220;ma&#238;trise jug&#233;e suffisante des comp&#233;tences attendues en fin de scolarit&#233; primaire&#8221;, ce qui n'emp&#234;che donc pas quelque 40% d'&#233;l&#232;ves d'avoir une ma&#238;trise insuffisante de ces aptitudes de base. Au terme de la scolarit&#233; obligatoire, selon la m&#234;me m&#233;thodologie, 40% d'&#233;l&#232;ves ne ma&#238;trisent toujours pas correctement la lecture et plus de 20% sont &#8220;en grande difficult&#233;&#8221;, cette fois &#224; 15 ans ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camille Dejardin, 2022, p. 5.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;cole de la R&#233;publique, qui garantit en principe &#224; &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les &#233;l&#232;ves des chances &#233;gales de r&#233;ussite, continuerait de se disqualifier en &lt;i&gt;naturalisant&lt;/i&gt; l'&#233;chec scolaire pr&#233;coce et durable des enfants issus des classes populaires, au pr&#233;texte id&#233;ologique qu'ils manqueraient de &#171; vocabulaire &#187;, parce qu'ils seraient d'apr&#232;s les experts du CSEN, insuffisamment &#171; expos&#233;s &#224; un langage de qualit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;1. L'&#224;-faire du langage&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;En &lt;i&gt;raisonnance &lt;/i&gt;avec la journ&#233;e d'&#233;tude consacr&#233;e &#224; l'h&#233;ritage et l'actualit&#233; de la pens&#233;e de Jean Gagnepain, le pr&#233;sent article trouve un nouvel &#233;lan pour soutenir la rupture &#233;pist&#233;mologique qui s'impose avec l'id&#233;e traditionnellement admise, selon laquelle la probl&#233;matique de l'apprentissage de la lecture serait circonscrite au seul champ du &#171; langage &#187;. Les personnes hospitalis&#233;es au service de neurologie du CHU de Rennes, diagnostiqu&#233;es aphasiques, pr&#233;sentaient des tableaux cliniques tellement divers qu'ils ont fini par convaincre le linguiste Jean Gagnepain et l'aphasiologue Olivier Sabouraud, de devoir quitter leur champ de pr&#233;dilection, &lt;i&gt;s'indiscipliner &lt;/i&gt;donc, en reconnaissant que si ces personnes &#233;taient toutes atteintes &lt;i&gt;dans leur&lt;/i&gt; langage, elles ne l'&#233;taient pas forc&#233;ment &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; langage :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La lecture et l'&#233;criture ont &#233;t&#233; le point de d&#233;part qui nous a permis de constituer l'ergologie. En effet, la clinique aphasiologique nous a contraint, a&#768; la fois, a&#768; dissocier les troubles de l'&#233;criture et de la lecture de ceux du langage, et a&#768; les introduire dans une perspective plus vaste dont la manifestation pathologique est l'atechnie&#8230; Ainsi, parler de l'&#233;criture et de la lecture, c'est parler de l'appareillage du langage. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Gagnepain, 1993, p.106.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les troubles de la lecture, associ&#233;s &#224; ceux de l'&#233;criture, qu'ils supposaient &#224; tort ressortir exclusivement &#224; l'aphasie, ont ainsi conduit ces deux sp&#233;cialistes du &#171; langage &#187; &#224; &#233;mettre l'hypoth&#232;se, v&#233;rifi&#233;e par la clinique, que ces troubles n'affectaient pas forc&#233;ment leur raisonnement logique, mais qu'ils &#233;taient les sympt&#244;mes, dans la lecture et l'&#233;criture, d'une pathologie qui d&#233;passait largement ces activit&#233;s, puisqu'elle alt&#233;rait l'ensemble de leur conduite outill&#233;e. Les personnes atteintes de tels dysfonctionnements leur auront ainsi appris que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est, structuralement, une m&#234;me aptitude, en effet, que d'exploiter ou d'ex&#233;cuter la lisibilit&#233;. Les deux s'acqui&#232;rent et se perdent ensemble. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Gagnepain, 1982, p. 227-228.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; langage &#187; m&#233;rite donc bien des guillemets, tant il laisse penser qu'il serait au c&#339;ur, voire le c&#339;ur m&#234;me, de l'ensemble des questions qui interpellent notre humanit&#233;, dont celle qui nous occupe : l'apprentissage par le petit animal humain de la lecture. Force est de constater que les th&#232;ses les plus m&#233;diatis&#233;es, relatives &#224; cet apprentissage, continuent de tenir le langage comme l'explication d&#233;finitive, de sa r&#233;ussite comme de son &#233;chec. Faisant &#233;cho aux premiers travaux du CSEN, lesquels affirmaient qu'&#8220; apprendre &#224; lire, c'est d&#233;velopper une nouvelle voie d'entr&#233;e dans les circuits du langage, par le biais de la vision&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, 2019, p. 32.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Stanislas Dehaene ne craint pas d'enfoncer le clou :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apprendre &#224; lire, c'est substituer la vision &#224; l'audition. L'alphabet est une invention merveilleuse : gr&#226;ce &#224; lui, au lieu de nous servir de nos deux oreilles, nous acc&#233;dons au langage par le regard. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, 2024, p. 50.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Stanislas Dehaene distille ses propos sans l'ombre du moindre doute, assur&#233; qu'une telle d&#233;finition qui semble tellement aller de soi ne saurait &#234;tre mise en examen. La journaliste qui l'accueillait ce jour-l&#224; &#224; la matinale de France-Inter, ne l'avait aucunement alert&#233;e sur le risque qu'il prenait &#224; exprimer aussi sereinement une contre-v&#233;rit&#233;, comme subjugu&#233;e par tant d'&#233;vidence. Elle semblait avoir oubli&#233; que, quelques minutes auparavant, sa coll&#232;gue non voyante La&#235;titia Bernard avait lu magistralement devant elle sa chronique consacr&#233;e aux Jeux Olympiques 2024, sans jeter un seul regard &#224; son texte, l'ayant pourtant bien lu, mais &lt;i&gt;avec ses mains&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La&#235;titia Bernard ne pouvait figurer parmi les &#171; 40 p&#233;pites r&#233;jouissantes sur le cerveau et l'apprentissage &#187; qui enluminent les chroniques radiophoniques de Stanislas Dehaene. Car le constat irr&#233;cusable qu'elle lisait parfaitement, en &lt;i&gt;l&#226;chant les yeux&lt;/i&gt;, comme d'autres fi&#232;rement les mains sur leur v&#233;lo, apporte un d&#233;menti formel &#224; l'approche &lt;i&gt;visualiste&lt;/i&gt; &#224; laquelle le neuroscientifique s'accroche, m&#234;me s'il est fort probable qu'il ait sinon rencontr&#233;, mais sans doute crois&#233; La&#235;titia Bernard dans les studios de la matinale de France-Inter :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec l'apprentissage de la lecture, la pr&#233;cision de la vision est augment&#233;e. Apprendre &#224; lire exige de reconna&#238;tre de tout petits caract&#232;res, parfois tr&#232;s semblables. Cet apprentissage am&#233;liore la d&#233;finition du cortex visuel pr&#233;coce, celui qui traite toutes les images, et pas seulement celles des lettres. Nos outils d'imagerie nous ont montr&#233; des diff&#233;rences tr&#232;s marqu&#233;es entre les r&#233;ponses visuelles des analphab&#232;tes et des personnes lettr&#233;es : en moins de deux dixi&#232;mes de seconde, leur cerveau r&#233;pond plus fort &#224; toutes les images, et particuli&#232;rement celles des lettres bien s&#251;r. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p. 73-74.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tous les enfants non-voyants qui apprennent &#224; lire malgr&#233; leur handicap visuel, sont autant de contre-exemples qui infirment, implacablement, le parti-pris doublement logo-centriste et visualiste de Stanislas Dehaene sur la lecture. Il y c&#232;de de nouveau lorsqu'il &#233;voque &#171; le myst&#232;re des dyslexies &#187; dont la diversit&#233;, qu'il constate, ne le conduit pas pour autant, &#224; poser l'hypoth&#232;se que des troubles diff&#233;rents, qu'il d&#233;signe n&#233;anmoins indistinctement sous la m&#234;me &#233;tiquette, ne sauraient relever du m&#234;me principe explicatif. Les enfants non-voyants trouvent dans l'&#233;criture en braille, un &lt;i&gt;plan de travail&lt;/i&gt; pour acc&#233;der &#224; la lisibilit&#233; sans leurs yeux sur lesquels ils ne peuvent plus compter, mais &lt;i&gt;en sous-main&lt;/i&gt;, pour &#233;laborer autrement la signification du message, dans le toucher intelligent de leur &lt;i&gt;ouvrage. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stanislas Dehaene ne peut th&#233;oriquement (sup)poser que l'&#233;criture soit produite &#224; l'intersection du plan de l'Outil, puisqu'il l'ignore, et du plan du Signe qu'il n'&#233;voque jamais en ce terme. Et sans doute disqualifierait-il de &#171; neuromythe &#187; le raisonnement technique dont nous cr&#233;ditons l'enfant, au m&#234;me titre que son raisonnement logique, lorsqu'il exprime le d&#233;sir, autour de ses trois ans, de s'affranchir progressivement de l'assistance de ses parents, toujours &lt;i&gt;empress&#233;s &lt;/i&gt;de &#171; faire &#224; sa place &#187;, de la toilette &#224; l'habillage et aux repas, en pr&#233;supposant qu'il ferait forc&#233;ment mal. On ne rapproche pas d'embl&#233;e sa volont&#233; parfois farouche de &lt;i&gt;faire tout seul, &lt;/i&gt;de la demande qu'il manifeste conjointement, de &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; (aussi) &lt;i&gt;parler les mots, &lt;/i&gt;autrement dit&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de faire du langage aussi son &lt;i&gt;&#224; faire, &lt;/i&gt;pour &#233;prouver, &lt;i&gt;au pied de la lettre&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Attie Duval et Hubert Guyard : Du pied de la lettre au pied de nez, Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, tel le ma&#231;on au pied du mur, la complexit&#233; grapho-logique dans ses premiers &lt;i&gt;ouvrages&lt;/i&gt; d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ex&#233;cutant la lisibilit&#233;, devenant &lt;i&gt;l'artisan de son verbe&lt;/i&gt;, &#171; &#233;criteur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Z., 5 ans, &#171; je pr&#233;f&#232;re &#224; &#233;crivain ! &#187;, s'amuse-t-elle, logiquement, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il se d&#233;couvre r&#233;versiblement lecteur de ses &#233;crits. Et les&lt;i&gt; belles histoires &lt;/i&gt;que ses parents, les enseignants continuent de lui lire, et qu'ils continueront, pour son plus grand bonheur, de lui lire encore longtemps, rev&#234;tent d&#233;sormais pour lui un int&#233;r&#234;t major&#233;, d&#232;s lors qu'il commence &#224; comprendre que le sens qui semblait jusqu'alors s'en exhaler, comme le parfum d'une rose, n'est pas le fruit d'un tour de magie, mais le produit, d'un &lt;i&gt;tour de main&lt;/i&gt;. L'observation que Jean-Yves Urien formule &#224; propos de l'analyse glossologique qui nous permet de conceptualiser la r&#233;alit&#233;, vaut analogiquement lorsque l'apprenti lecteur &lt;i&gt;trans-forme&lt;/i&gt; le langage en &#233;criture :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas, dans le langage, &#8220;d'immacul&#233;e conception&#8221; : on con&#231;oit toujours &#224; travers des rapports &lt;strong&gt;formels &lt;/strong&gt;marqu&#233;s. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In Jean Giot &amp; Jean-Claude Schotte, 1999, p. 70.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Anecdotiquement, Ga&#235;l Faye, invit&#233; sur France-Culture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Book Club, &#201;mission du 12 septembre 2024, produite et anim&#233;e par Marie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour pr&#233;senter son dernier roman,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ga&#235;l Faye, Jacaranda, Bernard Grasset, Paris, 2024.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous apporte un soutien tr&#232;s inattendu lorsqu'il commente ainsi son entr&#233;e dans l'apprentissage de la lecture :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui est arriv&#233; dans ma vie, c'est l'&#233;criture, avant la lecture, mon p&#232;re nous lisait &#224; table &#8220;le petit prince&#8221; de St Exup&#233;ry, mais c'est arriv&#233; par l'&#233;criture, et parce que j'ai &#233;crit, je me suis senti devenir un lecteur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se que le meilleur moyen d'apprendre &#224; lire c'est, effectivement, d'apprendre &#224; &#233;crire, pour mieux comprendre ce &lt;i&gt;langage, caus&#233; main&lt;/i&gt;. On peut avancer alors que si nous lisons c'est parce que nous continuons &#224; &#233;crire, dans notre t&#234;te, de plus en plus vite. Il n'est d'ailleurs pas rare que le lecteur accompli ne parvienne parfois jamais &#224; se passer d'un stylo, d'un crayon, qu'il glisse spontan&#233;ment entre ses doigts, comme s'il retrouvait l'outil qui lui a assur&#233; ses premiers pas dans l'&#233;crit, et qui l'aide encore, pense-t-il, &#224; &lt;i&gt;s&#251;rement&lt;/i&gt; mieux lire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;2. &#201;loge du dissensus&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons annonc&#233; dans le pr&#233;c&#233;dent article, mais la force du courant cognitiviste appara&#238;t si irr&#233;sistible qu'il importe, de rappeler, &#224;&#8230; contre-courant donc, que le v&#233;ritable obstacle &#233;pist&#233;mologique auquel est confront&#233; l'apprenti-lecteur n'est pas le &#171; langage &#187; auquel il a &#233;merg&#233; depuis longtemps, mais l'&lt;i&gt;ouvrage &lt;/i&gt;qui &lt;i&gt;fa&#231;onne&lt;/i&gt; ce langage en un &lt;i&gt;message&lt;/i&gt;, soumis au silence, auquel la lecture &#224; voix haute redonne la parole. L'enfant n'apprend pas &#224; lire pour r&#233;apprendre &#224; parler, mais pour apprendre, dans l'&#233;criture, &#224; litt&#233;ralement &lt;i&gt;faire ce qu'il dit&lt;/i&gt;, &#224; produire donc&lt;i&gt; &#171; du langage &#187;&lt;/i&gt;. Pour estomper les guillemets gr&#226;ce &#224; la gomme de Ferdinand de Saussure, il convient de parler d&#233;sormais du Signe. Et comme l'Homme ne parle pas humain, mais des langues, l'&#233;criture est toujours celle d'une langue, autrement dit celle du Signe qui la grammaticalise singuli&#232;rement, entre de multiples autres, en fran&#231;ais, &#171; cette langue qui parle en nous &#187;. C'est donc moins le Signe qui interroge l'apprenti lecteur que son ouvrage. Lire consiste, en fait, &#224; retrouver le chemin, le &lt;i&gt;trajet&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans sa rigueur paradigmatique, Jean Gagnepain oppose, selon les plans de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de cette fabrication, fruit d'une double analyse technico-logique, laquelle produit ce que Jean Gagnepain appelle &#171; un signal de Signe &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Gagnepain,1982, p. 226&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Nous lui devons cette formulation :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;crire, finalement, c'est parler aussi, par le truchement de l'art&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sens latin de &#8220; fa&#231;on d'agir &#8221;, d'activit&#233; outill&#233;e.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
La lisibilit&#233;, qu'elle soit produite dans l'&#233;criture, ou exploit&#233;e dans la lecture, c'est toujours une autre &lt;i&gt;fa&#231;on&lt;/i&gt; (&lt; latin factio, -onis &#171; action et mani&#232;re de faire) de parler, au sens o&#249; il s'agit de &lt;i&gt;fa&#231;onner&lt;/i&gt; le Signe, ou de le re-conna&#238;tre dans l'artifice de sa graphie. Or, Stanislas Dehaene occulte purement et simplement &lt;i&gt;l'ouvrage du Signe, &lt;/i&gt;comme s'il &#233;tait&lt;i&gt; &lt;/i&gt;transparent. Et il assimile &#224; la lecture des images, la reconnaissance visuelle des images que seraient &lt;i&gt;les lettres, auxquelles correspondraient&lt;/i&gt; &lt;i&gt;les &#171; sons &#187;&lt;/i&gt; dont le langage serait, selon lui, exclusivement compos&#233;. Partant, il n&#233;glige la double analyse technique et logique qui, dans la collusion des plans de l'Outil et du Signe, produit l'&#233;criture du second, dans toute sa complexit&#233; phonographique (graphie de phon&#232;me, analyse du son en signifiant), et r&#233;ciproquement, s&#233;miographique (graphie de s&#232;me, analyse du sens en signifi&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nier le plan de l'Outil qui fournit le principe d'explication de la graphie du Signe n'est pas sans cons&#233;quence sur la mani&#232;re dont il convient d'accompagner le petit humain dans cet apprentissage dit de la lecture qu'il amorce bien avant son entr&#233;e au &#171; CP &#187;. Encore faut-il s'abstenir de le percevoir, ni comme l'&lt;i&gt;infans&lt;/i&gt; qu'il n'est plus, puisqu'il parle depuis longtemps, ni comme l'&lt;i&gt;iners &lt;/i&gt;(&gt; latin, &#171; inhabile &#187;), qui aurait pu aussi &#233;tymologiquement le d&#233;signer. Car, analogiquement aux mots qu'il trie de mieux en mieux pour dire le monde, ses mains s'appliquent, de plus en plus pr&#233;cises, &#224; le construire, avec une concentration d'ajusteur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis assis sur la moquette, pr&#232;s de Th&#233;o, mon neveu. Il a six ans. Je le regarde empiler consciencieusement, en les croisant, de petits rectangles de bois. La tour monte peu &#224; peu, gr&#226;ce &#224; toute l'application dont un enfant est capable quand il b&#226;tit son monde. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Padovani, 2020, p.17.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas percevoir dans ses nombreux essais d'&#233;criture qu'il exp&#233;rimente autour de ses trois-quatre ans, et qu'il nous demande de v&#233;rifier et de valider, l'&#233;mergence d'une raison technique, contemporaine de sa raison logique ? Or, le paradoxe ne nous alerte m&#234;me pas lorsque ses multiples &#233;quivoques, logiques, nous &#233;merveillent alors que ses explorations manuelles nous font craindre le pire ! Nous ne retenons que ses maladresses qui nous d&#233;solent quand ses &#171; mots d'enfant &#187; nous ravissent. Nous n'imaginons pas que ces mains qui touchent &#224; tout attestent, analogiquement chez/en lui, un raisonnement technique. Nous l'observons du coin de notre &#339;il inquiet s'acharner &lt;i&gt;de toute &#233;vidence&lt;/i&gt; &#224; casser ce qu'il a entrepris, avec une certaine ferveur, nous en convenons, de... d&#233;monter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;3. De la gare de Rennes &#224; l'universit&#233; de Rennes 3&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;De la gare de Rennes &#224; &#171; chez Gagnepain &#187;, le train aura trouv&#233; dans le &#171; plan &#187;, le motif d'une vigilance qu'il fallait acqu&#233;rir en urgence lorsqu'on s'inscrivait &#224; &#171; Rennes 3 &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Satellite du gai savoir, de conception t&#233;tralogique, qui naviguait dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ne pas se laisser abuser id&#233;ologiquement par un plan qui peut toujours en cacher un autre, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; quand il s'agit de celui, dont d&#233;pend, fondamentalement, la fa&#231;on la plus favorable d'interroger le probl&#232;me &lt;i&gt;en question&lt;/i&gt;. Or, quand on a choisi de faire de l'humain, sinon son probl&#232;me, en tout cas son m&#233;tier, en l'occurrence celui de p&#233;dagogue qui consiste &#224; accompagner le petit d'homme dans ses divers apprentissages, l'enjeu devient majeur de dissocier dans les quatre plans de rationalit&#233; que couvre la TdM, celui qui &lt;i&gt;d&#233;termine&lt;/i&gt; l'activation du processus de l'apprentissage en question, sans ignorer les autres, lesquels pour &#234;tre concern&#233;s n'y participent qu'&lt;i&gt;incidemment&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute Jean Gagnepain &#233;tait-il particuli&#232;rement soucieux de nous faire &lt;i&gt;r&#233;fl&#233;chir &#224; quatre fois&lt;/i&gt; avant de nous prononcer en toute circonstance, &#233;tant donn&#233; qu'au sein m&#234;me de &lt;i&gt;la m&#233;diation&lt;/i&gt;, la tendance persistante &#224; toujours d&#233;signer le plan du Signe, comme &#233;tant le plan 1 pour avoir &#233;t&#233; le premier investi par la clinique des aphasies, risquait toujours de lui donner comme une pr&#233;s&#233;ance sur le plan 2, celui de l'Outil, bien que l'absence de hi&#233;rarchisation entre eux f&#251;t vigoureusement affirm&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Technique vaut bien logique, en effet, et &#8211; n'&#233;tait le d&#233;dain bien des fois &#233;voqu&#233;es de nos &#8220;classes&#8221; pour le travail et l'id&#233;e qu'il suffit de ne s'y point livrer pour penser &#8211; il n'e&#251;t jamais paru moins humain, sinon moins humaniste peut-&#234;tre, de savoir r&#233;parer son carburateur&#8230; que de savoir corriger ses fautes d'orthographe ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Gagnepain, 1982, p. 275.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour filer la m&#233;taphore ferroviaire, l'&#233;chec persistant des instructions pr&#233;conis&#233;es par le minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, nous presse de nous d&#233;tourner d'une ligne &#224; voie unique, la bonne vieille m&#233;thode syllabique, que le CSEN prescrit, en la remast&#233;risant &#171; phonique &#187;, laquelle trahit une conception outranci&#232;rement sonographique de l'&#233;criture :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fran&#231;ais, comme dans toutes les &#233;critures alphab&#233;tiques, les lettres correspondent aux sons (avec des irr&#233;gularit&#233;s). &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene (Sous la direction de), 2019, p. 33.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une telle pr&#233;sentation surprend de la part de chercheurs qui, de surcro&#238;t, n'h&#233;sitent pas &#224; taxer d'&#171; irr&#233;guli&#232;res &#187; les lettres dites muettes, incompatibles, de fait, avec leur d&#233;finition, objectivement tronqu&#233;e, de la graphie du Signe. Car, pour &#234;tre lisible, celle-ci doit n&#233;cessairement &lt;i&gt;com-prendre&lt;/i&gt;, dans leur r&#233;ciprocit&#233;, comme nous le rappelions &#224; l'instant, et la graphie du Signifiant, et celle du Signifi&#233; dont rendent comptent ces lettres qui, si elles ne r&#233;sonnent pas, raisonnent dans la t&#234;te du lecteur, sans compter tous les signes diacritiques, ponctuations, accents divers, qui participent de l'intelligibilit&#233; du message, jusqu'aux blancs &#233;minemment significatifs, bien qu' &#171; insonores &#187;, qui segmentent l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de la moindre r&#233;f&#233;rence &#224; Ferdinand de Saussure auquel nous sommes tout de m&#234;me redevables de nous avoir l&#233;gu&#233; les concepts qui continuent de nourrir les sciences du langage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Giot, Jean-Claude Schotte, 1999.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette doxa est d'autant plus redoutable qu'elle est confort&#233;e par des recherches qui s'appuient sur des technologies innovantes tellement &lt;i&gt;&#233;blouissantes &lt;/i&gt;que l'on peut craindre, &#224; &#233;couter leurs utilisateurs, qu'elles n'&#233;cartent pas le risque de les aveugler sur les processus anthropologiques mis en &#339;uvre quand un enfant (s') apprend &#224; lire. Nous pensons bien &#233;videmment &#224; l'image par r&#233;sonance magn&#233;tique (I.R.M.), que l'on peut l&#233;gitimement soup&#231;onner, compte tenu de l'extr&#234;me mobilisation neuronale observ&#233;e, de permettre d'y voir tout ce que l'on s'attend &#224; y (re)trouver, en renvoyant aux sp&#233;cialistes du cerveau leurs intimes pr&#233;conceptions de ce qui s'y passe quand on est un lecteur expert, qui n'est pas &lt;i&gt;forc&#233;ment&lt;/i&gt; identique &#224; ce qui s'y passe, lorsqu'il s'agit d'un apprenti-lecteur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que nous croyions &#234;tre une seule r&#233;gion est, en fait, &#224; l'&#233;chelle d'un individu, une multitude de petits bouts de cortex. C'est un petit peu comme si on croyait voir une seule &#233;toile avec notre t&#233;lescope, et on se rend compte que non, c'est une galaxie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, 2024, p. 89.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est pour le moins surprenant que de son observation de l'emballement des circuits neuronaux qui le conduit &#224; d&#233;clarer que &#171; la lecture est une activit&#233; complexe (qui) repose sur de multiples r&#233;gions c&#233;r&#233;brales &#187;, Stanislas Dehaene persiste paradoxalement &#224; r&#233;duire son apprentissage &#224; un simpliste d&#233;codage sonographique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec une m&#233;thode syllabique, ou plut&#244;t phonique, qui enseigne lettre apr&#232;s lettre, son apr&#232;s son, jusqu'&#224; ce que chaque mot soit d&#233;codable, et bien le circuit de la lecture se d&#233;veloppe &#224; toute vitesse. Et c'est d'ailleurs pourquoi, Le Conseil scientifique de l'&#201;ducation nationale, dont je suis le pr&#233;sident, a &#233;mis des recommandations tr&#232;s pr&#233;cises sur les manuels et les m&#233;thodes de lecture, parce que les donn&#233;es scientifiques sont vraiment claires dans tous les pays et ce depuis des d&#233;cennies. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p. 86.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pour clore, sans conclure&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#192; lire les rapports du conseil scientifique de l'&#201;ducation nationale, &#224; &#233;couter son pr&#233;sident Stanislas Dehaene vanter l'efficacit&#233; pr&#233;tendue d'une m&#233;thode syllabique remast&#233;ris&#233;e &#171; phonique &#187;, laquelle ne marche pas depuis un si&#232;cle et demi d'&#233;cole de la r&#233;publique, la th&#233;orie de la m&#233;diation ouvre une voie nouvelle. L'emprunter n'est pas sans risque d'appara&#238;tre bien audacieux face au large consensus qui, au-del&#224; ou en marge du courant cognitiviste, r&#233;unit la grande majorit&#233; des chercheurs autour de l'id&#233;e re&#231;ue que l'apprentissage de la lecture proc&#233;derait exclusivement de la raison logique de l'enfant, doubl&#233;e d'une excellente vue pour d&#233;coder &#171; les correspondances entre les sons et les lettres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; Stanislas Dehaene se pr&#233;sente, indiscutablement, tant il est m&#233;diatis&#233;, comme le chef de file du courant cognitiviste, conseiller majeur du ministre de l'&#201;ducation nationale, il est pour le moins l&#233;gitime de mettre en examen son discours. L'entreprise serait futile de chercher &#224; pol&#233;miquer avec un chercheur d'un tel renom, sauf si l'on entend, apr&#232;s le sens qu'en a donn&#233; Jean Gagnepain, que l'on ne peut se poser, autrement dit affirmer sa pens&#233;e, qu'en l'opposant &#224; un point de vue autre. &#192; l'inverse des consensus qui risquent toujours de laisser penser &#224; l'opinion que &#171; les probl&#232;mes &#187; seraient d&#233;finitivement r&#233;solus, alors qu'il ne peut y avoir que diff&#233;rentes mani&#232;res de les interroger, la pol&#233;mique avait &#224; ses yeux l'int&#233;r&#234;t vertueux de provoquer, d&#233;mocratiquement, l'affrontement pacifique de th&#232;ses, scientifiquement d&#233;clar&#233;es dans leur finalit&#233; explicative de la r&#233;alit&#233;. Car, pour l'homme de sciences, il ne pouvait y avoir d'avanc&#233;e de la connaissance que n&#233;cessairement relative, rapport&#233;e &#224; l'&#233;chelle de l'humain qui tente &lt;i&gt;par tous les temps&lt;/i&gt;, de comprendre&lt;i&gt; son monde&lt;/i&gt;, sans jamais &#234;tre assur&#233; d'y parvenir. Jean Gagnepain opposait ainsi, &#224; &lt;i&gt;l'id&#233;ologie &lt;/i&gt;qui a illusoirement r&#233;ponse &#224; tout, &lt;i&gt;l'&#233;pist&#233;mologie&lt;/i&gt; qui consiste, face aux probl&#232;mes que n'&#233;puisera donc jamais l'Humanit&#233;, &#224; les penser diff&#233;remment pour les d&#233;passer toujours provisoirement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste donc, en associant &#233;troitement dans ce &#171; nous &#187; les p&#233;dagogues, du bon pain sur la planche pour expliquer qu'en mati&#232;re d'apprentissage de la compr&#233;hension du Signal du Signe, il existe d'autres voies plus efficaces que celles qui voudraient les cacher. Ce sera l'occasion d'&#233;prouver, outre les crit&#232;res de &#171; v&#233;rifiabilit&#233; &#187; et de &#171; transposabilit&#233; &#187; auxquels Jean Gagnepain soumettait sa m&#233;thode, celui d'&#171; applicabilit&#233; &#187;, que pr&#233;cise Jean-Yves Urien, qui renvoie &#171; &#224; la collaboration des divers &#8220;m&#233;tiers&#8221; (terme sociologique) qui peuvent contribuer aux deux crit&#232;res pr&#233;c&#233;dents. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Yves Urien, 2017, p. 261.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Stanislas Dehaene (sous la direction de), 2019, &lt;i&gt;La science au service de l'&#233;cole, premiers travaux du Conseil scientifique de l'&#233;ducation nationale,&lt;/i&gt; Paris, Odile Jacob.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stanislas Dehaene, France-Inter, &#233;mission &lt;i&gt;Une id&#233;e dans la t&#234;te&lt;/i&gt;, Juillet-Ao&#251;t 2024, 40 &#233;pisodes. Les chroniques de Stanislas Dehaene ont &#233;t&#233; publi&#233;es, r&#233;unies sous le titre, &lt;i&gt;Une id&#233;e dans la t&#234;te, 40 p&#233;pites r&#233;jouissantes sur le cerveau et les apprentissages&lt;/i&gt;, France Inter &#8211; &#201;ditions Odile Jacob, Paris, octobre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille Dejardin, 2022, &lt;i&gt;Urgence pour l'&#233;cole r&#233;publicaine, Exigence, &#201;quit&#233;, Transmission,&lt;/i&gt; Paris Gallimard, coll. Tracts N&#176; 42.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attie Duval-Gombert, Hubert Guyard, 1986, &#171; Du pied de la lettre au pied de nez &#187;, &lt;i&gt;T&#233;tralogiques&lt;/i&gt;, 3, p. 3-60.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Gagnepain, 1993, &lt;i&gt;Huit Le&#231;ons d'introduction a&#768; la th&#233;orie de la m&#233;diation,&lt;/i&gt; en acc&#232;s direct sur le site Institut Jean Gagnepain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Gagnepain, 1982, &lt;i&gt;Du vouloir dire I, Du Signe, de l'Outil, &lt;/i&gt;en acc&#232;s direct sur le site Institut Jean Gagnepain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Giot, Jean-Claude Schotte (&#201;ds), 1999, &lt;i&gt;Langage, clinique, &#233;pist&#233;mologie, achever le programme saussurien&lt;/i&gt;, De Boeck Universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, 2018, &lt;i&gt;Pour enseigner la lecture et l'&#233;criture au CP&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;St&#233;phane Padovani, 2020, &lt;i&gt;Autour de nous&lt;/i&gt;, La Vilaine &#233;ditrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Yves Urien, 2017, &lt;i&gt;Une lecture de Jean Gagnepain, Du vouloir dire, du Signe&lt;/i&gt;, collection Quadrato, Institut Jean Gagnepain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233;-Louis Le Goff, &#171; Pour une probl&#233;matique renouvel&#233;e de l'apprentissage de la lecture &#187;, in &lt;i&gt;T&#233;tralogiques&lt;/i&gt;, N&#176;28, Expliquer les crises et mutations de l'&#233;ducation et de la formation. URL :&#8239;&lt;a href=&#034;https://tetralogiques.fr/spip.php?article223&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://tetralogiques.fr/spip.php?article223&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, 2018, avertissement, p.1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene (sous la direction de), 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Invit&#233; de la matinale de France-Inter, le 24 mars 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, 2018, p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Camille Dejardin, 2022, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Gagnepain, 1993, p.106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Gagnepain, 1982, p. 227-228.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, 2019, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, 2024, p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, p. 73-74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Attie Duval et Hubert Guyard : &lt;i&gt;Du pied de la lettre au pied de nez, &lt;/i&gt;Revue &lt;i&gt;T&#233;tralogiques n&#176;3&lt;/i&gt;, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Z., 5 ans, &#171; je pr&#233;f&#232;re &#224; &#233;crivain ! &#187;, s'amuse-t-elle, logiquement, &#224; pr&#233;c&#233;der la &#171; correction &#187; de son grand-p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In Jean Giot &amp; Jean-Claude Schotte, 1999, p. 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Book Club, &#201;mission du 12 septembre 2024, produite et anim&#233;e par Marie Richeux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ga&#235;l Faye, &lt;i&gt;Jacaranda&lt;/i&gt;, Bernard Grasset, Paris, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans sa rigueur paradigmatique, Jean Gagnepain oppose, selon les plans de m&#233;diation, l'objet, le trajet, le sujet, et le projet, qu'analysent respectivement le Signe, l'Outil, la Personne et la Norme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Gagnepain,1982, p. 226&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au sens latin de &#8220; fa&#231;on d'agir &#8221;, d'activit&#233; outill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phane Padovani, 2020, p.17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Satellite du gai savoir, de conception t&#233;tralogique, qui naviguait dans l'espace universitaire, en d&#233;ployant ses quatre ailerons appel&#233;s &#171; plans &#187; au-dessus de la fac de lettres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Gagnepain, 1982, p. 275.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene (Sous la direction de), 2019, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Giot, Jean-Claude Schotte, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, 2024, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Yves Urien, 2017, p. 261.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="http://tetralogiques.fr/IMG/pdf/te_tra_30.13__le_goff.pdf" length="314287" type="application/pdf" />
		

	</item>

<item xml:lang="fr">
		<title>Le rapport du bijou contemporain au v&#234;tement et &#224; l'art. Petite le&#231;on d'introduction &#224; la parure</title>
		<link>http://tetralogiques.fr/spip.php?article297</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tetralogiques.fr/spip.php?article297</guid>
		<dc:date>2025-04-15T13:42:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bach, Lucileee* aka Sylvie Lambert</dc:creator>


		<dc:subject>th&#233;orie de la m&#233;diation</dc:subject>
		<dc:subject>outil</dc:subject>
		<dc:subject>technique</dc:subject>
		<dc:subject>v&#234;tement</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>bijou</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Chercheuse et enseignante (Middlebury College Paris) qui se consacre &#224; l'analyse des relations que les arts entretiennent entre eux. &lt;br class='autobr' /&gt;
luci7eee&lt;span class='mcrypt'&gt; chez &lt;/span&gt;gmail.com&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?rubrique70" rel="directory"&gt;Varia&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;th&#233;orie de la m&#233;diation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;outil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot147" rel="tag"&gt;technique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;v&#234;tement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot373" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot375" rel="tag"&gt;bijou&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet article reprend la main sur le travail de ma th&#232;se qui portait sur le bijou contemporain, soutenue &#224; la Sorbonne en 2012, et met en lumi&#232;re l'apport des mod&#233;lisations techniques (&lt;i&gt;fabriquant/fabriqu&#233;&lt;/i&gt;) et sociologiques (&lt;i&gt;instituant/institu&#233;&lt;/i&gt;) de la th&#233;orie de la m&#233;diation &#233;labor&#233;e par Jean Gagnepain. Au-del&#224; de l'hommage rendu, le but est de proposer quelques pistes de recherche actuelles et le d&#233;passement en particulier de l'association exclusive entre l'ornement et le v&#234;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This article builds upon the work of my PhD on contemporary jewelry, defended at the Sorbonne in 2012, highlighting the analytical power of Jean Gagnepain's models of &lt;i&gt;fabricant/fabriqu&#233;&lt;/i&gt; and &lt;i&gt;instituant/institu&#233;&lt;/i&gt;. Beyond paying tribute to his legacy, it aims to explore new research directions, particularly in challenging the exclusive association of ornament with clothing.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;NB&lt;/i&gt; Dans le texte, le signe * signale un lien vers une image en cliquant sur le mot qui le suit.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Embarqu&#233; manifestement en &#171; rupture &#187;, c'est par l'impr&#233;vu de sa facture que le &#171; bijou contemporain &#187; se d&#233;marque. &#192; rebours du pr&#233;cieux, cette parure qui peut &#171; d&#233;barquer &#187; immanquable en photo, en visio, au resto, dans une expo, fait de *l'&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/760434810294501376&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;effet&lt;/a&gt; ou froid dans le dos. Tr&#232;s vite, on se rassure, si remarquable soit-elle, elle ne marque gu&#232;re de francs territoires. Attractif mais d&#233;ceptif, serions-nous en pr&#233;sence d'un anti-ornement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exposition &#171; Anti-Bijoux &#187;, Galerie Collection, Atelier M&#233;tiers d'art de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme l'on parle d'anti-h&#233;ros ? d'un ouvrage underground au sens duchampien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicolas BOURRIAUD, Beaux-Arts, novembre 2007, n&#176; 281, p. 40. La tirade de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? d'un ornement de sc&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucileee BACH, &#171; Costume et ornement de sc&#232;ne : de quelle investiture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sans l'habit ? Somme toute, qu'est-ce que &#171; se parer &#187; veut dire ou manifeste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette probl&#233;matique fut l'objet de ma th&#232;se de doctorat qui, par une analyse m&#233;diationniste, a fait entrer le bijou contemporain en Sorbonne. Cet article vise &#224; rappeler l'originalit&#233; de cette &#233;tude jamais conduite ainsi &#224; l'Universit&#233;. Il est urgent de reprendre la main sur ce qui appartient &#224; ce travail soutenu en 2012&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sylvie BACH LAMBERT, Le Bijou contemporain, son rapport au v&#234;tement et &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#171; rendre &#187; enfin &#224; Jean Gagnepain tout ce que cette &#233;tude lui doit : honneur &#224; &#171; l'in-discipline &#187; qu'il revendiquait et hommage en rapportant ce qui du bijou d&#233;sormais peut gr&#226;ce &#224; lui se comprendre. Aussi une analyse technique allant de l'&lt;i&gt;apport&lt;/i&gt; &#224; son &lt;i&gt;port, transport, support &lt;/i&gt;ou&lt;i&gt; renfort &lt;/i&gt;pr&#233;c&#233;dera-t-elle une &#233;tude de son &lt;i&gt;rapport, ressort, r&#233;confort&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;consort, &lt;/i&gt;c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;portable &lt;/i&gt;et (parfois) &lt;i&gt;insupportable &lt;/i&gt;en soci&#233;t&#233;. Il n'existe pas de soci&#233;t&#233; sans bijou : celui-ci n'est pas un objet d'&#233;tude mineur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;FAIRE AUTREMENT&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la publication de mon livre &lt;i&gt;La Bague &#8211; Parcours historique et symbolique&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sylvie LAMBERT, La Bague &#8211; Parcours historique et symbolique, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, une impression d'inach&#232;vement ne me quittant &#233;trangement pas m'a fait chercher si, l'&#233;cart, le pas-de-c&#244;t&#233;, le renversement seraient possibles. La rencontre avec la th&#233;orie de la m&#233;diation de Jean Gagnepain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean GAGNEPAIN, Le&#231;ons d'introduction &#224; la th&#233;orie de la m&#233;diation &#8211;&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fut une r&#233;v&#233;lation. Le commencement. Penser autrement &#233;tait ainsi possible, m&#234;me en histoire de l'art&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe BRUNEAU et Pierre-Yves BALUT, Artistique et Arch&#233;ologie &#8211; M&#233;moire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Plus question de cadre strictement historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si tout est en histoire, tout n'est pas de l'histoire.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ni de toutes ces assertions pr&#233;sentant le bijou comme symbole de pouvoir, de richesse ou de foi du porteur, tandis que le bijoutier, lui, questionnerait le monde, la politique, les totems, les tabous&#8230; La m&#233;thode m&#233;diationniste sort du flux interpr&#233;tatif, anachroniquement europ&#233;ocentr&#233;, bien plus r&#233;v&#233;lateur de l'&#233;nonciateur &lt;i&gt;himself&lt;/i&gt; que de quelqu'ouvrage &#224; comprendre que ce soit. Les termes &lt;i&gt;bijou, ornement, parure, artiste, artisan, bijoutier &lt;/i&gt;sont moins &#171; mot pour le dire &#187; que &#171; m&#233;canisme &#187;. Le vocable, construction linguistique sans prise sur le monde, est une impasse pour rendre compte de la complexit&#233; de ph&#233;nom&#232;nes circonstanci&#233;s : o&#249; commence, o&#249; s'arre&#770;te le bijou ? Celui d'ici, de jadis, de l&#224;-bas ? Et la cravate : collier, foulard ? La recherche s'est attach&#233;e &#224; ce l'on apporte au vestiaire comme de&#769;cor (suppl&#233;mentaire ?), &#224; d&#233;plier le ph&#233;nom&#232;ne manipulatoire qui fait que l'on enfile ou passe, porte ou emporte quelque chose, &#233;galement l'impact ou implication dans le social. Pour le dire autrement : distinguer la &lt;i&gt;fonction&lt;/i&gt; de l'objet (utilisation, technique) de son &lt;i&gt;usage&lt;/i&gt; (us ou coutumes, style).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fabriquant/fabriqu&#233; et l'instituant/institu&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean GAGNEPAIN est le premier &#224; les penser et &#224; les articuler en 1982 dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la M&#233;diation &#233;labor&#233;s &#224; l'Universit&#233; de Rennes 2 par Jean Gagnepain et son &#233;quipe notamment enrichis par les travaux autour de la clinique du geste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Didier LE GALL, Des apraxies aux atechnies &#8211; Propositions pour une ergologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que la mod&#233;lisation de cette anthropologie g&#233;n&#233;rale consid&#232;re comme essentiels, consent ont structur&#233; la recherche : d'une part, s'approprier les notions du mod&#232;le technique du plan 2 (&lt;i&gt;mat&#233;riau, engin, t&#226;che, machine),&lt;/i&gt; d'autre part, chercher &#224; valider ces instances qui, par le dysfonctionnement, les met en place, en lumi&#232;re. Ainsi d&#233;compositions qualitatives et quantitatives ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es &#224; tous les bijoux du corpus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le volume 2 ou Annexe de la th&#232;se.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, issus de quatre collections europ&#233;ennes reconnues internationalement comme telles : le mus&#233;e des Arts d&#233;coratifs de Paris, le Schmuckmuseum de Pforzheim, le Victoria &amp; Albert Museum de Londres, la Danner Rotunde de la Pinakothek der Moderne de Munich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendre compte du corpus via une &#171; grille &#187; d'analyse entre fabrication et manipulation a &#233;t&#233; envisageable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe BRUNEAU et Pierre-Yves BALUT, Artistique et Arch&#233;ologie &#8211; M&#233;moire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tenant compte du fait qu'observer des bijoux dans une vitrine uniquement par le mouvement des yeux ou de&#769;placements late&#769;raux (autopsique) est fort diff&#233;rent de se pre&#770;ter a&#768; un examen de textes ou d'images (testimonial) ou d'ope&#769;rer selon une manipulation sollicitant la capacite&#769; technique implicite du chercheur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AA, p. 288.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (auturgie). De ces trois de&#769;marches pr&#233;conis&#233;es par l'arche&#769;ologie ge&#769;ne&#769;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AA, op. cit.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'enque&#770;te a favoris&#233; cette derni&#232;re, la plus d&#233;licate &#224; n&#233;gocier aupr&#232;s des conservateurs ! C'est que l'auturgie implique de pouvoir toucher les bijoux, les ouvrir, les fermer, les essayer, les mesurer, les peser, les porter&#8230; afin de retrouver, sans interfe&#769;rences de logique, de discours ou d'histoire, leur mode d'emploi ou rationalite&#769; technique. En matie&#768;re de technicite&#769;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans cette d&#233;marche, il s'agit de &#171; faire (ou refaire) par soi-me&#770;me &#187;, cf. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tout humain m&#234;me peu habile est susceptible de retrouver la manipulation d'un objet, d'en faire lui-me&#770;me l'expe&#769;rience, au sens phe&#769;nome&#769;nologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si chaque d&#233;marche enrichit les autres, elle g&#233;n&#232;re aussi ses propres limites : &#233;tudier uniquement par auturgie la manipulation d'un objet ne veut pas dire que l'on saura tout &#224; son propos. Exemplaire est l'aventure rencontr&#233;e avec le &#171; collier &#187; de Viviana Torun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette bijouti&#232;re su&#233;doise est connue pour avoir re&#769;alise&#769; au gre&#769; de ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, appartenant &#224; la collection du muse&#769;e des Arts de&#769;coratifs de Paris. Accompagn&#233;e de l'assistant conservateur de l'&#233;poque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;ric Bodet, qui fut l'un des membres composant notre jury de soutenance.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le bijou a pr&#233;sent&#233; un &#233;videmment entre les unit&#233;s &#171; pendentif &#187; et &#171; sup&#233;rieure &#187; de la pie&#768;ce trop &#233;troit pour &#234;tre enfil&#233; &#171; en collier &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bijouti&#232;re et sp&#233;cialiste des m&#233;taux, Sylvia Tailhandier que nous avons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien qu'expos&#233;, petite fiert&#233; achet&#233;e par les deniers du mus&#233;e, l'ouvrage &#233;tait &#171; reclass&#233; &#187; prototype. C'&#233;tait sans compter qu'ult&#233;rieurement une *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/762711964752461824/02&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;image&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barbara CARTLIDGE, Les Bijoux du XXe si&#232;cle, Payot, Paris, 1986, p. 81. Une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (source testimoniale), par hasard, livrait la mani&#232;re de positionner l'ouvrage : telle une &#233;charpe, la pierre se pose sur le haut de l'e&#769;paule, gr&#226;ce &#224; son tuteur d'argent incurv&#233; par endroit, sculptant, telle une autre silhouette, une ligne rigide ind&#233;pendante du buste. La nouveaute&#769; ici en termes de &lt;i&gt;trajectoire&lt;/i&gt; (du passage &#224; l'ajustage) de cette pie&#768;ce du tout d&#233;but des ann&#233;es 1960 est r&#233;alisable par la malle&#769;abilite&#769;, proprie&#769;te&#769; d'e&#769;lasticite&#769; de l'argent (&lt;i&gt;mat&#233;riau &lt;/i&gt;vs&lt;i&gt; mati&#232;re&lt;/i&gt;, nous le verrons plus loin) qui permet de se jouer de la morphologie et de l'emplacement vis&#233;s (cou, buste). Sylvia Tailhandier n'&#233;tant pas sur place, cette image validait, selon nous, l'affaire. Depuis, le prototype a pris du galon et il est regrettable que le mus&#233;e se soit appropri&#233; les fruits de l'enqu&#234;te m&#233;diationiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notice du bijou en ligne : https://madparis.fr/collier-body-sculpture&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Coup de th&#233;&#226;tre, voici le d&#233;bat r&#233;cemment relanc&#233; suite aux remarques du bijoutier joaillier dipl&#244;m&#233; de la Haute &#233;cole de joaillerie de la rue du Louvre, avec lequel un axe de notre recherche se d&#233;veloppe. Une v&#233;rification de l'&lt;i&gt;utilit&#233;&lt;/i&gt; (portabilit&#233;) de l'ouvrage s'impose de fait, conjointement aux archives (livre, biographie, catalogue de vente) disponibles &#224; pr&#233;sent en ligne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;https://konstigbooks.com/design-crafts/torun-bulow-hube-torun.html&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le conservateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu Rousset Perrier.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en charge de la section bijou du mus&#233;e des Arts d&#233;coratifs de Paris devrait accepter cet hiver une auscultation &#171; en &#187; auturgie par notre professionnel. Passionnante affaire !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;DE LA TECHNIQUE&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Nullement organis&#233;e autour du re&#769;cit du bijoutier, narration de ce qu'il dit avoir e&#769;te&#769; (ou pas) exe&#769;cute&#769;, &lt;i&gt;Ergotropie&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reprenons la formule de&#769;veloppe&#769;e par Pierre-Yves Balut dans le cadre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; (production du produit) et &lt;i&gt;V&#234;ture&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;(maniement du produit) conduisent l'analyse technique. Il ne s'agit pas de re&#769;ifier mais de d&#233;construire &lt;i&gt;fabrication&lt;/i&gt; (moyens fabriquants pour fins fabrique&#769;es) et &lt;i&gt;manipulation&lt;/i&gt; (gestuelle pour arrimage et port). Dit autrement, le m&#233;canisme technique se d&#233;plie selon des moyens et des fins en vue d'une &lt;i&gt;utilit&#233;&lt;/i&gt;, &#233;galement selon une &lt;i&gt;s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; d'enfilage et de &#171; portage &#187;. De me&#770;me que la socie&#769;te&#769; ne consiste ni en une accumulation d'individus ni en une positivite&#769; de leur place ou statut social, nous le verrons, la technique ne consiste ni en une suite ordonne&#769;e de gestes ni selon une typologie ou chimie de la matie&#768;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le bois d'un bracelet n'a pas &#233;t&#233; appr&#233;hend&#233; du point de vue de la matie&#768;re&lt;i&gt; &lt;/i&gt;mais du &lt;i&gt;mate&#769;riau&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AA, p. 90-94.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, c'est-a&#768;-dire selon l'exploitation des proprie&#769;te&#769;s retenues pour l'utilite&#769;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;La matie&#768;re &#171; bois &#187; n'est pas strictement re&#769;serve&#769;e a&#768; la fabrication d'un bijou, plastique, argent ou silicone susceptibles d'e&#770;tre tout autant &#233;lus, mais peut tout autant intervenir dans la fabrication d'un hautbois ou d'une cuille&#768;re. Selon les finalite&#769;s a&#768; produire (un bijou pour le bras, quelque chose qui &#171; fait &#187; de la musique, ou encore un &#171; pour manger &#187;), les caracte&#768;res retenus de cette matie&#768;re sont distincts. Pour le bracelet, le hautbois ou la cuille&#768;re, le fait d'e&#770;tre &#171; sculptable &#187; en ronde-bosse est un trait partage&#769; par les trois objets ; en revanche, pour le premier, la proprie&#769;te&#769; d'e&#770;tre et perc&#807;able et colorable est pertinente, tandis que, pour le deuxie&#768;me ouvrage, la re&#769;sonnance est vis&#233;e ; et qu'enfin pour la troisie&#768;me les propri&#233;t&#233;s possibles d'isolation de la chaleur, ainsi que celles de ne pas rayer ou d'e&#770;tre silencieuse au contact de la porcelaine l'emportent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une qualite&#769; recherche&#769;e au Japon, ou&#768; manger en silence, c'est-a&#768;-dire sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ont e&#769;te&#769; e&#769;carte&#769;es les qualite&#769;s &#171; devenues &#187; inutiles, comme le fait de bru&#770;ler ou de r&#233;sister a&#768; la traction/compression. Dans une analyse inverse&#769;e, la &lt;i&gt;synergie&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AA, p. 95-96.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, obtenir de la transparence pour son ouvrage, le Plexiglas, le&#769;ger, peu cassable, rayable et ne fondant pas se montre aussi adapte&#769; que le verre, la glace ou le cristal de roche. Un bijou lumineux s'obtient par le strass, tout aussi performant que le diamant ! Si en Occident le diamant posse&#768;de en revanche plus de &lt;i&gt;valeur&lt;/i&gt; que strass ou le Plexiglas (norme ou loi oblige), l'emploi de ce dernier permet des volumes que ne peuvent pas re&#769;aliser les deux autres. Ergotropiquement, &#224; identite&#769; partielle pre&#768;s, la (propri&#233;t&#233; de) transparence est un trait partage&#769; par plusieurs matie&#768;res. Selon cette d&#233;construction technique, on peut dire que, de &lt;i&gt;matie&#768;re&lt;/i&gt;, n'y a pas, juste du &lt;i&gt;mat&#233;riau&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;ou&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;proprie&#769;te&#769;s performantiellement utiles, comme l'atteste, nous l'avons vu, l'image du collier port&#233; de Viviana Torun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De me&#770;me qu'en soci&#233;t&#233; ce qui est en cause s'e&#769;tablit selon une rene&#769;gociation permanente qui tient a&#768; l'analyse de ce qui se joue entre les individus les uns par rapport aux autres, de me&#770;me techniquement les choix qui s'ope&#768;rent lors de la fabrication varient en fonction de parame&#768;tres fabriquant une certaine gestuelle ou gestuelle certaine. L'analyse de la manipulation ou &lt;i&gt;v&#234;ture&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;s'&#233;tend de l'accrochage/enfilage au maintien/r&#233;ajustage circonstanci&#233; de l'ouvrage. Le bijou n'est pas qu'une bague ou qu'un collier : c'est le doigt qui s'y glisse, le cou qui le porte, l'action qui fait qu'il s'arrime au tissu, la gesticulation pour e&#769;viter de le cogner, le faire tomber, le casser. Une gestique qui inclut la prise en main, le positionnement sur la partie du corps a&#768; laquelle il se destine, la manie&#768;re dont il est port&#233;, les mouvements &#224; faire ou ceux que l'on ne peut plus faire, selon l'activit&#233; circonstanci&#233;e du porteur. Le bijou n'existerait pas sans la capacite&#769; de l'enfiler et de le porter, pas de bijou que de l'enfilage ? Le bijou est certes le produit issu d'une fabrication, mais il s'agit techniquement surtout d'une analyse de son port ou du fait qu'il soit portable, adaptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes bien gard&#233;s d'interpre&#769;ter outrageusement cette gestuelle selon une symbolique ou un rituel quelconque, mais de comprendre comment et combien la manipulation est rationnellement induite par la technique. Un grand sautoir requiert outre un accord, mais un raccord permanent, et il n'y a gue&#768;re la&#768; sensualit&#233; ou &#233;rotisme. Pour porter cet objet, une &#171; certaine &#187; longueur rend ne&#769;cessaires &#171; certains &#187; gestes (pour ne pas l'abi&#770;mer ou le casser) pouvant adopter au passage une &#171; certaine &#187; esthe&#769;tique, telle celle de le toucher sans arre&#770;t. La pre&#769;tendue sensualit&#233; ne provient pas du collier, mais du porteur si, intentionnellement ou non, il de&#769;cide de le caresser, le tripoter, le mordiller. En se positionnant au plus juste, la re&#769;alite&#769; du bijou s'e&#769;claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppose&#769; d'un sens que l'on plaque sur l'objet, cette &#171; artistique &#187; pose un syste&#768;me rationnel incorpore&#769; a&#768; ce qui est a&#768; observer, &#224; de&#769;crypter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AA, p. 205-206.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'objectif est de garder une prise qui ne peut e&#770;tre que l'analyse de m&#233;canismes constitutifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe BRUNEAU, &#171; L'arche&#769;ologie contemporaine : de la voiture-balai a&#768; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les configurations des ornements du corpus &#233;tudi&#233; diff&#232;rent : il faut consid&#233;rer &#224; pr&#233;sent leurs particularit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;DU CONTEMPORAIN&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans la fabrication d'un ornement contemporain, l'intrusion de mati&#232;res surprenantes peut &#234;tre un enjeu cr&#233;atif, l'opposant de fait &#224; l'id&#233;e que l'on se fait, ces temps-ci en Occident, d'un ornement : &#171; naturelles &#187; d'une part, lave, pierre ponce, soufre, *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/bague-31&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;graine&lt;/a&gt;, *&lt;a href=&#034;https://collections.madparis.fr/bague-1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#339;uf d'&#233;meu&lt;/a&gt;, bruy&#232;re br&#251;l&#233;e, fumier&#8230; ou &#171; non naturelles &#187; d'autre part, *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/blue-eggs-black-strap-serie-flat-blob&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;silicone&lt;/a&gt;, polystyr&#232;ne, plexiglas, *&lt;a href=&#034;https://sammlung.schmuckmuseum-digital.de/collection/armreif-circle-in-circle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plastique&lt;/a&gt;, verre arm&#233;, b&#233;ton, *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/torque-coeur-reflechi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;sine&lt;/a&gt;&#8230; deviennent du bijou, qui s'enfile et s'ajuste &#224; l'emplacement vis&#233;. Il ne s'agit pas de dire que ce m&#233;canisme de fabrication n'a jamais exist&#233; ni en d'autres temps, lieux ou milieux, mais de constater une syst&#233;matisation de ce projet d&#232;s la fin des ann&#233;es 1950, en Europe &#8211; &#233;galement aux Etats-Unis ou au Canada&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le cadre de la th&#232;se, le corpus ne pouvait tout &#233;tudier, tout embrasser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;utilisation d'objets ou de fragments industrialis&#233;s, tout faits est similairement observ&#233;e : *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/collier-spherical-two-gold&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chambre &#224; air de brouette&lt;/a&gt;, ressort, *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/bague-himmelsring&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bouchon de lavabo&lt;/a&gt;, goulot de bouteilles, *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/collier-am-rande-des-films&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pellicules photo&lt;/a&gt;, papier peint, *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/broche-der-rote-punkt&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;punaise&lt;/a&gt;, bo&#238;te de conserve&#8230; Ce qui importe, c'est moins la mati&#232;re ou son analyse technique que le projet, c'est-&#224;-dire le choix de l'artiste. C'est lui qui &#233;lit une mati&#232;re plut&#244;t qu'une autre, c'est lui qui d&#233;cide que tel objet industrialis&#233; deviendra ou non du bijou. De l'&lt;i&gt;ars &lt;/i&gt;pour l'Art, quitter la technique au profit (ou au d&#233;triment) de l'axiologie. Insoumis, il se permet de &#171; faire &#187; diff&#233;remment : transposer, r&#233;utiliser, ne plus faire, la paternit&#233; de cette pratique revient &#224; Marcel Duchamp&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel DUCHAMP, &#171; Discours au Muse&#769;e d'Art moderne de New York, 1961 &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'arroger la libert&#233; d'user de tout proc&#233;d&#233; dans un d&#233;sir stylistique de divergence, voici le ressort de ces bijoutiers, crit&#232;re d&#233;terminant pour articuler une quelconque analyse de ces ouvrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre mod&#233;lisation permet de &#171; d&#233;construire &#187; : porter sans danger des *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/762712593155653632/03&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;goulots de bouteille &#233;br&#233;ch&#233;s&lt;/a&gt;, une r&#233;analyse s'impose, comme les enfiler les uns &#224; la suite des autres et les polir, deux op&#233;rations au demeurant ordinaires. Pour que la *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/762712791769628672/04&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chambre &#224; air&lt;/a&gt; ou le bouchon de lavabo deviennent collier et bague, un simple et banal enfilage suffit, leur diam&#232;tre respectif permettant le passage de la t&#234;te ou du doigt. Toutefois, les bijoutiers ont provoqu&#233; des &#171; embellissements &#187;, effets suppl&#233;mentaires : un d&#233;coupage pour l'un, l'ajout d'un diamant et lapis pour l'autre &#8211; d&#233;coupage et sertissage restant des proc&#233;d&#233;s peu nouveaux en bijouterie. Il est int&#233;ressant d'ajouter que, sous le joug de contraintes sociales (loi ou d&#233;cret), l'importation de substances inhabituelles au vestiaire s'observe tout autant. Le gouvernement de Vichy interdit aux Franc&#807;ais l'achat de souliers en cuir. Devant ces restrictions de cuir, laine, coton, les fabricants s'accommodent : bijoux, chapeaux, sacs, chaussures sont en bois, raphia, poils, cheveux (matie&#768;res &#171; naturelles &#187;) ; mais aussi rayonne et fibranne (mati&#232;res &#171; industrielles &#187;), ainsi que la re&#769;utilisation d'objets usag&#233;s, tels le papier journal ou les pneus. Le brou de noix applique&#769; &#224; main lev&#233;e verticalement sur l'arri&#232;re de la jambe fait appara&#238;t la couture, comme celle d'un bas de soie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En l'absence de catalogue, citation extraite du dossier de presse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les m&#233;taux pr&#233;cieux, plus habituels continuent pour certains bijoutiers d'&#234;tre une base de la fabrication ; en revanche, s'observe une r&#233;analyse technique des propri&#233;t&#233;s de ces dites mati&#232;res. Il est passionnant de comprendre cet inattendu fabriqu&#233;, telles les op&#233;rations consistant &#224; exploiter, soit la propri&#233;t&#233; qualitative de la mall&#233;abilit&#233; de *l'&lt;a href=&#034;https://sammlung.schmuckmuseum-digital.de/collection/brosche-il-dio-felice/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;or&lt;/a&gt; ou de *&lt;a href=&#034;https://sammlung.schmuckmuseum-digital.de/collection/199515-armschmuck&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'argent&lt;/a&gt; en matifiant, griffant al&#233;atoirement sa surface, ou faisant muter artificiellement la couleur d'origine (obtenir un *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/broche-nacktschnecke&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;argent noir&lt;/a&gt; ou un *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/broche-30&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cuivre&lt;/a&gt; avec des nuances de vert tr&#232;s particuli&#232;res) ; soit l'aspect quantitatif par segmentation ou assemblage (engin) permet de jouer sur des dimensions ou volumes exag&#233;r&#233;s, un poids ou un &#233;videmment particuliers possible via un type d'appareillage emprunt&#233; &#224; d'autres domaines comme la vannerie ou l'aimant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;analyse de l'outillage ou des gestes relatifs &#224; un proc&#233;d&#233; peuvent &#233;galement aider &#224; aboutir &#224; des fins esth&#233;matopiques remarquables. En effet avec les m&#233;taux, pour fabriquer de la nouveaut&#233;, il faut s'&#233;loigner de l'effet de brillance, et cr&#233;er des *&lt;a href=&#034;https://hedendaagsesieraden.nl/2018/08/01/giampaolo-babetto/#jp-carousel-40215&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;textures&lt;/a&gt; de surface *&lt;a href=&#034;https://hedendaagsesieraden.nl/2018/08/01/giampaolo-babetto/#jp-carousel-55945&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;tonnantes&lt;/a&gt;, jamais vues : on raye, griffe, gratte, colore, oxyde, ab&#238;me, perce, troue, ab&#238;me, br&#251;le le m&#233;tal pour cr&#233;er des matit&#233;s, reliefs, tonalit&#233;s, colorations, d&#233;grad&#233;s, couleurs, transparences, translucidit&#233;s in&#233;dites, uniques. On cherche &#224; produire ce qui ne se fait pas, autant d'innovations du dispositif fabriquant qui modifient ce qui est fabriqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;analyse de l'&#233;lasticit&#233;, de l'assemblage, de la segmentation, du poids, de la longueur, de la largeur, du diam&#232;tre, du volume, de l'&#233;videmment, des proportions, de l'agrandissement ou du r&#233;tr&#233;cissement d'un *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/collier-alice-in-wonderland&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;l&#233;ment&lt;/a&gt;, la duplication ou la disparition d'une unit&#233; indispensable comme l'espace d'enfilage, le travail minutieux sur les fixations, les &#233;l&#233;ments d'ouverture/fermeture, les modalit&#233;s d'accrochage peuvent &#234;tre exag&#233;r&#233;s, minor&#233;s, supprim&#233;s, remplac&#233;s, le positionnement sur le v&#234;tement d&#233;plac&#233;&#8230; ou comme *&lt;a href=&#034;https://www.no-gram.com/monika-brugger/1157-monika-brugger-11.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; tout &#224; la fois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une technique traditionnelle comme l'&#233;mail ou la c&#233;ramique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, nous renvoyons &#224; notre &#233;tude &#171; A Bit Of Clay On The Skin : New (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; peuvent &#234;tre r&#233;analys&#233;es de mani&#232;re &#224; produire des effets et des configurations tout &#224; fait originales. L'&#233;tude de l'&#233;mail a permis d'observer combien des effets pouvaient &#234;tre valoris&#233;s par les sp&#233;cialistes de la technique, quand d'autres &#233;taient d&#233;valoris&#233;s par ces m&#234;mes sp&#233;cialistes pour lesquels sauter une &#233;tape comme celle du feu est un inconditionnel de la ma&#238;trise de ce savoir-faire, quels que soient les effets produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transposer une technique d'un domaine &#224; un autre rend &#233;galement possible la cr&#233;ation de nouveaut&#233;s : la Fermeture-Eclair peut &#234;tre un nouveau mode d'appareillage ou de fermeture, la vannerie ou la couture import&#233;es dans le domaine du bijou permettent d'assembler nouvellement des pierres entre elles. Quant au tricot, il s'accommode tr&#232;s bien du fil d'or ou de fer pour un collier ou un bracelet. Ainsi, une unit&#233; d'attache, un outillage, un geste, une &#233;tape boulevers&#233;e dans le dispositif fabriquant, et c'est le r&#233;sultat fabriqu&#233; qui s'en trouve autre, cr&#233;ant de l'inattendu. Les v&#234;tements de Paco Rabanne des ann&#233;es 1960 sont r&#233;alis&#233;s par une technique de bijouterie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annae&#776;lle RABANEDA, &#171; Le Ve&#770;tement en bijouterie dans les collections de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, voire m&#234;me tout-or et diamants comme la robe de 38 kg estim&#233;e aux alentours de 800 000 euros, port&#233;e par en 1968 *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/767376118564126720&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;oise Hardy&lt;/a&gt;. Quant aux bijoutiers, ils peuvent avoir recours au tissage, ce qui invalide le classement d'un ornement par la substance ou le proc&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfilage, un positionnement incongru sur le v&#234;tement ou le corps peut aussi devenir un enjeu d'innovation, et il arrive que ce qui fasse &lt;i&gt;&#339;uvre&lt;/i&gt; ne soit pas l'ouvrage en tant que tel, mais la gestuelle &#224; ex&#233;cuter pour porter l'objet. Cas exemplaire d'une bijouti&#232;re hollandaise : un *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/767376335271280640&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;savon&lt;/a&gt; &#224; l'int&#233;rieur duquel se voit, par transparence, un collier de perles. Pour l'enfiler, il faut se laver les mains. Ce n'est donc ni l'enfilage ni le port de ce bijou finalement des plus ordinaires (un simple collier de perles) qui est l'&#339;uvre, mais le fait incongru de devoir r&#233;duire la mati&#232;re savon par frottements r&#233;p&#233;t&#233;s sous le robinet pour totalement &#233;liminer et se le mettre au cou. La manipulation qui est autant une analyse de ce qui est produit par l'utilisation que lors de la fabrication, peut devenir un enjeu cr&#233;atif et produire un &lt;i&gt;passe&lt;/i&gt; (mise en place et ajustement) ou un port (tenue en place et rajustement), li&#233;s &#224; la tenue et au maintien tout &#224; fait int&#233;ressants, enfilage, position, gestuelle ou un port particulier pouvant &#224; ce titre devenir inhabituel. La nouveaut&#233; se manifeste en termes de production de sensations visuelles par textures ou configurations singuli&#232;res, d'une part, de maniements in&#233;dits, d'autre part. Pour certains objets, c'est m&#234;me une succession de gestes &#224; accomplir en amont qui font &#171; &#339;uvre &#187;, similairement &#224; ce que procure le fait de d&#233;baller son cadeau d'anniversaire avant d'en prendre possession, d'en jouir pleinement. Curiosit&#233; et surprise qui s'illustrent bien chez la bijouti&#232;re suisse *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/ecrin-a-bague&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Esther Brinkmann&lt;/a&gt;. Qu'&#224; cela ne tienne, le papier cadeau peut lui aussi faire l'affaire et se faire &#171; broche &#187;, comme ici. Rien ne se perd tout se transforme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a image ou e&#769;criture dans l'e&#769;quipement, on peut croire que &#231;a &#171; veut dire &#187; quelque chose, alors que du sens il n'y a sans doute pas : une pierre de couleur rouge ne manifeste aucune passion d'amour, et l'obscure h&#233;matite n'a pas forc&#233;ment la pr&#233;f&#233;rence des m&#233;lancoliques &#8211; n'est pas d&#233;cadent qui veut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme des Esseintes, h&#233;ros de A rebours (de Joris-Karl Huysmans) avec la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant au &#171; je t'aime &#187;, grav&#233; au creux de ma bague, il ne s'adresse pas forc&#233;ment &#224; ma personne et les langoustines de mon *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/bracelet-scampi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bracelet&lt;/a&gt; n'informent pas plus d'une quelconque fr&#233;n&#233;sie pour les crustac&#233;s. On peut tout porter sans jamais ne rien vouloir dire de nous. Bien qu'imageant les organes sexuels masculins, le *&lt;a href=&#034;http://collections.madparis.fr/collier-bourse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;collier&lt;/a&gt; de Sophie Hanagarth qui s'allonge exag&#233;r&#233;ment en un fluide assemblage de pastilles de silicone n'est ni exhibitionniste ni cr&#233;&#233; pour un libertin. Enfil&#233; et positionn&#233; &#224; l'entrejambe selon la vis&#233;e de la bijouti&#232;re, l'instabilit&#233; de la pi&#232;ce ne cesse d'en restreindre techniquement et par &#233;vidence l'utilisation : l'instabilit&#233; par oscillation ou balancement g&#233;n&#233;r&#233;s par les va-et-vient du porteur d&#233;clenche surtout de l'embarras devant le risque d'endommager cette pi&#232;ce qui est unique. Quant &#224; son usage, provocateur &#224; coup s&#251;r pour un repas avec sa grand-m&#232;re ou sa petite cousine (l&#224; n'est pas l'enjeu d'un repas, sauf si projet de d&#233;saccord il y a) &#8211; ce point est d&#233;velopp&#233; plus loin. De l'information certes, pr&#233;f&#233;rable toutefois d'&#233;tablir la re&#769;alite&#769; du ph&#233;nom&#232;ne de social de la personne qui a conjointement a&#768; s'inscrire et dans l'Histoire et dans la sienne en propre (style).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travers de l'&#233;tude, l'utilit&#233; de ces bijoux reste l'ornementation de parties du corps valoris&#233;es dans le monde occidental : doigt, poignet, cou, buste, oreille et non la l&#232;vre des &#171; femmes plateau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison d'&#234;tre du bijou contemporain semble n'avoir pour autre finalit&#233; qu'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;GRANDE FAMILLE&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Une &#171; culture &#187; faisant toujours syst&#232;me, le bijou n'est pas le seul domaine de la cr&#233;ation o&#249; l'on s'autorise ce type d'exp&#233;rimentations. Nouveaut&#233; en termes de texture, de composition, de manipulation par synergie ou polytropie est &#224; l'&#339;uvre dans la part la plus exp&#233;rimentale de la cr&#233;ation, v&#234;tement, design, architecture et art plastique. Bronze, bois, marbre de la sculpture (Tony Cragg) ou tissu du v&#234;tement (Comme des Gar&#231;ons) sont qualitativement et quantativement &#171; r&#233;analys&#233;es &#187; comme le m&#233;tal en bijouterie, selon le projet d'obtenir d'autres couleurs ou brillances, de l'al&#233;atoire par blanchiment ou usure. Le poids ou la pesanteur (Richard Serra), l'assemblage (Carl Andr&#233;), les dimensions (Claes Oldenburg), l'outillage (Frank Stella, Gerhard Richter), et jusqu'&#224; une utilisation in&#233;dite du pinceau (Jackson Pollock). R&#233;server la peinture dans ses poils de martre ou autres, puis secouer et non plus &#233;taler la couleur sur une toile dispos&#233;e &#224; plat sur le sol d&#233;jouera le d&#233;goulinage et produira &#224; coup s&#251;r de nouveaux effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes manipulatoires, de similaires exp&#233;rimentations s'observent tout autant : les tableaux s'installent au milieu de la pi&#232;ce (Claude Rutault), les sculptures s'accrochent au mur (Giovanni Anselmo), les installations r&#233;alis&#233;es dans la nature se d&#233;couvrent vue d'en haut, se survolent &#224; ses risquent et p&#233;rils (Robert Smithon). Ces pratiques mettent la r&#233;action &#233;motionnelle du r&#233;cepteur au centre du projet. Tout est fait pour la surprise, une &#233;motion sp&#233;cialement ressentie, fameuse ou fumeuse exp&#233;rience qui ne s'oublie pas (Carsten H&#246;ller), le prolongement de cette recherche de sensationnel de ce que peut notre sensorialit&#233; pouvant, chez certains artistes, chercher &#224; induire le comportement ou &#224; impliquer sa personne en partageant par exemple une soupe (Rirkrit Tiravanija). Sous le joug de sa pleine l&#233;gitimit&#233; de cr&#233;ateur, l'artiste peut m&#234;me quitter le plan technique pour celui de l'&#233;thico-social avec un zest de provocation pour installer, grandeur nature, le pape terrass&#233; par une m&#233;t&#233;orite (Maurizio Cattelan). G&#233;n&#233;ralisation d'un m&#233;canisme caract&#233;risant tout ce pan de la *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/767423413190082560&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/a&gt; dite &#171; contemporaine &#187;, class&#233;e comme telle avec son discours, ses publications, son public, ses lieux. De m&#234;me existent des v&#234;tements qui ne se portent pas, des &#339;uvres dont on ne peut pas profiter&#8230; Il n'a pas &#233;t&#233; question de chercher l'exhaustivit&#233;, mais de comprendre le m&#233;canisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point a nourri les cours dispens&#233;s durant six ans &#224; l'Ecole nationale sup&#233;rieure des arts d&#233;coratifs de Paris (*&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/767423974765445120&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ensad&lt;/a&gt;), et cela fut fascinant de r&#233;ussir &#224; emmener ailleurs, chaque ann&#233;e, les futurs designers dont j'avais la charge. L'exemple de Brancusi ou celui de Richard Serra serait int&#233;ressant &#224; rapporter devant l'ampleur prise, tout comme cette nouvelle et longue r&#233;analyse de l'art contemporain rendue possible par la M&#233;diation et bien d&#233;velopp&#233;e dans la th&#232;se&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une publication des trouvailles de ce travail est en cours.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le plus gratifiant fut de constater combien la transmission de l'outil m&#233;diationiste avait bien entam&#233; une mue chez les jeunes designers l'utilisant pour les travaux. Ph&#233;nom&#232;ne &#233;galement observable chez les universitaires am&#233;ricains de Stanford et de Middlebury College dont nous avions la charge de mener, en tuteur, jusqu'&#224; la soutenance de Master d'histoire de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d&#233;montr&#233; et illustr&#233; combien un m&#234;me projet, un m&#234;me choix cr&#233;atif fait diverger similairement, techniquement et stylistiquement, c'est comprendre que ces bijoutiers peuvent l&#233;gitimement se sentir plus artistes et moins artisans, m&#234;me si socialement ce statut ne leur est pas reconnu, du moins en France. C'est de leur libre d&#233;sir de se revendiquer ou s'estimer plut&#244;t ceci que cela, le statut d'artiste ou de plasticien &#233;tant, de nos jours, valoris&#233;. Les mots ne sont que des mots, ils ne recouvrent pas les m&#233;canismes en jeu et arbitraires sont les fronti&#232;res. Certains accessoires de Martin Margiela ou Paco Rabanne s'inscrivent comme &#233;tant du bijou contemporain. Ces deux stylistes restent toutefois class&#233;s en Mode. Il ne s'agit pas de dire que le bijou, c'est de l'art (par leur nature commune d'ars ou d'ouvrage techniquement fabriqu&#233; bien s&#251;r ils le sont), mais de comprendre comment une mani&#232;re de faire, s'appuie sur des registres analogues, sur un syst&#232;me commun. C'est le processus qui est similaire, pas les ouvrages. Tout l'inverse en mode ou design et v&#234;tements de stylistes, qui m&#234;me par leur c&#244;t&#233; exp&#233;rimental, leur prix ou le fait de n'&#234;tre achet&#233;s et utilis&#233;s que par une minorit&#233;, sont connus et comment&#233;s &#224; tout-va. Il s'av&#232;re aussi que, pour les bijoutiers, voir porter (ou porter eux-m&#234;mes) leurs ouvrages n'est plus si d&#233;terminant que cela, davantage pr&#233;occup&#233;s qu'ils sont par l'expression de leur libert&#233; d'artiste, leur contrainte &#233;tant de pure technique. Eh oui, m&#234;me s'ils le r&#234;vent tr&#232;s fort, le papier ne fusionnera jamais et le verre ne se forgera pas lui non plus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de bijoux ne recourt plus ni &#224; une organisation sociale de production ni &#224; un registre de valeur traditionnel &#8211; ici, pas de tailleurs de pierres pr&#233;cieuses, de n&#233;gociants d'Anvers, de place Vend&#244;me ou de diamants atteignant des prix records chez Christie's. Quant aux bijoutiers, ils s'obstinent &#224; faire partie de la Maison des Artistes qui exclut le bijou&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le site de la Maison des artistes, page r&#233;serv&#233;e aux Activit&#233;s relevant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les propos de Brune Boyer interview&#233;e &#224; ce sujet en 2010 dans le cadre de la th&#232;se sont curieux mais ont le m&#233;rite d'&#234;tre clairs : &#171; &lt;i&gt;Il faut ruser &lt;/i&gt;clame-t-elle&lt;i&gt;. Il ne faut surtout pas parler de &#8220;bijou&#8221; mais utiliser les termes &#8220;cre&#769;ations&#8221; ou &#8220;&#339;uvres plastiques&#8221; ; il faut aussi &#224; tout prix veiller aux photos que l'on joint a&#768; son dossier&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suite des propos recueillis : &#171; Je suis tout a&#768; fait a&#768; l'aise avec le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;. &#187; &lt;/i&gt;L&#233;gitime vs l&#233;gal, chacun s'arrange avec le curseur de sa temp&#233;rance, tant l'on sait que la loi fran&#231;aise se contredit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre &#233;tude &#224; ce sujet est bien avanc&#233;e, l'objectif &#233;tant de modifier la loi.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut reprocher aux bijoutiers, cependant, de rejeter, m&#233;priser, voire truquer les sources des chercheurs fran&#231;ais recherches et publications ext&#233;rieures finalement au clan &#8211; si tu n'es pas bijoutier contemporain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quelques sources sont facilement accessibles en ligne : https://www.artcotedazu&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;vade retro satanas&lt;/i&gt; ? Un article&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brune BOYER, &#171; Interpr&#233;ter l'art et la mani&#232;re : que veut dire tricher dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne fait que d&#233;montrer nos propos ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;INVESTITURE&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il du bijou en soci&#233;t&#233;, o&#249; le comportement est subtil, labile ? &lt;i&gt;Ethniquement, &lt;/i&gt;l'on ne fait pas n'importe quoi avec n'importe qui n'importe comment ; &lt;i&gt;&#233;thiquement, &lt;/i&gt;l'on ne se comporte pas n'importe comment. &#192; la diffe&#769;rence de l'animal, l'on &#233;quipe son e&#770;tre en soci&#233;t&#233;. Articuler le mod&#232;le instituant/institue&#769; (&lt;i&gt;e&#769;tat, partenariat, charge et partie&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude QUENTEL et Jacques LAISIS, &#171; Le lien social et ses fondements &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, selon &lt;i&gt;convergence&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;divergence,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;classe&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;ro&#770;le&lt;/i&gt;. L'ornement semble fonctionner de manie&#768;re similaire, voire solidaire au v&#234;tement. Le jour de son bapt&#234;me, le petit enfant rec&#807;oit une me&#769;daille ; pour se rendre a&#768; une soire&#769;e, l'on porte les bijoux que l'on imagine convenir et a&#768; sa tenue, et de ce que l'on se repr&#233;sente e&#770;tre de circonstance. La tenue du futur baptis&#233; est de couleur blanche quand, pour sortir le soir, la tenue cherchera en tous points &#224; s'accorder : avec une robe noire ou colore&#769;e, porter ou non des bijoux ? Se parer et se ve&#770;tir semblent &#234;tre corr&#233;l&#233;s, ce qui pousse le porteur &#224; &#171; en &#187; mettre ou pas lui appartenant en propre, &#224; sa guise (style), selon son go&#251;t (esth&#233;tique), son envie d'exub&#233;rance ou de temp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la clinique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel YLIEFF, Trois grilles d'e&#769;valuation &#8211; Analyse fonctionnelle des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, trois sources ont permis de valider, pour le bijou, ce concept d'investiture. Tout d'abord, l'e&#769;tude me&#769;diationiste de Se&#769;verine Teillot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;verine TEILLOT, Vestiaire fe&#769;minin du Gujara&#770;t et du Rajastan &#8211; Manie&#768;res (&#8230;)&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; chez les Indiennes du Gujara&#770;t de confession hindoue expose comment l'ornement, en lien avec le port du ve&#770;tement, s'organise dans la fabrication de l'e&#770;tre dans cette contre&#769;e extra-occidentale. Cette arch&#233;ologue a de&#769;compose&#769; les configurations que prend le vestiaire indien selon les liens et ro&#770;les sociaux dans cette partie de l'Inde contemporaine. En 2010 lors d'une conf&#233;rence &#224; l'&#233;cole de bijouterie de Saint-Amand-Montrond et le vernissage d'une exposition d'envergure europ&#233;enne &#224; la Cit&#233; de l'Or&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le cadre du programme europ&#233;en Comenius et de l'exposition &#171; Quand la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les bijoux de la collection Paul Rey rapidement identifi&#233;s incit&#232;rent &#224; revenir sur les lieux. Formant une belle unite&#769; de temps, lieu et milieu (entre 1830 et 1950), cette collection re&#769;unie par la famille Rey, bijoutiers a&#768; Clermont-Ferrand sur plusieurs ge&#769;ne&#769;rations, est en mesure d'attester &#224; la fois du gou&#770;t (pourquoi conserver cet ouvrage-ci pluto&#770;t qu'un autre) que des ale&#769;as ou myste&#768;res de la constitution d'une collection (s'agit-il de pie&#768;ces choisies ? d'invendus retenus ?). F&#233;conde fut leur l'observation, m&#234;me si elle ne fut autoris&#233;e qu'en d&#233;marche autopsique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette collection, acquise en 2003 par la ville de Saint-Amand-Montrond, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, le livre &lt;i&gt;Bijoux des re&#769;gions de France&lt;/i&gt; par son inventaire testimonial d'ornements dits &#171; folkloriques &#187; (re&#769;cits, romans, peintures, photographies), confirme certains usages, ruraux et bourgeois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le port de ces ornements est atteste&#769; avant la Premie&#768;re Guerre mondiale, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Vestiaire de la socie&#769;te&#769; indienne actuelle re&#769;gie par un syste&#768;me de castes (bien qu'aboli en 1948) ou bijoux port&#233;s au tournant du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cle permettent d'approcher la mani&#232;re dont l'ornement fabrique une investiture commune ; et peut-&#234;tre de pr&#233;ciser si, dans son usage et rapport de de&#769;pendance, le bijou serait &lt;i&gt;du &lt;/i&gt;ve&#770;tement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claudette JOANNIS, Bijoux des re&#769;gions de France, Flammarion, 1993.&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi une diffe&#769;renciation s'observe clairement : d'une part, par une mise en lien d'une personne a&#768; une autre, pre&#769;sente ou absente (marie&#769;e, veuve), les &#171; mettant a&#768; l'e&#769;cart &#187; de toutes les autres, ou mettant en lien plusieurs personnes entre elles (militaires) les opposant a&#768; toutes les autres ; et, d'autre part, par des ornements qui e&#769;tablissent l'&#234;tre selon son a&#770;ge (nouveau-ne&#769;, petite fille, jeune fille), l'opposant cette fois a&#768; toutes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'alliance en Occident est ici &#224; expliciter. Expose&#769;s a&#768; Saint-Amand-Montrond, des anneaux qualifie&#769;s de &#171; nuptiaux &#187; de&#769;montrent que la caracte&#769;ristique de ce bijou depuis le XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cle, r&#233;side moins dans la nature du me&#769;tal (platine, or, argent) ou sa couleur (jaune, blanc), moins dans sa section (ronde ou demi-ronde, carre&#769;e&#8230;), son e&#769;ventuel doublement voire triplement (deux ou trois anneaux encha&#770;sse&#769;s) voire l'ajout de diamants, que dans la &lt;i&gt;permanence&lt;/i&gt; de sa forme circulaire. Historiquement, l'alliance n'a pas toujours eu la configuration minimale que nous lui connaissons. Le chaton des bagues de mariage juives des XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cles prenait la configuration de petites maisons ; quant aux bagues &lt;i&gt;fede &lt;/i&gt;porte&#769;es en Angleterre au XII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cle, elles prenaient la forme de deux mains jointes, avec n&#339;uds pour le mariage ou fleurs tresse&#769;es en c&#339;ur, quand d'autres ne portaient que de la couleur (pierre). &#171; Repr&#233;sentations &#187; plus ou moins identifiables, &#171; r&#233;f&#233;rence &#187; &#224; un signe socialement codifi&#233; telle la forme arrondie en deux endroits supe&#769;rieurs rebondis qui n'est en rien l'image vraie du c&#339;ur humain ou encore fait de &#171; titiller &#187; les pupilles : &#233;tablir la liste de toutes ces &lt;i&gt;&#233;vocations&lt;/i&gt; serait insens&#233;. Encore moins les d&#233;tails, la p&#233;riode pr&#233;cise durant laquelle elles auraient pu &#234;tre porte&#769;es, perdues, pire abandonne&#769;es au profit d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une constance majeure appara&#238;t cependant : en Occident, ces bagues semblent devoir e&#770;tre porte&#769;es a&#768; l'annulaire gauche, selon une croyance grecque du III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cle av. J.-C. qu'une veine, la veine Amour, reliait l'annulaire directement au c&#339;ur, organe vital. Jusqu'au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cle, il n'est pas acquis non plus que le mari&#233; portait son alliance, a&#768; la diffe&#769;rence de la mari&#233;e. Les circonstances de l'e&#769;change de ces bagues diffe&#768;rent aussi semble-t-il selon l'e&#769;poque ou le milieu, les sources ne s'accordant pas. Il semble qu'en Bretagne aux XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cles les futurs e&#769;poux s'e&#769;changeaient leurs anneaux durant les &#171; accordailles &#187;, c'est-a&#768;-dire les fianc&#807;ailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le port de ce bijou qui e&#769;quipe ce changement d'e&#769;tat de la femme en &lt;i&gt;e&#769;pouse&lt;/i&gt; et du mari en &lt;i&gt;e&#769;poux&lt;/i&gt; peut continuer au-dela&#768; de la mort du conjoint et, jusqu'a&#768; la Seconde Guerre mondiale, les seuls autres bijoux que la veuve pouvait continuer de porter devaient e&#770;tre sombres, voire noirs. &#171; Les bijoux de deuil &#187; comme on les appelait alors, prennent la configuration de bagues, colliers, bracelets, broches, dormeuses, pendentifs, me&#769;daillons et barrettes de toutes sortes, fabrique&#769;s gra&#770;ce a&#768; des matie&#768;res, soit de&#769;ja&#768; &#171; noires &#187; (jais, onyx, e&#769;be&#768;ne, he&#769;matite), soit pouvant le devenir apre&#768;s un traitement &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; (argent bruni, bois bruni, nielle, e&#769;mail, verre teinte&#769;, Bake&#769;lite, appre&#770;t matifiant&#8230;). Il s'agit pour la deuillante de fre&#769;quenter son de&#769;funt mari, dans une mise a&#768; l'e&#769;cart. Par ce me&#769;canisme du deuil (culte fune&#769;raire), l'&#233;poux est &#171; pre&#769;sent &#187;. Porter du noir, c'est renoncer pour un temps donn&#233; au plaisir des sens, coup&#233; du monde, sacrifi&#233; en ultime hommage. Entre 1830 et 1950 dans la socie&#769;te&#769; occidentale, il s'agissait de porter cette non-couleur et pr&#233;f&#233;rer la matit&#233;, comme s'il s'agissait de renoncer a&#768; la sollicitation visuelle (ravissement) qu'ope&#768;re le chatoiement. Ces ornements ne sont porte&#769;s que durant la pe&#769;riode de deuil &#8211; grand deuil, demi-deuil ou petit deuil, en fonction du lien de parente&#769; entretenu avec le mort &#8211; et en fonction du style, c'est-a&#768;-dire de la guise de chaque personne (pluto&#770;t des me&#769;daillons que des bagues pour les unes, pluto&#770;t des bracelets et des sautoirs pour les autres), ils e&#769;tablissent la personne dans un retrait social, en opposition, mais tout en congruence avec les autres deuillants. En Occident aujourd'hui, le renoncement pour le de&#769;funt continue d'exister, me&#770;me si le consensus social n'est plus tant le&#769;galise&#769; ou codifie&#769;, voire a disparu : a&#768; chaque deuillant, sacrifice diffe&#769;rent&lt;i&gt; tant &lt;/i&gt;les lunettes de soleil port&#233;es &#224; l'enterrement feront circonstanciellement l'affaire. La conservatrice du patrimoine Claudette Joannis a re&#769;pertorie&#769; de beaux exemples de bagues, de m&#233;daillons en jais, onyx, e&#769;mail identifiables comme des ornements de deuil. Les bagues dites &#171; Memento Mori &#187; orne&#769;es d'une te&#770;te de mort, dont l'usage est atteste&#769; depuis le XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cle par de nombreuses sources testimoniales et iconographiques, sont &#224; int&#233;grer ici, quand d'autres (trans)portent pour leur part une me&#768;che de cheveux ou une quelconque trace de l'absent. Nous croyons au pouvoir d'e&#769;vocation du projet comm&#233;moratif qui vise a&#768; doter l'objet d'un de&#769;sir de rendre pr&#233;sent un absent, comme &#224; celui de fabriquer un e&#769;tat de sacrifice du vivant pour le de&#769;funt. En revanche, nous n'avons pas e&#769;tabli ni les circonstances ni la dur&#233;e du port de ces bagues, ni si elles e&#769;taient le&#769;gue&#769;es par le de&#769;funt, par testament ou non, conc&#233;d&#233;es le jour des fune&#769;railles ou achete&#769;es par la deuillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces manie&#768;res de faire &#171; e&#769;tat &#187; varient d'une socie&#769;te&#769; a&#768; une autre, tandis que demeure ce me&#769;canisme qui fait que l'e&#770;tre s'e&#769;quipe de certaines choses selon certaines situations. Dans certaines ethnies du Gujarat (principalement les Raikas, les Rajputs et les Banjaras), le mariage n'implique pas pour la femme de quitter le foyer familial : si elle a bien change&#769; d'e&#769;tat, la marie&#769;e peut rester dans son village natal, dans le style et l'histoire des siens, sans acque&#769;rir pleinement ce que l'on comprend en Inde par &#171; l'e&#769;tat d'e&#769;pouse &#187;. Sur le lieu familial, pour la distinguer de ses cons&#339;urs non marie&#769;es, elle porte diffe&#769;rents bijoux dont le &lt;i&gt;bor&lt;/i&gt;, ornement arbore&#769; au front&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;verine TEILLOT, Vestiaire fe&#769;minin du Gujara&#770;t et du Rajastan &#8211; Manie&#768;res (&#8230;)&#034; id=&#034;nh48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est qu'une fois sous le toit conjugal que la femme marie&#769;e porte un nombre bien de&#769;termine&#769; de bijoux en rapport avec son rang, qui la distingue de celles qui ne le sont pas ou bien des veuves qui n'en portent plus. Elle a e&#769;quipe&#769; son e&#769;tat d'e&#769;pouse et gr&#226;ce &#224; S&#233;verine Teillot, l'on sait que &#171; c'est notamment un assortiment de bracelets place&#769; a&#768; un endroit pre&#769;cis, a&#768; l'origine fabrique&#769;s en ivoire aujourd'hui en plastique qui est l'apanage des femmes marie&#769;es. [...] Un jeu ide&#769;al se compose de dix-sept bracelets porte&#769;s sur la partie supe&#769;rieure de chaque bras et neuf autres porte&#769;s sur chaque avant-bras, ce qui fait un total de cinquante-deux.&lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;Le bijou e&#769;tablit non seulement l'engagement des e&#769;poux l'un envers l'autre, mais aussi celui des familles entre elles &#8211; acceptation d'une union et du partage d'une histoire qui se fait a&#768; pre&#769;sent commune. Si le port (nombre d'e&#769;le&#769;ments, emplacement, dure&#769;e de port) diffe&#768;re d'une ethnie a&#768; une autre, il suffit d'observer ce qui re&#769;git implicitement ou explicitement la socie&#769;te&#769;, et comprendre combien le bijou confirme le statut d'e&#769;pouse dans cette re&#769;gion du monde. Ainsi, par rapport a&#768; la veuve occidentale qui porte une simple alliance, en Inde, c'est le foisonnement et l'he&#769;te&#769;roge&#769;ne&#769;ite&#769; des bracelets port&#233;s sur ses avant-bras qui caracte&#769;risent l'e&#769;tat de femme marie&#769;e. Mais si la veuve occidentale continue de porter son alliance et peut me&#770;me porter tous les bijoux qu'elle souhaite a&#768; condition que ceux-ci soient noirs, la veuve indienne doit o&#770;ter et briser tous ses bracelets. C'est l'absence d'ornement qui la constitue d&#232;s lors comme personne, veuve et seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le port de la bague de l'e&#769;ve&#770;que, du cardinal ou du pape, les sources&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sylvie LAGORCE, Parures liturgiques, Bibliothe&#768;que du Costume, Rouergue, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne sont malheureusement pas assez pre&#769;cises ou ne s'accordent pas toujours. Il semble que ce que l'on appelle &#171; l'anneau pastoral &#187; soit une bague porte&#769;e en toutes circonstances (c'est-a&#768;-dire autant a&#768; la ville qu'en fonction) a&#768; l'annulaire droit, voire au me&#769;dium droit, par l'e&#769;ve&#770;que. Il s'agit bien d'un bijou d'e&#769;tat. Destine&#769; a&#768; l'e&#769;ve&#770;que, celui-ci prend la configuration d'un anneau d'or surmonte&#769; d'une pierre (saphir, ame&#769;thyste, rubis, les sources ne s'accordent pas non plus sur ce sujet) ou d'une relique &#8211; aujourd'hui, la configuration de ces bagues est tre&#768;s varie&#769;e. Destine&#769; aux pre&#770;tres, celui-ci prend la configuration d'un simple anneau. Porte&#769; quotidiennement, l'anneau pastoral outille l'e&#769;tat de religieux de l'e&#769;ve&#770;que (depuis 590 ou 610 ap. J.-C. selon les sources) ou du pre&#770;tre, et fabrique ainsi l'e&#769;tat du lien de l'homme d'e&#769;glise a&#768; Dieu. Le cardinal outille pour sa part son lien avec Dieu par l'anneau cardinalice, une bague orne&#769;e d'un saphir (ou grenat, spinelle, e&#769;meraude) grave&#769; aux armes du pontife. Porte&#769;e a&#768; la main droite, cette bague est offerte par le pape (depuis 1294) qui, par ce cadeau, intronise le cardinal dans sa fonction (nomination au consistoire). Ce bijou peut e&#770;tre le&#769;gue&#769; en he&#769;ritage ou transmis a&#768; un proche Le port de cette bague n'e&#769;tant pas pre&#769;cise&#769; (certaine source mentionnant qu'elle e&#769;tait porte&#769;e sur le gant), il est difficile de s'assurer qu'il s'agit strictement d'un bijou d'e&#769;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chevalie&#768;re, bague-sceau portant les armes d'une &#171; noble &#187; lign&#233;e, est un bijou d'e&#769;tat : transmise, elle manifeste l'appartenance a&#768; une certaine classe en isolant le porteur des autres. Les recherches de Claudette Joannis explicitent une mise a&#768; l'e&#769;cart : de&#768;s 1692 dans les re&#769;giments allemands et alsaciens notamment, &#171; les hussards portaient des boucles d'oreilles. Le re&#769;giment du roi puis la vieille garde de l'arme&#769;e impe&#769;riale garde&#768;rent cette coutume en dehors de tout re&#768;glement. C'e&#769;tait la marque d'un corps d'e&#769;lite. Chaque soldat achetait ses anneaux. &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Cette pratique concerne en fait tous les corps de troupe, ce type de bijoux manifestant une mise a&#768; l'e&#769;cart sociale de ces militaires tout autant qu'une diffe&#769;rence particulie&#768;re entre un soldat expe&#769;rimente&#769;, un ve&#769;te&#769;ran ou un simple conscrit, comme l'atteste Ge&#769;rard-Antoine Massoni qui a soutenu sa the&#768;se sur les hussards. Porter un ou deux anneaux e&#769;quipait donc bien l'e&#769;tat de militaire, ope&#769;rant de fait un &#171; rassemblement &#187; des soldats entre eux (ils portent tous le me&#770;me bijou), mais aussi une distinction de niveau entre chaque corps d'une me&#770;me troupe par le port d'un anneau le&#769;ge&#768;rement diffe&#769;rent marquant, simultane&#769;ment, une diffe&#769;rence dans le groupe (l'expe&#769;rimente&#769; n'est pas le conscrit). Cette manifestation d'un e&#769;tat par le port d'un bijou spe&#769;cifique induit, d'une part, une mise a&#768; l'e&#769;cart de ces soldats par rapport a&#768; tous ceux qui ne le sont pas, un me&#769;canisme similaire au port de la soutane qui isole le pre&#770;tre des autres membres du social ; d'autre part, une distinction d'e&#769;chelon au sein me&#770;me du groupe. Autre utilisation moins connue de cet anneau d'or atteste&#769;e par Ge&#769;rard-Antoine Massoni : un moyen d'e&#769;change, le bijou pouvant e&#770;tre la seule fortune transporte&#769;e par son nomade proprie&#769;taire. Autre bijou d'e&#769;tat, le collier appele&#769; &#171; Esclavage &#187; : son apparition est situe&#769;e autour de 1750, il ressemble a&#768; un collier porte&#769; par les e&#769;le&#769;gantes sous Louis XV, un ornement de la femme marie&#769;e, ou plus pre&#769;cise&#769;ment un cadeau de mariage assez one&#769;reux, offert ge&#769;ne&#769;ralement le soir des noces &#8211; son usage est atteste&#769; en Normandie, Auvergne, Bresse et Poitou. Fabrique&#769; a&#768; partir de matie&#768;res pre&#769;cieuses (or, argent, diamants) ou moins pre&#769;cieuses (cuivre dore&#769;, strass) selon les possibilite&#769;s financie&#768;res du couple, celui-ci se compose ge&#769;ne&#769;ralement de trois me&#769;daillons ovales ou rectangulaires relie&#769;s entre eux par plusieurs chai&#770;nes plus ou moins longues. Celui-ci pouvait s'enrichir de nouvelles chai&#770;nes a&#768; l'occasion de la naissance d'un enfant. &#192; Arles, le bracelet jonc en or massif appele&#769; &#171; Coulas &#187;, est aussi re&#769;serve&#769; aux femmes marie&#769;es. Quelles que soient ses configurations (simples ou travaille&#769;es) et sa d&#233;nomination (Capucine, Maintenon, Saint-Maurice, Ba&#770;ton, Boulonnaise, Papillon, Grille), la croix est l'ornement fe&#769;minin le plus porte&#769;. La Jeannette, une croix en matie&#768;re pre&#769;cieuse (or et argent), aux extre&#769;mite&#769;s tre&#769;fle&#769;es, tr&#232;s ouvrage&#769;es ou e&#769;pure&#769;es, peut e&#770;tre conside&#769;re&#769;e comme un bijou d'e&#769;tat. C'est le bijou des paysannes&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;unanimement porte&#769; dans les campagnes et achete&#769; a&#768; la Saint-Jean. La collection de Saint-Amand-Montrond pre&#769;sente une vingtaine de croix, toutes dissemblables, preuve de cette quantite&#769; de configurations cruciformes possibles. Selon nos sources, la croix outille donc aussi parfois un me&#769;canisme de classe : les paysannes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, de me&#770;me que la soutane des pre&#770;tres et que la toge anglaise e&#769;tablissent l'e&#770;tre &#171; en &#187; eccle&#769;siastique ou &#171; en &#187; universitaire, le bijou d'e&#769;tat e&#769;tablit une diffe&#769;renciation des e&#769;tats de lien. Ces ornements marquent un statut historiquement date&#769; et ininterrompu : lors de la ce&#769;re&#769;monie, religieuse ou civile, les marie&#769;s s'e&#769;changent leur anneau. C'est &#224; ce moment pr&#233;cis qu'ils &#171; mutent &#187;. Dans une promesse d'engagement total et e&#769;ternel, ils se doivent d'arborer quotidiennement leur alliance, similairement au pre&#770;tre ordonne&#769; avec sa soutane. Ce qui caracte&#769;rise ce bijou, c'est moins la circonstance de re&#769;ception de l'objet qui en amorce le port, que la permanence du port lui-me&#770;me, &lt;i&gt;intronisant &lt;/i&gt;litt&#233;ralement l'&#234;tre : une opposition qualifiante d'un lien particulier qui s'e&#769;tablit soit entre deux personnes, soit entre plusieurs, par rapport a&#768; toutes les autres. La fabrication de l'e&#769;tat s'outille similairement via l'habit de policier ou de militaire ; dans celui de boucher (habit de base en pied-de-poule), celui de la serveuse (robe noire) ou dans l'e&#769;quipement noir majoritairement adopte&#769; par les architectes d'aujourd'hui, lorsque toutes ces personnes continuent de porter ce vestiaire au-dela&#768; du cadre strict de leur me&#769;tier &#8211; a&#768; moins que cela ne soit qu'un stratage&#768;me vestimentaire, le noir &#171; affinant &#187; la silhouette. Quoi qu'il en soit, il est &#171; normal &#187; de croiser un militaire habille&#769; comme tel, marchant dans la rue, prenant le train, bien qu'il ne soit pas en ro&#770;le ; de m&#234;me un policier ne portant jamais son uniforme garde donc le me&#770;me ve&#770;tement quelles que soient les circonstances, comme un boucher reste en pantalon pied-de-poule pour prendre un caf&#233; au bar du coin. Caracte&#769;risant non strictement un style personnel, ce vestiaire rele&#768;ve de l'e&#769;tablissement de l'e&#770;tre, de manie&#768;re permanente. Porter une alliance a&#768; l'annulaire gauche en France, enfiler une soutane ou un ve&#770;tement pied-de-poule, c'est &#234;tre &#171; en &#187; mari, clerc ou boucher, tout en n'&#233;tant en rien suffisant pour &#171; en e&#770;tre &#187; totalement : toujours possible de porter un anneau sans e&#770;tre marie&#769;, d'acheter une soutane et la porter sans e&#770;tre pre&#770;tre, d'enfiler une veste pied-de-poule sans e&#770;tre boucher ! On voit combien tout cela ne va pas de soi, l'habit ne fait pas le moine en le faisant tout autant, comme s'arrange le dicton. Ornement et ve&#770;tement sont ne&#769;cessaires, mais restent non suffisants : pour e&#770;tre pre&#770;tre, encore faut-il e&#770;tre reconnu comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ornement e&#769;tablit aussi, en diff&#233;renciant les &#234;tres selon leur a&#770;ge : nouveau-ne&#769;, petite fille, jeune fille, &#233;pouse&#8230; En Inde au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cle par exemple, dans certaines ethnies du Gujarat, diffe&#769;rents bijoux outillent ces &#233;tapes successives. Ainsi la petite indienne doit-elle retirer, a&#768; la puberte&#769;, la boucle de nez qu'elle portait jusqu'alors et se pre&#769;parer a&#768; recevoir des ornements d'oreille ; elle doit aussi reve&#770;tir les habits relatifs a&#768; son genre fe&#769;minin, ressemblant a&#768; ceux de ses ai&#770;ne&#769;es. Ceux-ci, assez couvrants, requie&#768;rent une manipulation particulie&#768;re avec laquelle elle doit se familiariser afin d'e&#770;tre &#171; pre&#770;te &#187; a&#768; se marier. Par les unit&#233;s ainsi (r)assembl&#233;es de son vestiaire, la petite indienne s'incorpore au groupe auquel elle appartient. Ce cheminement d'enfant a&#768; jeune fille puis femme mari&#233;e, passage a&#768; cet e&#769;tat d'e&#769;pouse efficient une fois sous le joug conjugal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus d'incorporation se retrouve en Occident avec la bague de fianc&#807;ailles. L'e&#769;tat de fiance&#769;(e), moins marque&#769;, moins en vigueur aujourd'hui, s'&#233;talait de l'acceptation par le pe&#768;re de la demande en mariage du pre&#769;tendant jusqu'aux derniers pre&#769;paratifs du mariage (dot, accords, trousseau, publications des bans, choix du tissu de la robe, invitation), pe&#769;riode de passage ou de transition liant les jeunes gens quasiment au me&#770;me titre que le mariage et qu'il n'e&#769;tait en tous cas pas de bon ton de rompre. L'usage des fianc&#807;ailles remonte de manie&#768;re officielle a&#768; un de&#769;cret de 860 du pape Nicolas I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;, et cette bague offerte, en me&#769;tal pre&#769;cieux, devait repre&#769;senter pour le futur e&#769;poux un sacrifice financier. Quelques bagues de fianc&#807;ailles de la collection de Saint-Amand-Montrond, sont repre&#769;sentatives sur plusieurs ge&#769;ne&#769;rations de la production et du port de ce bijou en province, durant une pe&#769;riode allant du Second Empire a&#768; la IV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Re&#769;publique. Afin de la pre&#769;parer a&#768; son passage a&#768; l'e&#769;tat de femme marie&#769;e, la jeune fille occidentale se faisait ainsi offrir par son futur e&#769;poux une bague plus ou moins volumineuse, portant soit une seule pierre pre&#769;cieuse, soit plusieurs pierres agence&#769;es en motifs ge&#769;ome&#769;triques ou floraux, cadeau avant l'alliance qui outille un statut transitoire entre l'&#233;tat jeune fille et d'e&#769;pouse. En 1915, femmes et hommes portaient continument leur bague de mariage et de fianc&#807;ailles&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;le livre de de Claudette Joannis permettant testimonialement de pr&#233;ciser qu'en Bretagne cette bague dite d'&#171; accordailles &#187; n'&#233;tait qu'un anneau en argent, l'utilisation de l'or pour ce type de bijoux n'e&#769;tant pas ge&#769;ne&#769;ralise&#769;e. Les futurs e&#769;poux s'offraient leur bijou lors du repas dit d'&#171; accordailles &#187; lui aussi &#8211; le temps de ces fianc&#807;ailles s'&#233;talant de quelques semaines a&#768; trois mois, voire toute une ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impre&#769;gnation et l'incorporation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude QUENTEL, L'Enfant. Proble&#768;mes de gene&#768;se et d'histoire, 1997, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; permettent de comprendre ce subtil et transitoire e&#769;tat de la petite indienne qui, jusqu'a&#768; la puberte&#769;, reste &lt;i&gt;immerg&#233;e&lt;/i&gt; dans la culture des siens, sans capacite&#769; de distanciation possible &#8211; processus qui s'&#233;quipe par le port de la boucle de nez. &#192; la puberte&#769;, lorsqu'elle acquiert l'aptitude a&#768; se distancier, elle &lt;i&gt;mute&lt;/i&gt; &#171; en &#187; jeune fille, incorporation s'outillant par le port de boucles d'oreilles. L'exercice de la manipulation de son ve&#770;tement la pre&#769;parera a&#768; l'e&#769;tat suivant, le mariage. Ces diff&#233;rents a&#770;ges, chaque fois accompagn&#233;s d'ornements d&#233;di&#233;s la font &lt;i&gt;glisser&lt;/i&gt; d'&#233;tat en &#233;tat, jusqu'&#224; son statut de personne. L'ornement des tout premiers a&#770;ges de la vie par lequel se fabrique l'e&#769;tat de tout petit enfant en Inde, chez les Bhopa Rabaris, prend la configuration de cordons de &lt;i&gt;qualite&#769;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;couleur&lt;/i&gt; spe&#769;cifiques. &#192; l'a&#770;ge de six jours, c'est dot&#233;&#769; d'un cordon de laine rouge et d'un cordon de coton blanc entrelace&#769;s, cernant son cou, ses poignets et ses chevilles qu'il est pre&#769;sente&#769; a&#768; la De&#769;esse Me&#768;re, divinite&#769; protectrice. C'est la re&#769;sistance des fils qui va en de&#769;terminer le port, et il est attendu que ce temps soit le plus long possible. Le port de ces dix cordons outillant son e&#769;tat de nouveau-ne&#769; est assujetti a&#768; une usure tributaire &#224; la fois de la gesticulation du be&#769;be&#769; et des gestes des parents et autres adultes &#224; son &#233;gard. En Occident, le petit enfant porte son bracelet de naissance, en m&#233;tal pr&#233;cieux, sur une courte pe&#769;riode de&#769;termine&#769;e par la longueur, des maillons supple&#769;mentaires &#233;tant mis a&#768; disposition lors de son acquisition pour s'ajuster &#224; la croissance. Pour la pe&#769;riode des XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cles, les bracelets de bapte&#770;me conserv&#233;s &#224; Saint-Amand-Montrond (portant le nom de l'enfant ou des inscriptions comme &#171; be&#769;be&#769; &#187;), ainsi que les me&#769;dailles (figurant le visage de la Vierge, un saint ou un ange), aux proportions adapte&#769;es a&#768; celles de son petit corps (longueur, poids, volume) se comprennent comme e&#769;tant eux aussi des bijoux de naissance, offerts a&#768; l'enfant le jour du sacrement ; toutefois, selon nous, moins manifestation d'un e&#769;tat et plus me&#769;canisme d'incorporation au groupe par l'appropriation des parents et des proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un me&#769;canisme similairement ambigu s'observe avec le bracelet d'identification que la sage-femme pose autour du poignet du nouveau-ne&#769; a&#768; la maternite&#769;, portant son nom, son pre&#769;nom, son sexe et le nom de sa me&#768;re pour l'authentifier. Son port est ponctuel, c'est par la pre&#769;sence sur un me&#770;me lieu et au me&#770;me moment d'autres nourrissons qu'un risque de confusion entre nouveaux-ne&#769;s existe. Sorti du cadre me&#769;dical et administratif, ce bracelet devient &lt;i&gt;inutile&lt;/i&gt;, l'ambigui&#776;te&#769; sur l'identite&#769; du nourrisson &#233;tant lev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un me&#770;me bijou qui se partage : d'un c&#244;t&#233;, la marie&#769;e et la veuve, le militaire, l'e&#769;ve&#770;que et la paysanne (e&#769;tats de liens ou du lien) ; de l'autre, le nouveau-ne&#769; ou la jeune fille (e&#769;tats d'a&#770;ge), le me&#769;canisme du bijou d'e&#769;tat est similaire, qu'importent lieu, milieu, e&#769;poque. Il s'outille par le partage, entre deux personnes ou plusieurs, d'un bijou a&#768; la configuration similaire dont la dure&#769;e de port varie selon une &lt;i&gt;diff&#233;renciation&lt;/i&gt; de l'&#233;tat soit du lien soit de l'a&#770;ge mettant la personnne concern&#233;e &#224; l'&#233;cart ou en opposition &#224; toutes les autres. Ce qui caracte&#769;rise le bijou manifestant des e&#769;tats de lien semble incomber soit a&#768; la permanence de son port (alliance, anneau pastoral, anneau des hussards, croix des paysannes), soit a&#768; la nature du lien entretenu avec une personne de&#769;funte (port de bijoux noirs en Occident ; ne plus porter de bracelets pour les Indiennes). Ces bijoux prennent des configurations pluto&#770;t minimales et circulaires (bagues et bracelets), et s'adaptent a&#768; la morphologie gr&#226;ce &#224; la fluidite&#769; incluse dans leur configuration technique (croix porte&#769;e avec une chai&#770;ne, me&#769;daillons du collier Esclavage assemble&#769;s par chai&#770;nettes souples), entravant le moins possible la gestuelle quotidienne (dormir, se laver, e&#769;plucher les le&#769;gumes, travailler au champ, etc.) ; les matie&#768;res pre&#769;cieuses utilise&#769;es (or, platine, argent, mais aussi strass ou cuivre) &#233;tant pluto&#770;t pe&#769;rennes. Des impre&#769;cisions persistent toutefois pour le port de ce type de bijoux : les Indiennes gardent-elles leurs bracelets pour dormir ? &#192; quel moment e&#769;tait o&#770;te&#769; le volumineux collier Esclavage, apanage des femmes marie&#769;es des XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cles ? Remarquons que les e&#769;poux portent la me&#770;me alliance ; les militaires, la me&#770;me boucle. Par la permanence du port d'un bijou similaire s'outille leur e&#770;tre social &#8211; cet ornement manifestant un certain e&#769;tat de lien. En revanche, du nouveau-ne&#769; a&#768; la jeune fille, le passage d'un a&#770;ge a&#768; un autre est e&#769;quipe&#769; par des bijoux chaque fois diffe&#769;rents (cordons, puis boucle de nez, puis boucle d'oreille). Mais un me&#770;me type de bijou outille le lien entre les enfants d'un me&#770;me a&#770;ge : les nouveaux-ne&#769;s bhopa rabaris portent tous des cordons de couleurs et matie&#768;res diffe&#769;rentes et, jusqu'a&#768; la puberte&#769;, toutes les petites indiennes portent la me&#770;me boucle. Dans ces e&#769;tats de lien et e&#769;tats d'a&#770;ge, il s'agit, d'une part de partager le me&#770;me bijou que l'autre ou que les autres ; d'autre part, d'un port qui diffe&#769;rencie la personne des autres en l'associant a&#768; une autre, ou a&#768; quelques autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le bijou de type contemporain, qu'en est-il de l'&lt;i&gt;investiture&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le corpus, aucun bijou n'a pu &#234;tre identifi&#233; comme manifestant un me&#769;canisme d'e&#769;tat (de lien ou d'a&#770;ge) ou se de&#769;clarant comme tel. Quid du concept qualitativement statutaire ou identitaire instituant de l'&#234;tre contemporain en soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'alliance se fait rare chez les contemporains : techniquement, trop simple (&#8230;)&#034; id=&#034;nh51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Pr&#233;sente &#224; la soutenance de notre th&#232;se puis &#224; la conf&#233;rence &#224; l'Afedap&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conf&#233;rence &#171; L'investiture du bijou contemporain, what's the problem ? &#187; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui s'ensuivit, la directrice de la galerie Terres d'Aligre nous a pris au mot. Nous avons relev&#233; le d&#233;fi et men&#233; ce qui s'apparente &#224; une &#171; direction artistique &#187; aupr&#232;s de deux de ses bijouti&#232;res contemporaines, Marianne Anselin et Claire Marfisi, sur pr&#232;s de six mois, avant de les rendre &#224; leur galeriste pour la sc&#233;nographie et le vernissage. Au final, *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Oui&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; fut une exploration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marianne Anselin et Claire Marfisi ont expos&#233; leurs travaux &#224; la galerie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; f&#233;conde, aussi un hommage &#224; Jean Gagnepain, sorte de lignage &#224; son concept d'investiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alliance comme &lt;i&gt;cosa mentale&lt;/i&gt; m&#233;rite de se poser plus objectivement ici via les travaux de deux bijoutiers contemporains n'appartenant pas forc&#233;ment au corpus. Premier exemple avec *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/767424764997435392&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Monika Brugger&lt;/a&gt; qui a r&#233;pondu de mani&#232;re int&#233;ressante &#224; une commande d'anneaux nuptiaux. Elle a propos&#233; aux futurs e&#769;poux qui donc se sont adress&#233;s a&#768; elle d'acheter un certain poids d'or a&#768; 24 carats (compris entre 5 et 30 g, voire plus si le couple dispose de fonds), poids a&#768; diviser en deux parts e&#769;gales &#8211; demandant martelage et e&#769;tirement pour une mise &#171; en cercle &#187;. Au final, les deux ouvrages comportent tr&#232;s exactement le me&#770;me poids d'or. &lt;i&gt;Traditionnellement&lt;/i&gt;, un or 750&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; (18 carats), malle&#769;able et re&#769;sistant est utilise&#769; pour r&#233;sister au quotidien ! &lt;i&gt;Traditionnellement&lt;/i&gt;, la section ou diame&#768;tre du fil fac&#807;onne&#769; ou e&#769;tire&#769; est identique pour les deux ouvrages ; ainsi, avec une taille de l'annulaire en ge&#769;ne&#769;ral supe&#769;rieure a&#768; celui de sa femme, l'homme dispose au final d'une bague proportionne&#769;e a&#768; sa morphologie mais qui, en poids, a ne&#769;cessite&#769; un rajout de matie&#768;re. Ainsi la bijoutie&#768;re a organise&#769; sa production non pas strictement a&#768; partir de la taille des doigts, mais d'une me&#770;me quantite&#769; de me&#769;tal a&#768; re&#769;partir e&#769;quitablement entre les futurs &#233;poux. Le travail sur ces points techniques qualitatif (poids) et quantitatif (purete&#769;) du me&#769;tal concourt a&#768; des finalite&#769;s inte&#769;ressantes. Tout d'abord, le poids du me&#769;tal est identique dans les deux alliances, tandis que la section de la bague de l'e&#769;pouse devient supe&#769;rieure a&#768; celle de l'e&#769;poux. Ensuite, afin de garder un or pur, a&#768; 24 carats, la bijoutie&#768;re a choisi de re&#769;aliser une soudure a&#768; partir d'un or e&#769;galement pur, et non pas comme attendu a&#768; partir d'un alliage de&#769;die&#769;. Pourtant, l'&#339;il ne fait pas la diffe&#769;rence entre une soudure traditionnelle ou celle-ci nettement plus expe&#769;rimentale. Une information (verbale ou e&#769;crite) doit donc e&#770;tre donne&#769;e pour avertir de cette particularite&#769;. Pourtant, si l'or 999 % (24 carats) poss&#232;de cet atout d'ultramalle&#769;abilit&#233;, il a le de&#769;savantage de vite s'abi&#770;mer en surface. Comment comprendre un tel parti cre&#769;atif ? Ce projet e&#769;labore&#769; autour de la &#171; purete&#769; &#187; du me&#769;tal est a&#768; mettre en correspondance avec la &#171; purete&#769; &#187; du sentiment ou de l'engagement partage&#769; par les deux e&#769;poux au moment de leur union. La soudure est ici inde&#769;celable, mais c'est la valeur donne&#769;e a&#768; la repre&#769;sentation mentale qui l'emporte ici sur la technique, selon l'ide&#769;e du lien d'amour &lt;i&gt;pur &lt;/i&gt; : une purete&#769; absolue du me&#769;tal (me&#770;me inde&#769;celable) qui rappellerait un amour &lt;i&gt;pur &lt;/i&gt;(sans tiers), devant faire face aux coups de la vie (une surface facilement de&#769;formable, abi&#770;mable ou rayable). Quant au poids similaire des deux ouvrages, il renvoie aux forces e&#769;quitablement partage&#769;es que le couple choisi de valoriser au moment de son changement d'e&#769;tat social, par le mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;a href=&#034;http://www.benjaminlignel.com/ChThrills/CT-photo.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Benjamin Lignel&lt;/a&gt; est le second exemple. Ce bijoutier n'appartient pas au corpus mais la r&#233;analyse qu'il a d&#233;j&#224; op&#233;r&#233; sur l'alliance est assez pertinente pour &#234;tre discut&#233;e ici. Il propose cette boi&#770;te contenant deux rubans d'or identiques de 24 carats a&#768; disposer autour de l'annulaire en l'enroulant, puis en entortillant les extre&#769;mite&#769;s afin de fixer le ruban a&#768; l'emplacement de ce que l'on reconnai&#770;t comme e&#769;tant la place d'une alliance en Occident. Le ruban e&#769;tant plus long que le diame&#768;tre d'un doigt, les extre&#769;mite&#769;s restent de fait telles quelles, saillantes au-dessus, comme un chaton. Cet &#171; arrimage &#187; est surprenant pour un anneau que l'on a pluto&#770;t l'habitude d'enfiler le long du doigt, une nouveaute&#769; rendue possible par l'extre&#770;me mall&#233;abilit&#233;&#769; du me&#769;tal utilise&#769; pur. L'avantage d'un tel conditionnement (ruban) conf&#232;re une adaptabilite&#769; maximale (convient &#224; toutes les tailles de doigt). C'est en revanche un de&#769;savantage car il n&#233;cessite un rajustement continuel &#224; faire en&#8230; tordant les extre&#769;mite&#769;s. Cette manipulation va peu &#224; peu &#233;liminer le me&#769;tal et faire en sorte que se casse le ruban qui, de&#769;solidarise&#769;, devient inutilisable. La finalite&#769; de la bague est ici malmene&#769;e, traditionnellement conc&#807;ue pour rester en place, perdurer. Titre ou commentaires du bijoutier renseignent sur cette &#171; aberration &#187; technique. &lt;i&gt;Cheap Thrills, &lt;/i&gt;ou &lt;i&gt;Super Cheap Thrills &lt;/i&gt;dans sa de&#769;clinaison boi&#770;te d'allumettes, se re&#769;fe&#768;re au titre &#233;ponyme de Janis Joplin de 1968 pre&#769;tendant que certains plaisirs ne peuvent durer plus de 9'38'' &#8211; voire &#224; ce que chantait Sylvie Vartan en 1965 : &#171; &lt;i&gt;L'amour, c'est comme une cigarette, &#231;a flambe comme une allumette ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut admettre que pour l'achat d'alliances le &#171; traditionnel &#187; l'emporte, les futurs e&#769;poux se dirigeant vers la joaillerie, voire la haute joaillerie, ou bien la bijouterie de nos quartiers. Le me&#769;canisme de similarite&#769; &#171; un me&#770;me bijou pour plusieurs &#187; observe&#769; au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cle chez les militaires ou pour outiller un e&#769;tat d'a&#770;ge (nouveau-ne&#769;, petite fille) ne s'envisage que peu pour le contemporain. Remarquable et techniquement portable (enfilable et ajustable), ce bijou ne se pr&#233;occupe donc que tr&#232;s peu de la &lt;i&gt;personne&lt;/i&gt; (&#233;tat ou r&#244;le). A l'extr&#234;me, il sait se faire ind&#233;sirable en soci&#233;t&#233; lorsque, via des traits plus extr&#234;mes, il repousse sans donc s'accorder avec le vivre ensemble (convivialit&#233;). Jouer autour de nos totems et tabous, telle la broche *&lt;a href=&#034;https://caroledeltenre.com/wp-content/uploads/2015/02/nymphe1-e1423147756946.jpg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nymphe&lt;/a&gt; de Carole Deltenre ou le collier pr&#233;servatif de *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/767425201181982720&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Keith Mendak&lt;/a&gt;, g&#233;n&#232;re, c'est selon, une palette d'effets et d'attitudes : sourire, gloussement, rire (jaune), g&#234;ne, embarras qui se modulent circonstanciellement (expo, m&#233;tro, solo). Quant aux bagues toutes blanches de *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/767425896262041600&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Viviane Yazdani&lt;/a&gt; leurs vis&#233;es orgasmiques (enpirie) restent visuellement &#171; inoffensives &#187;. &lt;i&gt;M&#233;nage &#224; Quatre&lt;/i&gt; fait savoir (via mode d'emploi) sans faire voir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une recherche de ce ph&#233;nom&#232;ne est en ligne, dans cet article : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affranchi des convenances, voici &#233;loign&#233;e la traditionnelle fabrication d'investiture de la personne par le bijou, hormis lors des circonstanci&#233;s vernissage, visite, colloque, d&#238;ners en &lt;i&gt;partenaire&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;partie&lt;/i&gt;. Toujours dans son style et son milieu ! Au ph&#233;nom&#233;nal festival punk de Mont-de-Marsan en 1976 et 1977, les festivaliers ne portaient que des bijoux &#224; leur guise punk, comme le bijou contemporain n'est port&#233; que par des aficionados : affaire d'arbitraire de l'&#234;tre en soci&#233;t&#233;. Hors de tout jugement, mais fruit de l'observation, du t&#233;moignage de gal&#233;ristes ou dires des bijoutiers eux-m&#234;mes, il semble av&#233;r&#233; que rares soient les individus manifestant un int&#233;r&#234;t sans bornes. Divergence et arbitraire de la personne, voici deux raisons d'un port, ainsi qu'une pr&#233;sence sociale plut&#244;t rares, notamment en France, bien que mus&#233;es ou centres d'art le collectionnent, le pr&#234;tent, et que des colloques ou journ&#233;es d'&#233;tude sont r&#233;guli&#232;rement organis&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles LE GUENNEC, La Fabrication en question, Les &#201;ditions du Possible, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;IN PRINCIPIO&lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Reste que, quelle que soit la tournure qu'il adopte, le bijou contemporain s'enfile et se porte, car fabriqu&#233; pour l'&#234;tre : &lt;i&gt;absence utile&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AA, op. cit.&#034; id=&#034;nh56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, comme le cou l'est au collier, l'asphalte au pneu, le tableau &#224; la craie. Le bijou, mobile, interchangeable, accompagne la tenue sur la peau comme sur le tissu ou s'y fixer, temporairement. Si l'ornement est bien en relation de de&#769;pendance re&#769;ciproque avec le vestiaire et la morphologie, il agre&#769;mente aussi l'e&#769;quipement le plus minimal qui soit, comme un short, un top ou un maillot de bain. Cette prise de corps par le bijou peut se re&#769;aliser en entourant fixement une partie tel un collier rigide, ou en se montrant mobile et fluide comme un sautoir souple e&#769;pousant la morphologie. Sans se conformer a&#768; l'anatomie et tout en e&#769;tant de&#769;pendant, le bijou peut revendiquer sa propre autonomie. &#171; Pourtant, si ajuste&#769; soit-il et me&#770;me s'il est fait sur mesure, l'ordonnance du ve&#770;tement ne se conforme jamais parfaitement a&#768; celle du corps qui doit le porter. Les parties de l'un ne sont jamais exactement celles de l'autre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe BRUNEAU, &#171; Le ve&#770;tement &#187; (1983), p. 144-145.&#034; id=&#034;nh57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Un collier de chien ou ras-de-cou rigide qui dessine une autre ligne que celle du corps par un redressement &#171; naturel &#187; de la te&#770;te peut se rapprocher des talons aiguilles qui, en allongeant les jambes, bassin cambr&#233;, redessine la silhouette. La similarite&#769; est manifeste, moins pour interpre&#769;ter la posture ou la personne elle-m&#234;me comme&#8230; altie&#768;re, charmeuse, fumeuse, ou l'adh&#233;sion &#224; cet attrait occidental pour le longiligne, et bien plus pour comprendre cette autre ligne corporelle fabriqu&#233;e, que les femmes a&#768; plateaux d'Afrique aux le&#768;vres infe&#769;rieures proe&#769;minentes illustreraient tout autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque le bijou se porte, celui-ci est lie&#769; au corps, c'est une e&#769;vidence. Il en pare ou s'empare des cou, doigt, poignet, cheville, etc. au de&#769;triment d'emplacements valoris&#233;s en d'autres temps, lieux, milieux (nous l'avons dit), d'une part le bijou doit s'ajuster au ve&#770;tement ou, inversement, le ve&#770;tement est choisi en fonction de lui : pour sa broche, on optera pour une chemise au tissu e&#769;pais ; d'autre part, il s'agit d'une finalite&#769; autant esthe&#769;tique, &lt;i&gt;plastique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme esthe&#769;tique n'est pas a&#768; entendre comme un jugement, cf. AA, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-a&#768;-dire que l'ensemble du vestiaire trouve en soi sa propre fin. On pourra accorder sa robe rouge avec un bijou rouge, un collier ras-de-cou quand le col de son pull-over est peu e&#769;vase&#769;, des bracelets a&#768; chaque bras dans l'ide&#769;e de la fabrication d'une syme&#769;trie. Si l'on pre&#769;fe&#768;re l'accumulation, l'e&#769;pure ou e&#769;quilibre, on choisira une multitude de bijoux, ou un et un seul, ou un juste e&#769;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le bijou n'est pas le seul a&#768; se faire de&#769;cor du ve&#770;tement ou du corps tant il entretient des rapports comple&#769;mentaires et solidaires avec la perruque, les faux ongles, les barrettes, les faux cils, mais aussi le maquillage, le tatouage, la broderie, les sur-piqu&#770;res, l'e&#769;charpe, la cravate, les gants, le chapeau. Le jeu technique entre ce que l'on croit e&#770;tre du bijou ou du ve&#770;tement, peut e&#770;tre exemplifie&#769; par deux ornements contemporains : tout d'abord, un ouvrage de Clara Camus&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; jeune styliste qui a fabrique&#769; un bracelet en cuir qui est aussi un petit sac que l'on porte sur l'avant-bras comme un bijou, mais selon une double finalite&#769; (de&#769;corative et dynamique) ; e&#769;galement par une pie&#768;ce de *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/767426127998353408&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Monika Brugger&lt;/a&gt;, une bijoutie&#768;re du corpus qui a brode&#769; a&#768; un emplacement pluto&#770;t attendu pour une broche la de&#769;finition de ce bijou tire&#769;e du &lt;i&gt;Petit Robert &lt;/i&gt;selon la typographie reconnaissable de ce dictionnaire, tout en conside&#769;rant que, comme son nom l'indique (&lt;i&gt;Inse&#769;parable), &lt;/i&gt;c'est l'ensemble du ve&#770;tement qui constitue le bijou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas le fait d'e&#770;tre porte&#769; qui incontestablement le caracte&#769;rise : on porte aussi bien un sac, un ve&#770;tement, un parapluie. On peut mettre du poison dans sa bague, quand portefeuille et papiers d'identit&#233; r&#233;clament un sac. Si l'on enfile son ve&#770;tement tout comme une bague ou un collier, c'est en revanche pour se ve&#770;tir que l'on passe le premier&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;porter un bijou serait-il lie&#769; au fait de reme&#769;dier au manque de de&#769;cor du ve&#770;tement ? Il faut analyser. Ainsi, contrairement au bijou, une fonction de mise a&#768; &#171; l'abri &#187; du sujet semble incluse dans l'utilite&#769; du ve&#770;tement : un imperme&#769;able (pour s'isoler de la pluie), un manteau en hiver (pour s'isoler du froid). L'abri est &#171; ce qui, dans le ve&#770;tement, contribue a&#768; assurer la maintenance biologique du sujet en formant e&#769;cran entre lui et le monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe BRUNEAU, &#171; Le ve&#770;tement &#187;, op. cit., p. 147.&#034; id=&#034;nh59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Il est e&#769;vident qu'en fonction des saisons et selon la chronologie, la ge&#769;ographie ou la culture, celui-ci n'opte pas pour la me&#770;me qualite&#769; (laine ou lin), la me&#770;me quantite&#769; de tissu (longueur ou couvrance) ou le me&#770;me dispositif (cire&#769;, capuche et bottes par temps de tempe&#770;te, ou simple chapeau et parapluie sous un petit crachin). Ces me&#769;canismes communs se manifestent de&#768;s qu'il s'agit de sortir de chez soi. Si l'on s'habille pour prote&#769;ger son e&#770;tre biologique, se ve&#770;tir est subtil. Incontestable que le manteau soit un abri &#171; vital &#187; (au sens de vie ou de mort) pour le sans-abri ou l'Inuit, qu'en est-il de la casquette du policier ou des circonstances comme entrer dans une e&#769;glise ou&#768; les hommes, me&#770;me par une tempe&#769;rature basse, doivent o&#770;ter leur chapeau ? Avec la casquette du policier, l'utilite&#769; fonctionnelle d'abri ou de protection de&#769;fendue pour le sans-abri ou l'Inuit n'est plus si efficiente : la casquette tient moins de la protection du sujet et plus de l'emble&#768;me &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; me&#769;tier : le policier &lt;i&gt;est &lt;/i&gt;dans son ke&#769;pi. Dans ce qui e&#769;tablit la personne, logement, traitement, aliment lui sont indissociables et, dans la re&#769;alite&#769;, tout est lie&#769; : solidarite&#769; des industries de l'e&#770;tre. Si l'on se trouve dans la rue, pour ne plus avoir froid, on peut entrer dans un ba&#770;timent, un magasin, un parking, une voiture (logement). &#192; l'inte&#769;rieur d'un b&#226;timent, on enfile un pull-over, chaussette, robe de chambre on pose un cha&#770;le sur ses e&#769;paules (ve&#770;tement) ; on fait un feu, on augmente le chauffage (mobilier), prend un bain, se frictionne, fait les cent pas (traitement du corps) ; se pre&#769;pare un the&#769; ou avale un bol de soupe (aliment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les festivite&#769;s d'un mariage princier, la marie&#769;e aura e&#769;te&#769; coiffe&#769;e et maquille&#769;e (traitement), apre&#768;s l'e&#769;change des consentements, elle arborera l'anneau nuptial ainsi qu'une robe qu'elle ne portera que pour l'occasion, l'ensemble des invite&#769;s sera ve&#770;tu pour la circonstance, parfois endimanche&#769;, en tout cas caracte&#769;risant leur classe et leur statut (te&#770;tes couronne&#769;es, membres du gouvernement, dirigeants d'associations, personnalite&#769;s du show-business, etc.). En me&#770;me temps que le style de chacun (ve&#770;tement), le ba&#770;timent, le palais ou&#768; se de&#769;roulera la fe&#770;te sera choisi en rapport avec le rang des marie&#769;s (logement) ; il en ira de me&#770;me pour la qualite&#769; ou l'agencement des plats (ameublement). Si le syste&#768;me est un tout cohe&#769;rent, les disparit&#233;s manipulatoires persistent : &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; ne pe&#769;ne&#768;tre pas dans sa maison comme &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; rentre dans son pull ou que la nourriture entre en soi. Tout comme le bain de mer n'est ni celui de sa baignoire, de pied ou de la foule. Sur la plage, le maillot de bain n'a par exemple pas toujours e&#769;te&#769; aux dimensions si minimales qu'aujourd'hui rend possible. &#171; Ce qui est en cause, c'est moins la sexualite&#769; que la pudeur, c'est-a&#768;-dire le fait que c&#807;a m'appartienne et que ce ne soit pas a&#768; toi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean GAGNEPAIN, cite&#769; par Jean-Michel LE BOT, Aux fondements du lien social (&#8230;)&#034; id=&#034;nh60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Sans cette frontie&#768;re, la personne entre dans la pathologie : une tendance soit a&#768; l'exhibitionnisme (intimite&#769; ni&#233;e), soit au voyeurisme (intimite&#769; de l'autre ni&#233;e). Contrairement aux sciences et the&#769;ories uniquement discursives, cette anthropologie valide ses hypothe&#768;ses nous l'avons dit. Et quelle force de se valider cliniquement, par la pathologie, d'une part, parce que cette vision en &#171; ne&#769;gatif &#187; de la raison et de son fonctionnement est une composante de la the&#769;orie, d'autre part, parce que les travaux de ces cliniciens me&#769;diationistes permettent d'exploiter les notions du mod&#232;le avec une tout autre ampleur. Cet aller et retour the&#769;orie-clinique est un constituant a&#768; part entie&#768;re. Dans la th&#232;se, les troubles de l'habillage ont permis de comprendre que, se v&#234;tir, c'est choisir le &lt;i&gt;bon&lt;/i&gt; ve&#770;tement, l'enfiler &lt;i&gt;&#224;&lt;/i&gt; l'endroit, au &lt;i&gt;bon&lt;/i&gt; endroit. C'est enfiler son cale&#231;on avant son pantalon (tout le monde n'est pas Superman slip rouge moulant par-dessus son collant !), le gilet sur son pull, mettre ses chaussettes avant ses chaussures ; &#233;galement ne pas enfiler son pantalon par la te&#770;te ou tout autre un segment corporel dans une ouverture inapproprie&#769;e ; ajuster et fermer son ve&#770;tement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel YLIEFF, Prise en charge et accompagnement de la personne de&#769;mente, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me, l'analyse de troubles neurologiques affectant la personne dans sa relation a&#768; l'autre &#8211; c'est-a&#768;-dire&lt;i&gt; l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;inte&#769;riorisation &lt;/i&gt;(faculte&#769; de&#769;ja&#768; la&#768;) &#8211; &#233;claire le me&#769;canisme social, processus qui justement ne va pas toujours de soi, voire dans certains cas e&#769;choue. Tout se passe comme si certains n'e&#769;taient pas ou pas parfaitement &#171; socialisables &#187;, faute d'e&#770;tre capables d'inte&#769;riorisation. Et de surcro&#238;t appr&#233;hender cette manie&#768;re d'e&#770;tre qui fait o&#770;ter aux hommes leur chapeau (casquette, be&#769;ret, capuche et autres couvre-chef) me&#770;me dans une e&#769;glise froide, l'utilite&#769; d'abri ne peut ici se re&#769;aliser. Me&#770;me en possession de l'objet (d'un objet), la circonstance (consensus social ou loi) peut le de&#769;conseiller voire l'interdire, comme se balader avec une kalachnikov). Nos manie&#768;res d'e&#770;tre en soci&#233;t&#233; ont ainsi plus strictement a&#768; voir avec des &#171; fronti&#232;res &#187; de convenances ou de pudeur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean GAGNEPAIN, Du vouloir dire, t. 1, p. 193-194.&#034; id=&#034;nh62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous l'avons dit. On parle aussi d'intimite&#769; dans la mesure o&#249;, une fois outill&#233;, je peux faire barrie&#768;re a&#768; l'autre si j'ai d&#233;cid&#233; que ce qui est a&#768; moi restera cache&#769;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean GAGNEPAIN, Huit le&#231;ons d'introduction &#224; la th&#233;orie de la m&#233;diation, op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; occult&#233;, camoufl&#233;, couvert, voil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on dit que personne ne se prom&#232;ne nu (en l'e&#769;tat donne&#769; par la nature) en soci&#233;t&#233;, selon son bon vouloir. En effet, nudistes ou naturistes ne peuvent vivre leur partenariat que dans un territoire aux limites (fronti&#232;res) strictement d&#233;finies. En France, enfreindre cette loi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article 222-32 du code pe&#769;nal fran&#231;ais.&#034; id=&#034;nh64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est prendre le risque d'&#234;tre verbalis&#233;, condamn&#233; pour exhibitionnisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sanctionne&#769; par un an de prison ferme et 15 000 euros d'amende.&#034; id=&#034;nh65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Partenaires en lieux &#171; s&#251;rs &#187;, les nudistes vaquent ainsi &#224; leur gr&#233;, nus, s'e&#769;quipant &#224; l'envi, &#224; leur guise ou pour la surprise d'accessoires qui n'en sont donc d'ailleurs point ! Abri (pied, t&#234;te, yeux) ou pour le chic, chaussures, chapeaux, lunettes de soleil, montres, sacs, bijoux&#8230; ici se portent, l&#224; se laissent. Circonstance oblige : tra&#238;nant ou en training, en grandes surfaces, en face-&#224;-face, sac &#224; main ou bien &#224; dos ; et qu'il soit l'heure du resto ou du disco. Sorte de paradis, comme a tent&#233; de le d&#233;montrer l'exposition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exposition Paradis naturistes, Mucem, 3 juillet-9 d&#233;cembre 2024.&#034; id=&#034;nh66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du Mucem. M&#234;me si l'inverse est plus fr&#233;quent, gambader et se fr&#233;quenter sans v&#234;tements mais avec des bijoux est av&#233;r&#233;. Et s'il fallait argumenter davantage et indiquer l'une des directions que prend notre recherche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean GAGNEPAIN, Du vouloir dire, t. 2, op. cit. Jean-Claude QUENTEL, &#171; Plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;voquons, en d'autres lieux, la nudit&#233; des Himbas en Namibie, accompagn&#233;e de magistrales parures de cou, buste, t&#234;te ; en d'autres temps, la nudit&#233; des athl&#232;tes grecs dont la pratique en olympiade ou au gymnase est pour sa part bien document&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par d'&#233;minents chercheurs, Alexandre Farnoux, Philippe Bruneau, Fran&#231;ois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'entra&#238;ner (acqu&#233;rir de l'endurance), c'est en tous points s'entretenir : soulager la douleur musculaire pour les uns, conserver une silhouette honorable pour d'autres. Des circonstances sociales et politiques o&#249; r&#232;gne la responsabilit&#233; citoyenne : &#171; M&#234;me nus les corps sont des machines dont les Grecs prennent soin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous la direction entre autres d'Alexandre Farnoux, le catalogue du mus&#233;e du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Certes, mais une nudit&#233; sans l'&#234;tre, puisque non int&#233;grale. Mieux vaut nuancer et pr&#233;ciser des &#234;tres nus, &#233;quip&#233;s tant&#244;t de gants, ceintures, bijoux (colliers, bracelets, boucles d'oreilles, cha&#238;nes de pied)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb70&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme l'atteste la c&#233;l&#232;bre fresque des Boxeurs d'Akrotiri retrouv&#233;e &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh70&#034;&gt;70&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voici de&#769;montr&#233; que le bijou fonctionne tr&#232;s bien tout seul, sans chemise, sans pantalon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effacement d'investiture du bijou contemporain para&#238;t d&#233;montr&#233; et permet de comprendre cette quasi-invisibilit&#233; &#233;voqu&#233;e en introduction. L'exp&#233;rimental l'emporte ! Un bijou pour lui-m&#234;me, technique pour la technique, comme l'on dit un art pour l'art. Que ces ornements soient lourds, voyants, inconfortables ou demandant une gesticulation parce que &#231;a gratte ou que c'est trop serr&#233; n'est pas la question : tiare ou trai&#770;ne de marie&#769;e &#171; ge&#770;nent &#187; tout autant pour fr&#233;quenter les p&#232;lerins ou valser pour ouvrir le bal. Le pape (comme il doit) porte son imposante tiare, de m&#234;me que la marie&#769;e (comme elle se le doit) garde sa robe de princesse jusqu'&#224; la fin du jour ou de la nuit. Ce temps de c&#233;r&#233;monie de mariage (c&#233;l&#233;bration civile, religieuse et jusqu'au banquet, buffet, repas, soir&#233;e&#8230;) est compt&#233;. Quant &#224; la fr&#233;quentation d'un vernissage d'art, d'un d&#238;ner aux dessous chics, mieux vaut s'&#233;quiper &lt;i&gt;en&lt;/i&gt; bijoux qui ne feront ni guind&#233;s, endimanch&#233;s, ringards. S'accorder mais marquer (se d&#233;marquer, se faire remarquer) sans qu'il n'y ait de &lt;i&gt;vraie&lt;/i&gt; repr&#233;sentation car bien plus &lt;i&gt;en&lt;/i&gt; repr&#233;sentation : ici, ni sc&#232;ne ni d&#233;cor ; un jeu sans jeu, sorte d'anti-ro&#770;le sans r&#244;le tant il n'y l&#224; ni th&#233;&#226;tre, ni public, ni personnage, ni texte, ni pi&#232;ce, ni quelconque spectacle &#224; applaudir. Quant au fabricant (bijoutier, joaillier, cr&#233;ateur, artisan, artiste) contemporain, en s'&#233;loignant d&#233;lib&#233;r&#233;ment et parfois outrageusement du dispositif technique, il tend &#224; se marginaliser, diverger semble &#234;tre devenu la panac&#233;e, quitte &#224; ne plus produire du tout. &lt;i&gt;Man&#339;uvre&lt;/i&gt; qui fait &lt;i&gt;&#339;uvre&lt;/i&gt; sans main ! Le bijou de *&lt;a href=&#034;https://bijoutetralogik.tumblr.com/post/767430984092254208&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sissi Westerberg&lt;/a&gt; ? Une empreinte &#233;ph&#233;m&#232;re sur la peau, apr&#232;s le serrage d'une cordelette, dans l'effacement progressif du sillon jusqu'&#224; disparition du ph&#233;nom&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb71&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On parle d'&#233;lasticit&#233;, selon la loi de Hooke o&#249; la peau ou le m&#233;tal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh71&#034;&gt;71&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Du tangible &#224; son contraire, ni vu-ni connu si l'on n'&#233;tait pas l&#224; pour voir ? Que l'on se rassure, tout est ma&#238;tris&#233;. S'apparentant &#224; la pratique artistique de la &#171; performance &#187; d&#233;nomm&#233;e ainsi depuis les ann&#233;es 1970, la captation photographique ou cin&#233;matographique est de la partie. Une preuve de cette &#233;preuve fera foi de feu son existence partageable, m&#233;diatisable &#224; l'envi pour la vie. Loisir et &lt;i&gt;esth&#233;tique, &lt;/i&gt;vous dis-je !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bijou est loin d'&#234;tre un simple accessoire au service du v&#234;tement. Moins suppl&#233;ment, plus &#171; suppl&#233;ment d'&#226;me &#187;, il va et vient au-del&#224; des corps et du d&#233;cor : &lt;i&gt;Kunstwollen&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb72&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kunstwollen ou Du vouloir d'art, via Massimo CARBONI, Ornament and (&#8230;)&#034; id=&#034;nh72&#034;&gt;72&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? C'est ce qu'il faut d&#233;montrer. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Exposition &#171; Anti-Bijoux &#187;, Galerie Collection, Atelier M&#233;tiers d'art de France, septembre-novembre 2013, Paris &#8211; en ligne : &lt;a href=&#034;https://vu.fr/KDYIx&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vu.fr/KDYIx&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicolas BOURRIAUD, &lt;i&gt;Beaux-Arts&lt;/i&gt;, novembre 2007, n&#176; 281, p. 40. La tirade de Marcel Duchamp &#171; &lt;i&gt;The great artist of tomorrow will go underground&lt;/i&gt; &#187; conclut son intervention lors du colloque Where do we go from Here ? au Philadelphia Museum of College of Art, le 20 mars 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucileee BACH, &#171; Costume et ornement de sc&#232;ne : de quelle investiture parlons-nous ? &#187;, in &lt;i&gt;Le Costume de sc&#232;ne, objet de recherche,&lt;/i&gt; publication des actes du colloque sous la direction de Didier Doumergue et Anne Verdier, Centre national du costume de sc&#232;ne (CNCS), Moulins-sur-Allier, mars 2013, p. 235-243.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sylvie BACH LAMBERT, &lt;i&gt;Le Bijou contemporain, son rapport au v&#234;tement et &#224; l'art &#8211; Anthropologie de l'ornement en Europe depuis les ann&#233;es 1960, &lt;/i&gt;th&#232;se de doctorat sous la direction de Pierre-Yves Balut, Centre Chastel, Paris-Sorbonne, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sylvie LAMBERT, &lt;i&gt;La Bague &#8211; Parcours historique et symbolique,&lt;/i&gt; Le Collectionneur/Ramsay, Paris, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean GAGNEPAIN, &lt;i&gt;Le&#231;ons d'introduction &#224; la th&#233;orie de la m&#233;diation &#8211;&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.institut-jean-gagnepain.fr/&#339;uvres-de-jean-gagnepain&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.institut-jean-gagnepain.fr/&#339;uvres-de-jean-gagnepain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe BRUNEAU et Pierre-Yves BALUT, &lt;i&gt;Artistique et Arch&#233;ologie &#8211; M&#233;moire d'arch&#233;ologie g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; 1-2, PUPS, Paris, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si tout est &lt;i&gt;en&lt;/i&gt; histoire, tout n'est pas &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean GAGNEPAIN est le premier &#224; les penser et &#224; les articuler en 1982 dans les tomes 1 et 2 de &lt;i&gt;Du vouloir dire&lt;/i&gt; &#8211; en ligne : &lt;a href=&#034;https://www.institut-jean-gagnepain.fr/&#339;uvres-de-jean-gagnepain&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.institut-jean-gagnepain.fr/&#339;uvres-de-jean-gagnepain&lt;/a&gt; ; en 1997 &#224; Paris-Sorbonne, Philippe BRUNEAU et Pierre-Yves BALUT, &lt;i&gt;Artistique et Arch&#233;ologie &#8211; M&#233;moire d'arch&#233;ologie g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; 1-2, PUPS, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Didier LE GALL, &lt;i&gt;Des apraxies aux atechnies &#8211; Propositions pour une ergologie clinique&lt;/i&gt;, De Boeck Universit&#233;, Paris/Bruxelles, 1998. Fran&#231;ois OZIURAK, &lt;i&gt;&#201;tudes neuropsychologiques des rapports entre outils, gestes et usages&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat, sous la direction de Didier Le Gall, &#233;cole doctorale d'Angers, 2007. Olivier SABOURAUD, &lt;i&gt;Le Langage et ses Maux&lt;/i&gt;, Odile Jacob, Paris, 1975&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Jean-Yves&lt;i&gt; &lt;/i&gt;URIEN&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; &#171; Des troubles du langage &#224; la pluralit&#233; des raisons &#187;, &lt;i&gt;in Le D&#233;bat, &lt;/i&gt;n&#176; 140, 2006.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Interview de Jean GAGNEPAIN, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Atouts Bretagne,&lt;/i&gt; 1989. Olivier SABOURAUD, &#171; Vous avez dit : &#8220;anthropologie clinique&#8221; ? &#187; in &lt;i&gt;T&#233;tralogiques&lt;/i&gt;, n&#176; 17, 2006, p. 189-226.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le volume 2 ou &lt;i&gt;Annexe&lt;/i&gt; de la th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe BRUNEAU et Pierre-Yves BALUT, &lt;i&gt;Artistique et Arch&#233;ologie &#8211; M&#233;moire d'arch&#233;ologie g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; 1-2, PUPS, Paris, 1997, p. 90-94 et p. 287-289.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;AA&lt;/i&gt;, p. 288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;AA&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans cette d&#233;marche, il s'agit de &#171; faire (ou refaire) par soi-me&#770;me &#187;, &lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;AA&lt;/i&gt;, p. 278-292 et p. 253-254.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette bijouti&#232;re su&#233;doise est connue pour avoir re&#769;alise&#769; au gre&#769; de ses voyages (Stockholm, Paris, Biot) des ouvrages dont beaucoup seront &#233;dit&#233;s par la maison Georg Jensen.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fr&#233;d&#233;ric Bodet, qui fut l'un des membres composant notre jury de soutenance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bijouti&#232;re et sp&#233;cialiste des m&#233;taux, Sylvia Tailhandier que nous avons sollicit&#233;e durant toute la recherche a permis la compr&#233;hension d'effets techniques improbables pour une novice telle que nous l'&#233;tions alors. A l'Universite&#769; catholique de Louvain, en partenariat avec le laboratoire de mycologie, elle m&#232;ne un travail de recherche passionnant autour des nouvelles substances.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barbara CARTLIDGE, &lt;i&gt;Les Bijoux du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle,&lt;/i&gt; Payot, Paris, 1986, p. 81. Une l&#233;g&#232;re mobilit&#233; est offerte &#224; la pierre (quartz) par l'anneau d'argent qui la perce et la relie &#224; la structure. Toute la pertinence de ce collier des ann&#233;es 1960 r&#233;side dans ce jeu (gagnant) avec la morphologie : cou, buste ici ; doigt, bras ou poignet pour les bijoux de sa collection.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notice du bijou en ligne : &lt;a href=&#034;https://madparis.fr/collier-body-sculpture&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://madparis.fr/collier-body-sculpture&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://konstigbooks.com/design-crafts/torun-bulow-hube-torun.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://konstigbooks.com/design-crafts/torun-bulow-hube-torun.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mathieu Rousset Perrier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous reprenons la formule de&#769;veloppe&#769;e par Pierre-Yves Balut dans le cadre des cours de L2 et 3 sur le ve&#770;tement a&#768; Paris-Sorbonne, r&#233;appr&#233;ci&#233;e lors des se&#769;minaires du 26 novembre au 3 de&#769;cembre 2009. &lt;i&gt;Cf&lt;/i&gt;. de&#769;finition sur le site de l'Anthropologie de l'art &#8211; &lt;a href=&#034;http://tinyurl.com/4xn6xue&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://tinyurl.com/4xn6xue&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;AA&lt;/i&gt;, p. 90-94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une qualite&#769; recherche&#769;e au Japon, ou&#768; manger en silence, c'est-a&#768;-dire sans entendre le cliquetis incessant des couverts au contact de la vaisselle, est hautement appr&#233;ci&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;AA&lt;/i&gt;, p. 95-96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;AA&lt;/i&gt;, p. 205-206.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe BRUNEAU, &#171; L'arche&#769;ologie contemporaine : de la voiture-balai a&#768; la locomotive &#187;, 2001, p. 5-6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le cadre de la th&#232;se, le corpus ne pouvait tout &#233;tudier, tout embrasser des collections existantes. Un corpus ne peut pr&#233;tendre &#224; l'exhaustivit&#233; mais s'organise autour d'un ensemble assez remarquable pour viser l'objectivit&#233; de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcel DUCHAMP, &#171; Discours au Muse&#769;e d'Art moderne de New York, 1961 &#187; (1994), p. 191-192 &#8211; en ligne &lt;a href=&#034;https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/oeuvre/cg9jka&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/oeuvre/cg9jka&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En l'absence de catalogue, citation extraite du dossier de presse d'&lt;i&gt;Accessoires et objets, te&#769;moignages des vies de femmes a&#768; Paris 1940-1944, &lt;/i&gt;p. 9. Cette exposition eut lieu au me&#769;morial du Mare&#769;chal-Leclerc-de-Hauteclocque-et-de-la-Libe&#769;ration de Paris&#8211;muse&#769;e Jean-Moulin, du 20 mai au 15 novembre 2009 (organise&#769;e par Fabienne Falluel, conservatrice en chef du muse&#769;e Galliera et Marie-Laure Gutton, charge&#769;e d'e&#769;tudes documentaires au muse&#769;e Galliera. Dominique VEILLON, &lt;i&gt;La Mode sous l'Occupation &lt;/i&gt;(1990), p. 71-140. Fabienne FALLUEL et Marie-Laure GUTTON, &lt;i&gt;Ele&#769;gance et Syste&#768;me D &lt;/i&gt;(2009), p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, nous renvoyons &#224; notre &#233;tude &#171; A Bit Of Clay On The Skin : New Ceramic Jewelry &#187;, consultable en ligne : &lt;a href=&#034;https://artjewelryforum.org/reviews/un-peu-de-terre-sur-la-peau-bit-clay-skin-new-ceramic-jewelry&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://artjewelryforum.org/reviews/un-peu-de-terre-sur-la-peau-bit-clay-skin-new-ceramic-jewelry&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annae&#776;lle RABANEDA, &#171; Le V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;&#770;tement en bijouterie dans les collections de Paco Rabanne &#8211; Analyse de la technique &#8220;bijouterie&#8221; applique&#769;e aux ve&#770;tements &#187;, &lt;i&gt;RAMAGE &lt;/i&gt;14, PUPS, Paris, 2001, p. 69-98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme des Esseintes, h&#233;ros de &lt;i&gt;A rebours&lt;/i&gt; (de Joris-Karl Huysmans) avec la couleur noire, p. 13-22 : en ligne &#8211; &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/&#192;_rebours/Chapitre_I&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/&#192;_rebours/Chapitre_I&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une publication des trouvailles de ce travail est en cours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le site de la Maison des artistes, page r&#233;serv&#233;e aux Activit&#233;s relevant du r&#233;gime social des artiste-auteurs : &lt;a href=&#034;https://www.lamaisondesartistes.fr/site/identification-fiscale-sociale/le-champs-dapplication-du-regime&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lamaisondesartistes.fr/site/identification-fiscale-sociale/le-champs-dapplication-du-regime&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suite des propos recueillis : &lt;i&gt;&#171; Je suis tout a&#768; fait a&#768; l'aise avec le statut prodigue&#769; par la Maison des Artistes. Cette de&#769;finition correspond bien a&#768; ma manie&#768;re de fonctionner qui est artistique. Mes pie&#768;ces sont tre&#768;s e&#769;labore&#769;es, je passe beaucoup de temps a&#768; leur conceptualisation ; je ne fais jamais de se&#769;rie mais fonctionne par huit ou neuf pie&#768;ces. Il faut savoir que, pour e&#770;tre admis a&#768; s'inscrire a&#768; la Maison des Artistes, il faut ruser : il ne faut surtout pas parler de &#8220;bijou&#8221; mais utiliser des termes comme &#8220;cre&#769;ations&#8221; ou &#8220;&#339;uvres plastiques&#8221; et veiller aux photos que l'on joint a&#768; son dossier. &#187; &lt;/i&gt;Cette bijouti&#232;re contemporaine franc&#807;aise nous est bien connue depuis le livre &lt;i&gt;La Bague &#8211; Parcours historique et symbolique&lt;/i&gt; publi&#233; en anglais en 1998, chez RotoVision, p. 232-233.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notre &#233;tude &#224; ce sujet est bien avanc&#233;e, l'objectif &#233;tant de modifier la loi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quelques sources sont facilement accessibles en ligne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.artcotedazur.fr/actualite,109/exposition,110/le-bijou-contemporain-panorama-des-doutes-et-desirs-a,11414.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.artcotedazur.fr/actualite,109/exposition,110/le-bijou-contemporain-panorama-des-doutes-et-desirs-a,11414.html&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;https://artjewelryforum.org/library/shows-and-tales-ae-on-jewelry-exhibition-making&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://artjewelryforum.org/library/shows-and-tales-ae-on-jewelry-exhibition-making&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;https://artjewelryforum.org/library/shows-and-tales-ae-on-jewelry-exhibition-making/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://artjewelryforum.org/library/shows-and-tales-ae-on-jewelry-exhibition-making/&lt;/a&gt; + &lt;a href=&#034;https://handshakeproject.com/wp-content/uploads/2020/03/HS-Context-FINAL.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://handshakeproject.com/wp-content/uploads/2020/03/HS-Context-FINAL.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Brune BOYER, &#171; Interpr&#233;ter l'art et la mani&#232;re : que veut dire tricher dans un atelier de bijouter ? in &lt;i&gt;Images Re-vues, &lt;/i&gt;Hors-s&#233;rie 7 Par-del&#224; l'art et l'artisanat, 2019 &#8211; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/imagesrevues/6401&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/imagesrevues/6401&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bijouti&#232;re est aujourd'hui titulaire d'un doctorat en anthropologie au LESC Paris-Ouest, sous la direction de Sophie Houdart.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude QUENTEL et Jacques LAISIS, &#171; Le lien social et ses fondements &#187;, in &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, n&#176; 140, mai-ao&#251;t 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel YLIEFF, &lt;i&gt;Trois grilles d'e&#769;valuation &#8211; Analyse fonctionnelle des conduites d'autonomie dans les e&#769;tats d&#233;mentiels (toilette, habillage, orientation dans l'espace). &lt;/i&gt;Didier LE GALL, Philippe PEIGNEUX, &lt;i&gt;Les Apraxies : formes cliniques et mode&#768;les the&#769;oriques. &lt;/i&gt;Nous d&#233;taillons ces dysfonctionnements plus loin dans le texte courant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#233;verine TEILLOT, &lt;i&gt;Vestiaire fe&#769;minin du Gujara&#770;t et du Rajastan &#8211; Manie&#768;res de donner forme a&#768; l'activite&#769; et a&#768; l'e&#770;tre &lt;/i&gt;(2007) et &lt;i&gt;V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;&#770;tir le corps &#8211; V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;&#770;tement fe&#769;minin en Inde occidentale &lt;/i&gt;(2006), Master 1 et 2 Paris-Sorbonne, 2006 et 2007, sous la direction de Pierre-Yves Balut. S&#233;verine TEILLOT, &#171; Le vestiaire f&#233;minin au Gujarat et au Rajasthan &#224; travers la collection Riboud du mus&#233;e Guimet &#187;, in &lt;i&gt;La revue du Louvre et des mus&#233;es de France&lt;/i&gt;, n&#176; 4, 2009, p. 95-108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le cadre du programme europ&#233;en Comenius et de l'exposition &#171; Quand la pierre brute devient bijou &#187;. Un compte rendu soign&#233; de mon intervention est d'ailleurs toujours en ligne : &lt;a href=&#034;https://lnkd.in/ek5RGRh2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lnkd.in/ek5RGRh2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette collection, acquise en 2003 par la ville de Saint-Amand-Montrond, compte quelque 1000 re&#769;fe&#769;rences, dont 260 expose&#769;es a&#768; la Cite&#769; de l'Or. Max Aubrun, conservateur des muse&#769;es de Chauvigny, et Marie-Christine Planchard, conservateur du patrimoine en charge de ce fonds de bijouterie, ont orchestr&#233; les ouvrages selon ces deux axes : sociologique (Les a&#770;ges de la vie) et typologique (La parure du buste). En 2017, un cambriolage a d&#233;vast&#233; la collection &#8211; &lt;a href=&#034;https://vu.fr/SlZOf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vu.fr/SlZOf&lt;/a&gt; Aujourd'hui, seules nos notes et photographies attestent, dans la th&#232;se, de ce choix expos&#233; qui n'est plus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le port de ces ornements est atteste&#769; avant la Premie&#768;re Guerre mondiale, c'est-a&#768;-dire la pe&#769;riode qui marque le de&#769;but du de&#769;clin du bijou (et costume) &#171; re&#769;gional &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claudette JOANNIS, &lt;i&gt;Bijoux des re&#769;gions de France, &lt;/i&gt;Flammarion, 1993&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#233;verine TEILLOT, &lt;i&gt;Vestiaire fe&#769;minin du Gujara&#770;t et du Rajastan &#8211; Manie&#768;res de donner forme a&#768; l'activite&#769; et a&#768; l'e&#770;tre &lt;/i&gt;(2007), p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sylvie LAGORCE, &lt;i&gt;Parures liturgiques&lt;/i&gt;, Bibliothe&#768;que du Costume, Rouergue, Paris, 2010. Bertrand BERTHOD, &#171; Bijou eccle&#769;siastique de l'Antiquite&#769; a&#768; nos jours &#187;, &lt;i&gt;Bijou d'homme &#8211; Signes et insignes, &lt;/i&gt;catalogue de l'exposition au muse&#769;e de la Chemiserie et de l'Ele&#769;gance masculine d'Argenton-sur-Creuse, 12 juin-31 octobre 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude QUENTEL, &lt;i&gt;L'Enfant. Proble&#768;mes de gene&#768;se et d'histoire, &lt;/i&gt;1997, p. 338.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'alliance se fait rare chez les contemporains : techniquement, trop simple ? industriellement, devenue rentable ? Dans l'usage, peu de clients ? Cet axe est un point de notre recherche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conf&#233;rence &#171; L'investiture du bijou contemporain, what's the problem ? &#187; &#224; l'Afedap &#224; Paris, le 22 f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marianne Anselin et Claire Marfisi ont expos&#233; leurs travaux &#224; la galerie Terres d'Aligre, du 21 septembre au 31 octobre 2013, dans le cadre des Circuits Bijoux. Site par nos soins toujours en ligne, devenu incomplet : &lt;a href=&#034;https://exposition-oui.tumblr.com/investiture&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://exposition-oui.tumblr.com/investiture&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une recherche de ce ph&#233;nom&#232;ne est en ligne, dans cet article :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.academia.edu/98123736/Malin_plaisir_de_lornement_Carole_Deltenre_et_Vivianne_Yazdani&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.academia.edu/98123736/Malin_plaisir_de_lornement_Carole_Deltenre_et_Vivianne_Yazdani&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles LE GUENNEC, &lt;i&gt;La Fabrication en question,&lt;/i&gt; Les &#201;ditions du Possible, Rennes, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;AA, op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe BRUNEAU, &#171; Le ve&#770;tement &#187; (1983), p. 144-145.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme &lt;i&gt;esthe&#769;tique &lt;/i&gt;n'est pas a&#768; entendre comme un jugement, cf. &lt;i&gt;AA&lt;/i&gt;, p. 76-77 et p. 346.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe BRUNEAU, &#171; Le ve&#770;tement &#187;, &lt;i&gt;op. cit.,&lt;/i&gt; p. 147.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean GAGNEPAIN, cite&#769; par Jean-Michel LE BOT, &lt;i&gt;Aux fondements du lien social &#8211; Introduction a&#768; une sociologie de la personne &lt;/i&gt;(2008), p. 92.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel YLIEFF, &lt;i&gt;Prise en charge et accompagnement de la personne de&#769;mente, &lt;/i&gt;Kluwer, Bruxelles, 2000. Egalement, &#171; Trois grilles d'e&#769;valuation &#8211; Analyse fonctionnelle des conduites d'autonomie dans les e&#769;tats de&#769;mentiels (toilette, habillage, orientation dans l'espace) &#187;, 2009. Didier LE GALL et Philippe PEIGNEUX, &lt;i&gt;Les Apraxies : formes cliniques et mode&#768;les the&#769;oriques &lt;/i&gt;&#8211; en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean GAGNEPAIN, &lt;i&gt;Du vouloir dire&lt;/i&gt;, t. 1&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; p. 193-194.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean GAGNEPAIN, &lt;i&gt;Huit le&#231;ons d'introduction &#224; la th&#233;orie de la m&#233;diation,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;op. cit.,&lt;/i&gt; p. 141-143. Jean GAGNEPAIN, &lt;i&gt;Du vouloir dire, &lt;/i&gt;t.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;1&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; p. 193-200. Jean-Claude QUENTEL, &#171; La paternite&#769; en question. &#192; propos d'un cas de paranoi&#776;a &#187;,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;in &lt;i&gt;Te&#769;tralogiques,&lt;/i&gt; n&#176; 12, PUR &amp; LIRL, 1999, p. 107-139.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Article 222-32 du code pe&#769;nal fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sanctionne&#769; par un an de prison ferme et 15 000 euros d'amende.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Exposition &lt;i&gt;Paradis naturistes&lt;/i&gt;, Mucem, 3 juillet-9 d&#233;cembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean GAGNEPAIN, &lt;i&gt;Du vouloir dire&lt;/i&gt;, t. 2, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. Jean-Claude QUENTEL, &#171; Plus qu'un corps &#187;, in &lt;i&gt;Inflexions, &lt;/i&gt;n&#176; 12, p. 11-21. &#201;galement &#171; Th&#233;orie de la m&#233;diation et psychanalyse, de Jacques Lacan &#224; Jean Gagnepain &#187; &#8211; &lt;a href=&#034;https://vu.fr/qwtRP&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vu.fr/qwtRP&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par d'&#233;minents chercheurs, Alexandre Farnoux, Philippe Bruneau, Fran&#231;ois Queyrel, Ludovic Laugier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sous la direction entre autres d'Alexandre Farnoux, le catalogue du mus&#233;e du Louvre&lt;i&gt; L'Olympisme &#8211; une invention moderne, un h&#233;ritage antique&lt;/i&gt;. Alexandre FARNOUX, &#171; L'&#201;trange sport des Grecs &#187;, &lt;i&gt;Le Sport en Gr&#232;ce antique &#8211; Dossiers d'Arch&#233;ologie&lt;/i&gt;, n&#176; 423, p. 6-11 &#8211; en ligne : &lt;a href=&#034;https://vu.fr/jlHNU&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vu.fr/jlHNU&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb70&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh70&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 70&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;70&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme l'atteste la c&#233;l&#232;bre fresque des Boxeurs d'Akrotiri retrouv&#233;e &#224; Santorin, dat&#233;e autour de 1300 av. J.-C., conserv&#233;e au mus&#233;e arch&#233;ologique national d'Ath&#232;nes &#8211; en ligne &lt;a href=&#034;https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-673/fresques-dakrotiri&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-673/fresques-dakrotiri&lt;/a&gt; &#201;galement l'amphore &#224; figures rouges du peintre Pythocl&#232;s de 500 av. J.-C.&#8211; en ligne &lt;a href=&#034;https://olympicgames.culture.gov.gr/fr/agonismata/pugmaxia/2_amforeas.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://olympicgames.culture.gov.gr/fr/agonismata/pugmaxia/2_amforeas.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb71&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh71&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 71&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;71&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On parle d'&#233;&lt;i&gt;lasticit&#233;&lt;/i&gt;, selon la loi de Hooke o&#249; la peau ou le m&#233;tal retrouvent leur forme initiale apr&#232;s d&#233;formation. Toutefois, seul le derme sera &lt;i&gt;visco&#233;lastique&lt;/i&gt; (double propri&#233;t&#233; d'&#233;lasticit&#233; et viscosit&#233;) en se d&#233;formant et revenant lentement &#224; sa forme originale, selon le temps et la vitesse des forces appliqu&#233;es. Si les m&#233;taux r&#233;pondent imm&#233;diatement, une d&#233;formation et une r&#233;cup&#233;ration plus complexes s'observent pour le derme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb72&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh72&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 72&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;72&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kunstwollen&lt;/i&gt; ou Du vouloir d'art, via Massimo&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;CARBONI,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Ornament and Kunstwollen, &lt;/i&gt;2012 &#8211; en ligne&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/imagesrevues/2032&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/imagesrevues/2032&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Retour sur les fondements de la glossologie</title>
		<link>http://tetralogiques.fr/spip.php?article285</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Urien, Jean-Yves</dc:creator>


		<dc:subject>th&#233;orie de la m&#233;diation</dc:subject>
		<dc:subject>langage</dc:subject>
		<dc:subject>glossologie</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Professeur retrait&#233; de Sciences du langage &#224; l'Universit&#233; Rennes 2&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?rubrique68" rel="directory"&gt;Dossier&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;th&#233;orie de la m&#233;diation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;langage&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot228" rel="tag"&gt;dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tetralogiques.fr/spip.php?mot230" rel="tag"&gt;d&#233;construction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte propose un retour d'exp&#233;rience d'un enseignant-chercheur charg&#233; de transmettre la m&#233;thodologie m&#233;diationniste appliqu&#233;e au fait de dire. Il souligne la difficult&#233; qu'il peut &#233;prouver &#224; vulgariser les raisonnements dissociatif et dialectique (contre toute dichotomie).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Par &#171; retour &#187;, j'entends un retour d'exp&#233;rience, parce que je vais puiser dans mes souvenirs d'enseignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enseigner &#171; m&#233;thodiquement &#187; la th&#233;orie de la m&#233;diation a ses limites axiologiques. Il y faut de la conviction et de l'assurance. Et aussi beaucoup de modestie. Que de pr&#233;tention in&#233;vitable dans l'expos&#233; initial des principes de la th&#233;orie, et que d'&#233;vitement des difficult&#233;s dans une pr&#233;sentation de base ! Je vais donc revenir sur quelques th&#232;mes &#233;l&#233;mentaires, mais pour moi centraux, pour montrer combien le raisonnement dissociatif et le raisonnement dialectique sont des d&#233;marches intellectuellement &#233;prouvantes, et leur ma&#238;trise relative, surtout en situation de transmission. J'ajoute que le corpus du &lt;i&gt;Vouloir Dire&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trois ouvrages qui pr&#233;sentent la th&#233;orie de la m&#233;diation telle qu'enseign&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, s'il est une r&#233;f&#233;rence, n'est pas un but en soi. Il s'agit bien de contribuer &#224; son d&#233;passement, et d'apprendre aux &#233;tudiants &#224; faire de m&#234;me avec cette transmission.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;1. Dissocier. Au fait &lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, j'en viens au FAIT. Je veux dire au &lt;strong&gt;&#171; fait &#187; glossologique, obtenu par dissociation&lt;/strong&gt;. Personnellement, j'en ai &#233;prouv&#233; la difficult&#233; par l'observation du langage ordinaire, hors clinique. Dire &#224; propos de &#171; l'objectivation &#187; qu'il s'agit de prendre un point de vue explicatif homog&#232;ne, distinct d'un autre, c'est bien gentil. Mettre la dissociation &#224; l'&#233;preuve de l'observation renvoie cependant toujours en partie au &#171; Cogito, ergo&#8230; Patatras ! &#187;, comme le disait (&#224; peu pr&#232;s) Jacques Laisis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;pist&#233;mologue et enseignant &#224; Rennes 2 (1946-2023).&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; &lt;strong&gt;1.1 Synonymie et traduction&lt;/h3&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Soit, dans mon exp&#233;rience, la notion de &#171; synonymie &#187;. Pour m&#233;moire : une identit&#233; conceptuelle s'obtient par convergence de &#171; s&#232;mes &#187; lexicalement distincts, par &#171; synonymie &#187;. Une pr&#233;c&#233;dente communication, il y a un instant, nous en a donn&#233; un exemple : qu'est-ce en effet qu'un &#171; fait clinique &#187; ? Autant de relations synonymiques, autant de concepts dans une &#233;chelle de g&#233;n&#233;ricit&#233; : fait l&#233;sionnel ? Trauma ? Perturbation ? Soit maintenant ce fragment de r&#233;cit de l'Occupation. &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;C'&#233;tait verboten de loger quelqu'un qui&#8230; &#187; etc. On pensera trop vite que l'on comprend ce propos par traduction, en mettant en avant l'effet d'&#233;tranget&#233; relative de &#171; verboten &#187; : c'est ce qui est &#171; spectaculaire &#187;. Mais ce serait positionner ce qu'on observe sur l'une des quatre faces du t&#233;tra&#232;dre (ou berlingot) m&#233;diationniste. Ainsi la s&#233;rie : &#171; Interdit, d&#233;fendu, ill&#233;gal, condamnable &#187; ? formerait un fait s&#233;mantique, face du Dire. Tandis que &#171; Interdit, verboten&#8230; haram (boko haram) &#187; ? constitueraient un fait de &#171; langue &#187;, face de la Personne. Raisonner ainsi, c'est en revenir au globalisme, par une sorte de r&#233;manence de la notion ordinaire de &#171; fait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que pr&#233;suppose la dissociation des plans ? L'existence de leur pluralit&#233;. Qu'implique la dissociation des plans ? Que le langage, parce qu'il est humain, est d&#233;termin&#233; par l'ensemble des quatre modalit&#233;s de la culture. Par cons&#233;quent, &#171; dire &#187;, c'est toujours tenir un raisonnement s&#233;mantique, quoi qu'on dise, et que cela constitue un ordre de fait sp&#233;cifique. En m&#234;me temps, cette r&#233;alit&#233; humaine &#233;tant toujours une interlocution, parler est toujours une transaction, ce qui constitue un autre ordre de fait, et c'est aussi une expression axiologiquement r&#233;gul&#233;e, qui concerne aussi mon exemple dans sa charge affective. &#192; quoi s'ajoute la n&#233;cessit&#233; de prendre en compte un fait d'&#233;criture qui a mobilis&#233; une aptitude technique. Si l'on se limite &#224; la perspective glossologique, on appr&#233;ciera donc la congruence s&#233;mantique du choix de &#171; c'&#233;tait verboten &#187; en tant que concept seulement. La locution est un fait ; le locuteur qui &#171; interlocute &#187; en est un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple est g&#233;n&#233;ralisable. J'ai &#233;crit un article sur &#171; la s&#233;mantique du nom propre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La personne dite. Le nom propre au regard de la th&#233;orie de la m&#233;diation &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour rappeler que &#171; le Rhin &#187; est autant un concept qu'il est une d&#233;nomination. Et ce qu'on appelle ordinairement &#171; une traduction &#187;, c'est certes une transaction, mais c'est aussi une op&#233;ration de synonymie, d'un point de vue glossologique. Un dictionnaire &#171; cor&#233;en - tamalog &#187;, c'est un r&#233;pertoire de synonymes. &#201;tant bien entendu qu'il s'agit alors du figement &#233;crit d'une convergence toute relative. Mais la synonymie est toujours relative. Elle est autant relative entre &#171; Wagen &#187; et &#171; auto &#187; qu'entre &#171; auto &#187; et &#171; voiture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y aurait-il contradiction entre cette conception de la synonymie, et la formule m&#233;diationniste : &#171; traduire, c'est dire autrement &lt;strong&gt;autre &lt;/strong&gt; chose &#187; ? Je soutiendrai que non, sauf &#224; sortir de la dialectique. Il ne faut pas faire ni de l'identit&#233;, ni de l'alt&#233;rit&#233; un absolu, sauf &#224; se fonder sur le mot lui-m&#234;me en tenant un raisonnement mythique. &#171; L'alt&#233;rit&#233; &#187; de la &#171; chose &#187; &#8212; du &#171; concept &#187;, &#224; vrai dire &#8212; reste relative. De m&#234;me que l'alt&#233;rit&#233; du dialogue est relative.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; &lt;strong&gt;1.2 L'injonction. Les performatifs&lt;/h3&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me difficult&#233; devant &#171; les performatifs &#187;. Quand dire, c'est faire. Soit l'injonction. &#171; Rendez-vous ! &#8211; Non ! &#187; Les logiciens concluent qu'il n'y a pas de raisonnement dans ce cas, parce qu'on ne cherche pas &#224; distinguer du vrai et du faux, mais &#224; agir. La preuve ? &#171; Rendez-vous ! &#8212; C'est inexact ! &#187; ou &#171; Viens ! &#8212; C'est bien vrai ! &#187; L'argument repose sur une r&#233;duction de la s&#233;mantique &#224; un calcul formel binaire entre vrai et faux. On est loin d'une dialectique entre impropri&#233;t&#233; et conceptualisation d'une exp&#233;rience. Le glossologue r&#233;pondra donc que d&#232;s lors que c'est dit, la dialectique du signe entre en jeu et produit du concept, que l'on d&#233;finira comme de l'information dite. De l'information, quel que soit l'effet d'une telle information par ailleurs, sociologiquement ou axiologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; &lt;strong&gt;1.3 Locution et interlocution&lt;/h3&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;claire la distinction faite par Gagnepain, en s&#233;mantique, entre le &#171; &lt;i&gt;parler &#224;&lt;/i&gt; &#187; et le &#171; &lt;i&gt;parler avec&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Du Vouloir dire&lt;/i&gt;, vol. 1, p. 70). Il utilisait la formule en r&#233;vision du couple &#171; &#233;metteur / r&#233;cepteur &#187;, &#224; propos de la prise en compte du &#171; r&#233;cepteur &#187; dans le message. Sa formule : &#171; parler &#224; [c'est] faire &lt;strong&gt;passer&lt;/strong&gt; l'information &#187; est &#224; clarifier. S&#233;mantiquement, &#171; parler &#224; &#187; c'est focaliser et calibrer de l'information en fonction d'une information pr&#233;c&#233;dente (une source) ou anticip&#233;e (une cible), sans imputation &#224; quiconque de cette information. L'information inf&#233;r&#233;e peut avoir &#233;t&#233; formul&#233;e ou suppos&#233;e devoir l'&#234;tre par quelqu'un d'autre ou par le locuteur, lui-m&#234;me divis&#233; puisque Personne. Peu importe. Le raisonnement est un &#233;quilibrage de la &#171; locution &#187; en fonction des circonstances. Alors que &#171; parler avec &#187; &#8212; &#171; se parler &#187;, dirait Michael Herrmann, est un &#233;quilibrage de l'interlocution. C'est ma&#238;triser l'effet interlocutif que produit cette information. Toute parole est conjointement information et transaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vaut aussi pour la ma&#238;trise de la &#171; th&#233;orie de la m&#233;diation &#187;. Vous aurez toujours &#224; transiger s&#233;mantiquement dans vos propos entre l'appellation d'un &#171; fait ordinaire &#187; et l'appellation r&#233;sultant d'une dissociation explicative m&#233;diationniste. Un m&#234;me texte peut relever de l'un ou de l'autre des raisonnements selon les situations. Voyez donc les termes &#171; les choses &#187;, &#171; la science &#187; et &#171; le mythe &#187; dans le &lt;i&gt;Vouloir Dire&lt;/i&gt;. Voyez la vari&#233;t&#233; de sens que je donne aux termes &#171; transiger / transaction &#187; ci-dessus et ci-dessous, tant&#244;t g&#233;n&#233;rique (la dialectique, tous plans confondus), tant&#244;t sp&#233;cifique (la dialectique de la Personne). N'ayons pas la pr&#233;tention de &#171; rester toujours dans le cadre &#187; ! Et comme toute appellation est aussi sociologiquement une d&#233;nomination, vous aurez aussi toujours &#224; transiger interlocutivement entre l'usage banal d'un terme, l'usage professionnel disciplinaire de la &#171; langue m&#233;diationniste &#187;, et tout autre usage disciplinaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;h2&#034;&gt;&lt;strong&gt;2. Dialectiser &lt;/h2&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Transiger entre les faits, et transiger entre les gens, voil&#224; qui m'am&#232;ne au th&#232;me de &lt;strong&gt;la dialectique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais encore me r&#233;f&#233;rer &#224; mon exp&#233;rience de &#171; vulgarisateur &#187; pour revenir sur la notion &#171; d'exp&#233;rience humaine &#187; puis sur la notion de &#171; mythe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; &lt;strong&gt;2.1 Sens et exp&#233;rience humaine&lt;/h3&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Il reste un brin de dichotomie non dialectique dans les esquisses p&#233;dagogiques de ce th&#232;me. Sur fond de sauce &#171; nature &#187; &lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; &#171; culture &#187;, j'opposais, suivant la Vulgate, le &#171; percept et le symbole &#187; naturels, au &#171; signe &#187; culturel. Le &#171; champ des couleurs &#187;, &#233;voqu&#233; dans tous les manuels, servait d'exemple &#224; une telle opposition primaire. J'ai aussi le souvenir que les tests cliniques d'aphasiques op&#233;raient beaucoup sur des images, c'est-&#224;-dire sur du visuel, opposant un fond suppos&#233; &#171; naturel &#187;, des objets, &#224; des d&#233;signations langagi&#232;res, des mots. M&#234;me dichotomie entre &#171; phonologie &#187; et &#171; phon&#233;tique &#187;, couple non dialectique si r&#233;pandu dans la doxa de la corporation, qui peut aussi laisser penser que cette &#171; phon&#233;tique &#187; restait un arri&#232;re-plan naturel, objet de la physiologie ou de l'acoustique. Jean Gagnepain, lui, a clairement redonn&#233; &#224; la prononciation (&#224; l'&#233;locution) le statut culturel de rh&#233;torique, &#171; r&#233;investissement du phonologique dans la situation &#187;, en la distinguant de la phonation. Ainsi le prononc&#233; devient l'analogue du concept, r&#233;investissement du s&#233;miologique dans la situation. On quitte ainsi le bin&#244;me pour la dialectique. Dit autrement : la n&#233;gation de la n&#233;gativit&#233; n'est pas une nouvelle positivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre approfondissement est n&#233;cessaire. Le concept de &#171; situation &#187; peut aussi &#234;tre r&#233;ducteur, si l'on r&#233;duit celle-ci &#224; ce qu'&#233;labore notre animalit&#233;. Soit la citation suivante d'un coll&#232;gue, qui aurait pu aussi se trouver dans un de mes cours d'introduction : &#171; L'explication met en relation &lt;i&gt;des donn&#233;es perceptives&lt;/i&gt; et des cat&#233;gories logico-grammaticales &#187; ? Qu'est-ce qui ne va pas dans cette formulation ? Son r&#233;ductionnisme, car il faut bien admettre que le Dire ne se r&#233;duit pas &#224; une dialectique entre le naturel et les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit d'observer que l'on peut parler de tout, y compris de soi, de son v&#233;cu, du ressenti et d'&#233;thique, de Dieu, de rien du tout, et m&#234;me du signe et du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le signe nous abstrait grammaticalement de &#171; l'id&#233;ation naturelle &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;nous dit Gagnepain, et en retour nous confronte rh&#233;toriquement &#224; quoi donc ? Au &#171; principe de r&#233;alit&#233; &#187; ? Soit ! Cette formulation, parce qu'elle est un postulat sans qualit&#233;s ni quanta, est pr&#233;f&#233;rable au pluriel injustifi&#233; de la formule vulgaire : &#171; les choses &#187;. R&#233;alit&#233;, oui, mais de la R&#233;alit&#233;-pour-l'homme, de l'exp&#233;rience humaine. La r&#233;alit&#233;, c'est ce &#224; quoi se heurte de l'humain lorsqu'il cherche &#224; en parler ; c'est ce qui humainement nous r&#233;siste ; c'est notre exp&#233;rience naturelle et culturelle. C'est pourquoi l'objectivation, causale, n'assigne pas de limite &#224; ce qu'elle cherche &#224; penser. La possibilit&#233; d'une sociologie, d'une ergo-logie, de la glosso-logie &#8212; et j'insiste sur la terminaison -logie, en est la preuve. &#171; On ne saurait, f&#251;t-ce du v&#233;cu de l'homme, esp&#233;rer d'autre explication que verbale &#187; (&lt;i&gt;Du vouloir dire&lt;/i&gt;, I, p. 108). On ne sort pas de l'humain, ce que soulignait aussi en permanence Jacques Laisis en parlant de &#171; circularit&#233; anthropologique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'en suis tenu &#224; la perspective du &#171; dire &#187;. &#192; chacun de voir sur son plan ce qui laisserait penser la performance comme un retour vers le naturel.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3&#034;&gt; &lt;strong&gt;2.2 Science et mythe&lt;/h3&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur la dialectique m'a aussi conduit &#224; m'interroger &lt;strong&gt;sur l'opposition entre &#171; science &#187; et &#171; mythe &#187;.&lt;/strong&gt; Opposition v&#233;cue &#171; au carr&#233; &#187; dans la th&#233;orisation m&#233;diationniste, qui doit appliquer l'opposition &#224; elle-m&#234;me. Lorsque l'on parle de &#171; science &#187;, de &#171; -logies &#187;, on doit se demander ce qu'il y a de mythique dans l'id&#233;e qu'on s'en fait, se demander s'il ne reste pas l&#224; quelque chose de ce que con&#231;oit le lecteur de &#171; Science &amp; Vie &#187;. Inversement, qu'y a-t-il de &#171; scientifique &#187; dans ce qu'on appelle du &#171; mythe &#187; ? Je n'aime pas trop le terme d'ailleurs. Jean Gagnepain a pris le risque de la confusion (donc du mythe), en l'illustrant par la mythologie gr&#233;co-romaine. D'autres utilisent le terme &#171; essentialisation &#187; dans un sens voisin, mais sans en reconna&#238;tre la cause, alors que Gagnepain lui donne un statut causal, &#224; savoir une explication par la projection des limites grammaticales sur l'exp&#233;rience. Attention aussi au &#171; pi&#232;ge &#187; p&#233;dagogique qui consiste &#224; l'illustrer par les &#171; jeux de mots &#187;. C'est une r&#233;duction puisque le processus en question est pr&#233;sent dans tout message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de &#171; vis&#233;e &#187; scientifique ou mythique ne d&#233;signe pas une alternative. Lui substituer l'id&#233;e d'une &#171; part &#187; constante de l'un et de l'autre dans tout propos est encore une approximation. Essayons de tester cela. Voyez ce titre de &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; il y a quelques jours : &#171; Un &#339;il entier greff&#233; chez un homme &#187;. L'information est certes congruente. Cependant, il faut se retenir de r&#234;ver de miracle chirurgical en se fondant sur l'inf&#233;rence s&#233;mantique qui lie l'&#339;il &#224; la vision. Las ! &#171; L'op&#233;ration est esth&#233;tique et le patient n'a pas recouvr&#233; la vue &#187; ! L'&#339;il de chair a remplac&#233; l'&#339;il de verre. J'en conclus que la part de raisonnement mythique se d&#233;couvre lorsque le raisonnement scientifique le fait appara&#238;tre comme tel &#224; la conscience. Penser au &#171; globe oculaire &#187;, qui exclut le nerf optique, transforme le raisonnement. Un raisonnement n'est ni scientifique ni mythique en soi, mais seulement dans leur opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais multiplier les cas de figure r&#233;trospectifs o&#249; la formulation d'&#233;l&#233;ments de la m&#233;diation s'est ainsi transform&#233;e. Je ne dirais plus aujourd'hui que &#171; le s&#232;me est polys&#233;mique &#187;, parce que le verbe &#171; &#234;tre &#187;, mythiquement, fait penser que la polys&#233;mie serait une propri&#233;t&#233; du s&#232;me. Le s&#232;me serait polys&#233;mique comme l'uranium est radioactif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la polys&#233;mie n'est pas une propri&#233;t&#233; du s&#232;me, mais son inversion. La diversit&#233; de sens nie l'identit&#233; du s&#232;me. On ne peut pas imputer &#224; un fait grammatical ce qui d&#233;finit un fait s&#233;mantique. Observer la dialectique doit mener &#224; dire seulement que &#171; le s&#232;me est impropre &#187;, formulation (&#171; im- &#187;) qui renvoie &#224; la n&#233;gativit&#233; grammaticale. Inversement, c'est la confrontation &#224; l'exp&#233;rience qui fait &#233;prouver la diversit&#233; s&#233;mantique, non en soi, mais comme n&#233;gation de cette n&#233;gativit&#233; grammaticale. En testant s&#233;mantiquement que la synonymie &#171; supporter = endurer, subir &#187; diverge de la synonymie &#171; supporter = aider, soutenir &#187;, je constate une diversit&#233; qui contre-dit ce qui reste pourtant un fait grammatical identique &#171; supporter = supporter &#187; (lui-m&#234;me d&#233;limit&#233; par les autres faits grammaticaux). La formulation &#171; impropri&#233;t&#233; du s&#232;me &#187; produit de la scientificit&#233; par contraste avec la formulation &#171; polys&#233;mie du s&#232;me &#187; et r&#233;v&#232;le son c&#244;t&#233; mythique en ce qu'elle cache la dialectique. &#192; son tour, la notion &#171; d'impropri&#233;t&#233; &#187; reste aussi mythique pour autant qu'on &#233;prouve de la difficult&#233; &#224; pr&#233;ciser et d&#233;limiter ce que l'on entend par l&#224;. Il faut faire avec les mots, lesquels r&#233;sistent toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que conclure ? Le &#171; terminal speaker &#187; que je suis aujourd'hui en conclura que le parcours en glossologie fut laborieux, mais passionnant, qu'il n'a heureusement pas de terme, mais seulement des &#233;tapes et des transformations. Je passe donc le relais &#224; d'autres, en remerciant tous ceux qui assur&#232;rent mon viatique pendant le parcours, &#224; commencer par Jean Gagnepain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trois ouvrages qui pr&#233;sentent la th&#233;orie de la m&#233;diation telle qu'enseign&#233;e par Jean Gagnepain : &lt;i&gt;Trait&#233; d'&#233;pist&#233;mologie des sciences humaines, vol. 1 : Du signe. De l'outil&lt;/i&gt;, Paris, Livre &amp; Communication, 1990 ; &lt;i&gt;vol. 2 : De la personne. De la norme&lt;/i&gt;, Paris, Livre &amp; Communication, 1991 ; &lt;i&gt;Tome 3, Gu&#233;rir l'homme. Former l'homme. Sauver l'homme&lt;/i&gt;, Bruxelles, De Boeck Universit&#233;, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;pist&#233;mologue et enseignant &#224; Rennes 2 (1946-2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La personne dite. Le nom propre au regard de la th&#233;orie de la m&#233;diation &#187;, dans &lt;i&gt;Histoire du sujet et th&#233;orie de la personne. La rencontre Marcel Gauchet Jean Gagnepain&lt;/i&gt;, sous la direction de Marcel Gauchet et Jean-Claude Quentel, PUR, 2009, pp. 191-213.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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